Septembre

SAMEDI 3 : Fr. Tomislav de Marija Zviezda (Bosnie), venu comme chaque été pour une courte visite fraternelle, nous partage un peu de la vie quotidienne des 3 membres de sa communauté, auxquels s’ajoute à présent un novice envoyé en formation à Novy-Dvur (Tchéquie). Encadrés par la Caritas bosniaque, ils vivent de l’exploitation d’une petite fromagerie et d’un grand troupeau de bovins.
DIMANCHE 4 : Pour nous unir à l’Église universelle en ce jour de canonisation de Mère Teresa, nous avons regardé en soirée un court documentaire fait sur elle et ses Sœurs de Calcutta, dans l’un des États les plus surpeuplés (plus de 1.000 habitants au km²) et les plus pauvres du monde.
LUNDI 5 : Le lourd portail d’entrée du monastère fatiguait énormément aux heures de passage intensif des véhicules. Pour le soulager, une barrière légère entre en service aujourd’hui, permettant ainsi de le laisser grand ouvert plusieurs heures de suite.
Durant l’été finissant on a également déployé une grande ardeur à l’entretien de toute la maison : pour laver les vitres, repeindre des mètres carrés de murs et de boiseries ; revernir les portes du cloître et des couloirs de l’hôtellerie ; mener à bien le grand ménage du garage à bière, la réfection des toitures de la cour de la ferme, et alibi aliorum multorum.  Initiative du président du travail F. Bernard-Marie, de F. Michel, F. Florent, F. Jessé et F. Pierre-André, les réalisateurs et tant d’autres dévouements difficiles à dénombrer.
MARDI 6 : F. Tomislav poursuit son pèlerinage d’été en emmenant à Tamié F. Bernard-Marie pour une réunion des fromagers dont celui-ci nous parlera  samedi à son retour.
MERCREDI 7 : Nous avons dans nos murs pour leur retraite de rentrée les 24 séminaristes de Metz avec leur supérieur. L’entretien que celui-ci nous accorda ce soir fut on ne peut plus enrichissant : de ses 24 aspirants au sacerdoce, 7 seulement proviennent de diocèses lorrains ; les 17 autres ratissent depuis l’Inde jusqu’à l’Afrique noire en passant par Madagascar sous l’Équateur.
Dans un tout autre domaine, une entreprise est venue cette semaine   enlever les pylônes qui soutenaient en clôture les câbles électriques aériens ; ils n’ont plus leur raison d’être puisque toutes les lignes sont désormais souterraines.
JEUDI 8 : Notre magasin anticipe la suppression prochaine des sacs-plastic en mettant en vente des sacs-carton plastifiés en couleur : côté face une reproduction alléchante de nos fromages et bières, et côté verso une vue reposante du monastère prise depuis la route de Berthen.
DIMANCHE 11 : F. Pierre-André de Maromby a repris le chemin de l’école pour une année de formation à l’Institut d’Etudes Religieuses de la Catho de Paris. L’horaire est très différent de celui de l’année précédente : deux jours intensifs de cours par semaine à Paris, et le reste du temps à la maison avec des travaux à mener à bien.
LUNDI 12 : À peine rentré de sa sortie à Tamié pour y traiter des fromageries monastiques, F. Bernard-Marie s’absente sur la journée, cette fois à Bruxelles pour les brasseries.
VENDREDI 16 : La Société téléphonique SFR est venue remplacer sur la journée tous les téléphones fixes de la maison, à commencer par le standard de la porterie, très miniaturisé et difficile à manier pour certains au commencement.
LUNDI 26 : La communauté de Saint-Sixte a voulu marquer les vingt ans d’abbatiat de son abbé par une sortie sur la journée, qui se termina au Mont des Cats par les vêpres suivis de la concélébration, avec lecture bilingue de l’épître et de l’évangile ; le tout clos par le partage d’un généreux repas du soir lui aussi bilingue et si joyeux.

Conclure cette trop brève chronique par des nouvelles de quelques-uns de nos anciens vous occasionnera sans doute autant de plaisir qu’à nous. Le premier, F. Louis, atteindra ses 92 ans à la fin de l’année ; premier partout : à l’office divin dès les vigiles, au réfectoire où il n’est astreint à aucun régime, n’ayant d’autre aide que celle d’une canne (quand il ne l’a pas oubliée), ni d’autre occupation que la prière. F. Henri (83 ans) et F. Christophe (79 ans) ne pourraient en dire autant, ayant besoin tous deux, le premier d’un déambulateur et le second d’un fauteuil roulant qu’il pousse devant lui le plus souvent plutôt qu’il ne s’y assoit. F. Paul (âge de F. Henri) est également handicapé d’une épaule plusieurs fois opérée, mais ne connaît d’autre thérapie que de pouvoir continuer à tenir le grand orgue. Pour terminer par un grand coup de soleil  – comme le temps actuellement – nous laissons à F. Pierre, notre sous-prieur et grand responsable de la porterie à 88 ans, la joie de vous annoncer qu’il fêtera ce 12 novembre ses soixante ans de profession religieuse.

Nous lisons au réfectoire le livre fort intéressant qu’Yves Chiron vient de consacrer à la figure d’Annibale Bugnini, lazariste italien qui se trouve être l’un des artisans les plus engagés en même temps que les plus controversés de la réforme liturgique (Annibale Bugnini, DDB 2016).

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Vingt-cinquième Dimanche du Temps Ordinaire

Le gérant malhonnête

Lorsqu’on entend les paraboles que Jésus nous propose, on imagine souvent qu’Il les crée de toutes pièces pour les besoins de son enseignement.  On peut toutefois inverser la question et se demander si Jésus ne part pas d’un événement local et matériel, un fait divers concret, pour donner un enseignement spirituel et général.
La vie des agriculteurs de Galilée était particulièrement rude à l’époque de Jésus.  Hérode le Grand quelques décennies plus tôt avait montré l’exemple à ses successeurs, quant à la manière de taxer les travailleurs pour payer ses dépenses somptueuses et la construction de ses palais et forteresses.  Hérode Antipas, ayant décidé de construire la capitale de la Galilée à Tibériade, exigea des collecteurs d’impôts de serrer la vis et d’exiger toujours plus de taxes.  La crise était telle que les petits agriculteurs des bords du lac avaient dû hypothéquer leurs terres et n’étaient plus que des journaliers travaillant sur leur propre sol.  Le propriétaire, lui, vivait dans l’une ou l’autre grande ville romaine, après avoir nommé un gérant pour la gestion courante.
Le gérant, sachant son maître loin et incapable de contrôler sa gestion, en profite pour s’enrichir lui-même sur les revenus du domaine.  Mais lorsque le propriétaire l’apprend, nous ignorons comment, il met le gérant en demeure de régler ses comptes rapidement.  Ne pouvant plus dissimuler les détournements antérieurs, le gérant entreprend une nouvelle trahison, encore une fois en sa faveur, et demande aux créanciers de modifier les déclarations de dettes.  Les quantités sont colossales, puisque deux oliviers donnent à peine de quoi produire un baril d’huile…
Tel est le fait divers, peut-être le « scandale » dont tout le monde parlait et que Jésus utilise comme point de départ d’un enseignement.  Jésus ne juge pas les faits.  Il ne dit pas ce que devint ce gérant malhonnête… Jésus ne moralise pas sur le comportement du gérant, mais il donne son avis :
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté.
Le maître en question, c’est Jésus lui-même qui donne maintenant l’interprétation :
En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
Lorsque son maître lui a demandé les comptes de sa gestion, le gérant a agi rapidement pour sauver sa peau, pour pouvoir vivre.  Mais les fils de la lumière, que font-ils ?  Lorsque Dieu nous demandera les comptes de notre vie, lorsque Dieu jugera nos actes avant de nous donner la vie éternelle, que nous restera-t-il ?  Sommes-nous aussi habiles que le gérant pour gagner la vie éternelle ?  Telle est l’interpellation que Jésus a illustrée avec ce gérant malhonnête.
Comment les disciples du Royaume de Dieu doivent-ils le comprendre ?  C’est ce que Jésus précise dans la sentence qui suit :
Aucun domestique ne peut servir deux maîtres…
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.
L’appel est précis… Le gérant n’avait en vue que sa survie sur cette terre, et mit tout en œuvre dans ce but.  Les croyants sont invités à avoir foi en la vie éternelle, et à tout mettre en œuvre dans ce but.  Sommes-nous prêts à répondre à tout moment aux appels du Seigneur à nous convertir et à obéir à sa Loi d’amour ?  Il est vrai que si nous sommes divisés, si nous donnons trop de place à l’argent et à notre devenir terrestre, nous n’avons plus ni l’énergie ni la volonté de nous investir en vue de Dieu.
Rappelons-nous encore la réponse que Jésus met dans la bouche de Dieu, dans la parabole du propriétaire qui agrandit sa grange pour stocker sa récolte et profiter de la vie :
Insensé, cette nuit même, ton âme te sera redemandée ;
et ce que tu as amassé, qui l’aura ?
Il en est ainsi de celui qui amasse des biens pour lui-même,
et qui n’est point riche en Dieu.  (Luc 12,20-21)
Jésus utilise l’exemple concret du gérant pour nous inviter à nous mettre en marche vers son Royaume et à prendre tous les moyens pour réussir.  C’est ce qu’Il exprime aussi dans ce verset de l’Évangile selon Saint Matthieu :
le royaume des Cieux subit la violence,
et des violents cherchent à s’en emparer (Mt 11,12b).
Suivre Jésus, faire partie du Royaume, n’est pas une sinécure.  Jésus nous demande de mettre toute notre force, toute notre volonté à entrer nous-même et à inviter les autres à participer à la sainteté.  Il n’y a pas de demi-mesures, nous devons nous investir totalement, pour le Bien.  Ne cherchons pas, comme le gérant, à sauver notre peau, cherchons à sauver notre âme…
Que la participation à cette eucharistie nous donne le courage de mettre toutes nos énergies au service de Dieu et de son Règne, pour sa plus grande gloire et pour le salut du monde.

Frère Bernard-Marie

 

 

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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire

Être disciple de Jésus

Par trois fois dans l’évangile de ce matin, nous entendons Jésus affirmer aux foules qui le suivent : Celui qui … ne peut pas être mon disciple.
La seconde des sentences de Jésus fait explicitement référence à sa croix, ce qui de toute évidence démontre qu’il s’agit d’une relecture par l’évangéliste de l’enseignement après la passion et la mort de Jésus.
La dernière sentence, en conclusion des deux petites paraboles, est celle-ci :
celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, ne peut être mon disciple.
Voilà une radicalité qui devait surprendre les auditeurs de Jésus, comme elle nous surprend nous aussi aujourd’hui. Nous sommes invités à choisir : l’amour de Dieu nous oblige…
Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ? Renoncer à tout ce qui nous appartient. Et dans la première sentence, il disait :
Si quelqu’un vient à moi sans me préférer
à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs,
et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.
Jésus nous demande où est notre priorité. Il ne nous demande pas de renier père, mère, enfants, famille et tout ce qui nous appartient. Mais préférer Jésus à ses proches et renoncer à « tout ».
Si nous répondons « oui mais … laisse-moi d’abord … », Jésus nous répond : tu ne peux être mon disciple. Arrêtons-nous quelques instants aux deux petites paraboles que Jésus donne au milieu de ce petit discours.
L’homme qui veut construire une tour est invité à calculer la dépense et ses possibilités de mener à bonne fin son chantier avant de commencer. Le roi qui décide de partir en guerre contre son ennemi doit également calculer ses possibilités de gagner avant de lancer son armée.
Dans le contexte des paroles de Jésus, nous sommes invités à choisir nos priorités, car il n’est pas possible de courir plusieurs lièvres à la fois. Soit nous nous sommes disciples de Jésus et nous faisons ce qu’Il demande. Soit nous préférons père, mère, enfants, richesses et nous ne sommes pas en mesure de suivre Jésus.
Tiraillés entre les biens familiaux ou le pouvoir, et l’appel à suivre Jésus de tout son cœur, nous risquons de ne pas pouvoir terminer notre tour ou de perdre la bataille. Le choix n’est pas tellement de savoir quelle tour nous allons construire, ni quelle bataille nous allons livrer. Le choix est de suivre Jésus ou de suivre notre propre volonté. Jésus ne nous invite pas à une vie de facilité et de réussite guerrière ou architecturale. Non, mais Il nous invite à une relation autrement plus intime et durable que tout ce que peut nous donner le monde dans lequel nous vivons.
Mais, et c’est ce que complète l’évangéliste : Jésus ressuscité nous invite à « prendre notre croix », comme lui-même a pris sa croix, pour Le suivre. La victoire de Jésus sur la mort et le péché est certaine et vraie. Notre victoire sur la mort et le péché est assurée si nous restons en communion de vie et de volonté avec Jésus.
Plutôt que de chercher à tout prix à nous affirmer en construisant une tour ou en gagnant la guerre contre nos ennemis, mettons-nous à l’école de Jésus. Nous avons affirmé, dans la prière d’ouverture de la messe de ce jour, que nous croyons que Dieu a envoyé son Fils pour nous sauver et faire de nous ses enfants d’adoption. C’est cela notre vocation première, c’est à cela que nous devons utiliser nos biens, notre fortune, notre science de la guerre.
Nous pouvons alors demander avec plus d’insistance à Dieu de regarder avec bonté ceux qu’il aime comme un père, et, comme l’exprimait encore la prière d’ouverture, puisque nous croyons au Christ – notre Sauveur – que Dieu nous accorde la vraie liberté et la vie éternelle. C’est cela le but de notre vie en ce monde. C’est cela le sens ultime de toutes nous actions dans la mesure où nous les réalisons sous le regard de Dieu et avec l’aide de Jésus.
Que la participation à cette eucharistie nous aide à vivre toujours davantage à la recherche de la volonté de Dieu sur nous. Nous pourrons alors faire nôtre ce que demandera la prière après la communion : que nous profitions si bien des dons reçus que nous soyons associés pour toujours à la vie de Jésus dans les cieux.

Frère Bernard-Marie

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Août

LUNDI  1er : Pour nous unir à l’émotion et à la prière des catholiques de France suite à l’assassinat de l’abbé Hamel le 26 juillet, Anne-Catherine, gérante du magasin, y a disposé devant l’entrée une table avec une veilleuse allumée, la prière de St François et le testament spirituel de Christian de Chergé, ainsi qu’un cahier sur lequel  chacun peut écrire une pensée ou simplement signer. Initiative qui créera, tout le temps qu’elle dura, une ambiance de silence et de recueillement inhabituels parmi les clients.
MARDI 2 : Suite au passage en mai de Mr Gilles Panteix et à sa suggestion, la communauté se réunit deux soirs de suite en deux groupes pour débattre du thème : « comment nous montrer toujours plus bienveillants les uns envers les autres et fortifier ainsi notre communion fraternelle ». Le résultat s’en est montré si heureux que l’un des deux groupes a décidé de le poursuivre sur sa lancée.
Ce même mardi nous est revenu de Maredsous frère Laurent, au terme de la session consacrée à la Règle de St Benoît. . Vendredi midi notre Père Supérieur rentre de sa visite à la petite communauté de N.D. de l’Harmonie aux Seychelles qui poursuit depuis 7 ans son enracinement.
SAMEDI 6 : Fr. Jean-Pierre profite du bel été pour aller passer à Belval une semaine de retraite revigorante. Mr de Lauriston est lui aussi heureux de la réussite de son opération à l’œil, mais moins satisfait de ne pouvoir reprendre son travail avant le lundi 22. F. Bernard-Marie est heureusement là pour faire face sur les deux fronts de l’hôtellerie et de la fromagerie.
MARDI 9 : Un proche voisin de l’abbaye, cultivateur en retraite, a perdu voici 4 ans un fils de 27 ans, père de trois enfants, renversé sur la route par une jeune automobiliste sous l’emprise de l‘alcool et de la drogue. Ignace Cardinael s’est juré sur la tombe de son fils de sensibiliser les jeunes des collèges et des écoles sur les conséquences désastreuses de la prise de cannabis.  C’est ce combat aux résultats étonnants qu’il est venu nous partager ce soir.
JEUDI  11 : F. Jean se rend en Bretagne fêter les soixante années de profession religieuse de sa grande sœur Alice. Lui-même célébrera ses cinquante ans de profession en avril prochain.
SAMEDI 13 : Avant de regagner la Roumanie, Gabriel, outre le beau cadeau de sa présence, nous fait celui de l’annonce de son mariage prochain ; qui lui permettra de recevoir le diaconat puis le sacerdoce. Et Petru, de peu son cadet, suivra le même chemin. Ils nous quittent pour faire place à Daniel et Rarès, que nous sommes tout aussi heureux de revoir et qui resteront avec nous dans les mêmes conditions.
DIMANCHE 14 : Afin de nous habiller le cœur et mieux fêter l’Assomption, nous visionnons deux soirs de suite le récit des visites que la Vierge Marie fit en 1932 à cinq enfants de Beauraing (Belgique), telles que les rapporta 75 ans plus tard Gilberte, la plus jeune des cinq voyants, alors âgée de 9 ans.  C’est tout à fait raisonnable, et vraiment touchant. Bref, ça fait du bien.
MERCREDI 17 :  À l’exception des quelques frères nécessaires pour garder la maison – ou leur fauteuil roulant –  ,la communauté s’est rendue en corps à Amettes, village natal  de St Benoît Labre,  et de là à Belval, notre ancienne maison-fille aujourd’hui à Igny,  où se tient une exposition biblique  des plus riche. Le temps était au beau fixe, et le moral des pèlerins plus encore. La messe conventuelle avait été célébrée avant le départ  avec les laudes et aucun autre office ne fut assuré à l’église jusqu’aux complies.
JEUDI 18 : Père Jacques quitte aujourd’hui l’Angola pour retourner achever ses six mois de repos dans l’accueillante Fille-Dieu.  Il nous rentrera le lundi 3 octobre.
MERCREDI 24 : Quinze prêtres du diocèse de Tournai sont en retraite à l’hôtellerie avec leur évêque Mgr Guy Harpigny. Celui-ci a bien voulu nous parler, avec abondance et sans frilosité aucune, de leur synode diocésain de 2013, dont il sort à peine puisque les jeunes ont voulu  avoir à leur tour le leur en 2015.
Signalons que vient d’arriver pour quelques jours à l’hôtellerie, aussi discret que sympathique, Charles Wright, qui s’est lancé dans une recherche sur le cheminement spirituel de Dom André Louf.  Après un premier passage, et plusieurs contacts avec des personnes ayant bien connu Dom André, il s’est plongé avec passion et intérêt dans des notes et documents plus personnels.
JEUDI 25 : Le Père Farin nous est revenu pour une session cinématographique toujours très sollicitée, avec un long et beau film du réalisateur Mike Leigh : Secrets et mensonges, qui a occasionné 2 bonnes soirées de débat et relecture de l’œuvre.
MERCREDI 31 : Père Marc-André et Daniel ont pris la route de Cîteaux pour un aller-retour sur  3 jours pour visiter F. Oswaldo qui poursuit avec bon moral son séjour. .
Ce même jour le portail d’entrée du monastère se voit doublé d’une barrière « douanière » indépendante, plus légère, pour arrêter les voitures et les promeneurs sans manœuvrer trop souvent le portail et en épargner le mécanisme.

Afin de nous reposer de la grosse biographie superbement consacrée par Arnaud Teyssier à Richelieu, nous écoutons un ouvrage beaucoup plus léger : Dix idées bizarres sur la vie religieuse, de Marie-Laure Durand (Médiaspaul 2015) auquel fait suite aussitôt un petit ouvrage sur le travail d’évangélisation des Jésuites aux Iles de Madagascar,  Maurice et la Réunion.

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Solenneité de Saint Bernard

La spiritualité cistercienne et Saint Bernard

D’après la tradition, Saint Bernard est entré à l’abbaye de Cîteaux en 1113.  À cette date, Cîteaux, fondé en 1098, venait de faire une première fondation à La Ferté et l’arrivée de Bernard et ses 30 compagnons permirent d’accélérer la deuxième fondation à Pontigny (1114).
L’année suivante, Bernard et une partie des compagnons avec qui il était entré à Cîteaux, partaient pour Clairvaux, tandis que vers la même période était fondée la quatrième fille de Cîteaux, Morimond.
Pour beaucoup de non-initiés le fondateur de l’ordre cistercien n’est autre que Saint Bernard.  Il est le plus connu parmi les moines de la première génération de Cîteaux, alors que les trois abbés de Cîteaux, les saints abbés Robert, Albéric et Étienne, sont parfaitement inconnus de la plupart.
On peut regretter cette méconnaissance, qui s’explique entre autre par l’abondance d’écrits spirituels que nous a légué Saint Bernard, alors que les saints abbés de Cîteaux n’ont pas ou peu écrit.  Il leur fallut d’abord asseoir le « Nouveau Monastère » et lui assurer sa vie et sa survie.  Robert fonda le monastère mais dut retourner à Molesmes d’où il était parti.  Albéric organisa le vie quotidienne de la communauté de Cîteaux.  Étienne rédigea les statuts, la Charte de Charité, qui définit les relations entre les communautés de l’Ordre naissant.  Tout ce travail était en cours d’achèvement lorsque Bernard entra à Cîteaux.
Bernard avait, dans sa jeunesse, profité d’une formation sérieuse en l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine.  Il a également eu tout loisir de se familiariser avec la culture de son temps et en particulier les chants d’amour courtois que les troubadours venaient proclamer dans les fêtes locales.
Lorsqu’il se fait moine, Bernard emporte avec lui toute cette formation, littéraire, biblique et se la fait sienne dans sa prière personnelle et sa lectio divina.  Même s’il n’est pas le premier à avoir commenté le Cantique des Cantiques comme la relation amoureuse entre Dieu et l’âme humaine, il le fit avec un tel brio que personne ne fut capable de l’égaler, ni de son vivant, ni
Les fondateurs d’ordres religieux, traditionnellement, sont également les rédacteurs d’œuvres spirituelles d’envergure qui permettent aux disciples et aux successeurs de vivre de l’inspiration initiale.  Ainsi Saint Dominique, Saint François, Saint Ignace de Loyola.  Des ordres religieux ont eu dans leur histoire des réformateurs écrivains, comme dans le monde bénédictin.  Ainsi Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix pour les Carmes.  Chez les Cisterciens des origines, il y eut les réformateurs, les abbés de Cîteaux, et les écrivains, dont Saint Bernard est le premier d’une longue série, qui comprend également Guillaume Saint Thierry, Guerric d’Igny, Aelred de Rievaulx pour ne citer que les auteurs de la première génération, sans parler des moniales mystiques cisterciennes du siècle suivant.
On peut comprendre dès lors que ceux qui ne sont pas au fait de la tradition cistercienne imaginent que Saint Bernard en fut le fondateur.  Mais la spiritualité qui nous anime encore aujourd’hui, vient tout droit de Bernard et de sa facilité à décrire une spiritualité compliquée.
Terminons en reprenant cette description que fit Saint Bernard de la « visite du Verbe » dans son âme, dans un de ses Sermons sur le Cantique.
Je confesse, quoique ce soit pécher contre la modestie de vous le dire, que le Verbe m’a aussi visité et qu’il l’a fait même plusieurs fois. Mais quoiqu’il soit entré souvent en moi, je ne m’en suis néanmoins pas aperçu. J’ai senti qu’il y était, je me souviens qu’il y a été, j’ai pu même quelquefois pressentir son entrée, mais je ne l’ai jamais sentie, non plus que sa sortie. (…)  Il n’est pas venu du dehors, puisqu’il n’est aucune des choses qui paraissent au dehors. Cependant il n’est pas venu du dedans de moi, car c’est un bien et le bien n’habite pas en moi, je le sais. Je suis aussi monté au-dessus de moi, et j’ai trouvé que le Verbe est encore plus haut. Ma curiosité me l’a fait chercher au-dessous de moi, et j’ai trouvé pareillement qu’il est encore plus bas. J’ai regardé hors de moi, et j’ai reconnu qu’il est encore au-delà de ce qui est hors de moi ; et enfin je l’ai cherché au-dedans de moi, et j’ai vu qu’il m’est plus intérieur que moi-même. Et alors j’ai reconnu la vérité de cette parole: « Nous vivons, nous nous mouvons, et nous subsistons en lui (Act. 17,28). » Mais heureux celui en qui il est, qui vit pour lui, qui est mu par lui.  (S.Ct. 74,5)
Demandons à Dieu en cette eucharistie de fête de vivre, nous aussi, dans l’attente de la visite du Verbe en notre cœur.  Que nous puissions, comme Saint Bernard, reconnaître cette grâce que le Seigneur nous fait.

Frère Bernard-Marie

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Dix-neuvième Dimanche du Temps

La foi, l’espérance et la charité.

Alors que beaucoup de gens profitent des vacances pour se refaire une santé ou se faire de nouveaux amis, la liturgie de ce dimanche nous invite à une réflexion plus existentielle.  C’est ainsi que l’extrait de l’Epître aux Hébreux que nous venons d’entendre commence par ces mots :
la foi est une façon de posséder ce que l’on espère,
un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas.
Comment cela peut-il se faire ?  Posséder ce qu’on espère, connaître ce qu’on ne voit pas ?  La foi, l’espérance et la charité sont les trois vertus théologales qui doivent guider les chrétiens dans leurs relations avec Dieu, avec les hommes, avec soi-même.  Mais pour que ces vertus soient actives, encore faut-il les rendre vivantes, les animer, les nourrir.  L’auteur de l’épître continue en rappelant comment les patriarches de l’Ancien Testament ont découvert progressivement le Dieu qui se révélait à eux.  Abraham vénérait les dieux d’Ur en Chaldée avant d’être appelé par le Seigneur à quitter son pays pour s’installer en terre d’Israël.  Le Seigneur lui apparut à plusieurs reprises, selon ce que nous rapporte le Livre de la Genèse.  Il en fut de même pour Isaac et Jacob, les héritiers de la Promesse.  Ensuite, tout au long de l’Histoire du Peuple d’Israël, la connaissance du Seigneur s’enrichit des enseignements de Dieu et des actions des hommes.  C’est ce qu’affirme l’auteur de l’épître aux Hébreux dès les premiers versets :
À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;
mais à la fin, en ces jours où nous sommes,
il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses
et par qui il a créé les mondes. (Hb 1,1-2)
Les derniers jours, ce sont ceux en lesquels nous sommes !  C’est à nous aussi que Jésus adresse les paroles que nous venons d’entendre :
Sois sans crainte, petit troupeau :
votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
Le Royaume dont il est question n’est pas un royaume terrestre, un bonheur temporaire pour le temps que nous passons sur terre.  Comme le rappelle l’épître aux Hébreux, les patriarches qui ont suivi l’appel de Dieu auraient pu retourner en leur pays d’origine.  Mais par leur comportement, par leur foi, ils
affirmaient que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs.
Nous de même, prenons au sérieux l’appel de Jésus à ses disciples :
Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas,
un trésor inépuisable dans les cieux,
là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas.
Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.
Ne cherchons pas d’abord à accumuler des richesses, du savoir, des relations.  Comme nous l’enseigne Jésus, et toute la Bible d’ailleurs, l’essentiel est d’approfondir notre connaissance de Dieu, notre amour de Dieu, la relation que nous pouvons avoir avec Dieu.  Dieu est notre Père, nous enseigne encore Jésus, Il veut notre bonheur, Il nous accompagne sur nos routes humaines.
Mais encore faut-il que nous soyons à l’écoute de ce qu’Il veut nous dire, que nous soyons attentifs à sa Volonté sur nous.
Alors que la vie économique tourne au ralenti et que beaucoup sont en vacances, demandons au Seigneur de profiter de ce temps favorable :

  • Par la lecture spirituelle, d’augmenter en nous la foi
  • Par la prière personnelle, d’augmenter en nous l’espérance de voir un jour Dieu face à face
  • Par la participation à l’Eucharistie, repas de communion, d’augmenter en nous la charité envers tous ceux que nous rencontrons, nos familles, nos proches, tous ceux que nous croisons.

C’est ce que nous avons demandé tout-à-l’heure dans la prière d’ouverture de cette eucharistie :
Fais grandir en nos cœurs, Père, l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis.

Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Frère Bernard-Marie

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Juillet

VENDREDI 1er : Nos amis roumains Gabriel et Petru sont fidèles à leur séjour d’été au monastère. Il semblerait que Petru ait encore grandi, et Gabriel en fidélité sûrement ; n’en est-il pas à sa douzième année de présence ? Demain samedi, Philippe Duc sera lui aussi de retour.
LUNDI 4 : Fr. Gilles apprend le décès de sa maman, que nous recommandons, ainsi que lui-même, à votre prière. Il devra s’absenter toute la semaine pour régler les funérailles  ainsi que les nombreuses questions laissées en suspens.
MARDI 5 : Père Marc-André et frère Pierre-André montent à Paris  pour inscrire ce dernier à la Catho.  Ils en reviendront le soir même avec le Père Alain Thomasset, jésuite du Centre Sèvres.  Celui-ci, sur deux jours de temps,  nous donnera quatre causeries très substantielles sur le thème : De Lumen Gentium à Amoris Laetitia.
VENDREDI 8 : Fr. Bruno part 4 jours en famille.
SAMEDI 9 : Fr. Pierre-André nous partage quelques échos de son semestre de formation-des-formateurs au Centre Sèvres.  Entre autres, cette information étonnante et précieuse à retenir : que Paris, en dépit de la menace des attentats, est une ville calme et tranquille ! Rien à voir avec Tana, où il serait dangereux de sortir seul une fois la nuit tombée…
MARDI 12 : Frères Vincent, Pierre-André et Jessé se rendent à Lérins  pour une session de spiritualité cistercienne donnée par Dom Vladimir, abbé de Lérins et Dom Pierre-André, abbé du Désert. Ce même jour, les anciens abbés Korneel de Tilbourg, Yvo de Westmalle et Rinus d’Oosterhout, font une visite d’amitié à Père Bruno, lui aussi abbé émérite (de Mariawald).  Cela nous donnera l’occasion de les entendre à l’heure du chapitre.
MERCREDI 13 : Fr. Jean-Claude, infirmier de St Benoît-sur-Loire, vient se reposer une semaine près de notre propre infirmier F.Gilles.
VENDREDI 15 : Mr Gilles Panteix nous partage sur deux heures de temps les réflexions et suggestions que lui ont inspirées nos réponses au long questionnaire qu’il nous avait précédemment laissé sur la vie communautaire.  Interdépendance chaleureuse entre nous résumerait assez bien.  Cela n’est pas sans rejoindre les chapitres  de Père Marc-André, nous répercutant un article de Elena Lasida avec les réflexions de Mère Dominique de Soleilmont durant la Conférence régionale Nord-Europe.  Le thème en est la fragilité croissante de nos communautés monastiques aujourd’hui : une fragilité qui ouvre sur la nouveauté et encourage à la  joie de poursuivre ensemble un même but.
MERCREDI 20 : Mr Yann de Pontbriand nous a fait passer à son tour une très riche après-midi sur les conditions nécessaires à la maintenance de la bonne santé de nos activités lucratives.  Père Daniel, notre cellérier, confirmera cela samedi en nous rapportant le détail des profits et  pertes de ces activités durant l’année 2015.
DIMANCHE 24 : Nous visionnons la 4ième et dernière séquence du film Le Pianiste.  Ce film se déroule tout entier dans le cadre affreux de l’histoire du ghetto juif de Varsovie (1941-1944), auquel cette ultime séquence apporte enfin un dénouement heureux rendant à l’Allemagne sa dignité perdue.
MARDI 26 : Mr de Lauriston, qui gère une grande partie des activités lucratives de la maison, entre à l’hôpital d’Amiens pour un décollement de la rétine.
Ce même soir P. Marc-André prend l’avion pour rejoindre la petite communauté N.D. de l’Harmonie aux Seychelles. Il s’agit d’y commencer la visite régulière de Maromby dont ces frères sont membres envoyés en pré-fondation.
MERCREDI 27 : Fr3 Nord-Picardie est passée interwiever à l’hôtellerie une religieuse retraitante qui connaissait bien le Père Hamel, curé de St Étienne du Rouvray victime hier d’un attentat, ainsi que les sœurs présentes dans l’église.
Aujourd’hui également Fr. Laurent gagne Maredsous pour y suivre une session sur le chapitre 36 de la Règle consacré par St Benoît au soin des malades.
SAMEDI 30 : Avant de partir aux Seychelles, Père Marc-André avait programmé, dans le droit fil du film Le Pianiste, un DVD du Père Michel Farin mettant cette fois en scène une toute jeune résistante, Maïta.  Pianiste elle aussi, arrêtée par les Allemands elle fut envoyée en 1943 dans un camp où elle fut torturée par un médecin nazi. Quarante ans plus tard celui-ci, se voyant  mourir,  chercha à la retrouver.  Cela aboutit  pour tous deux à une rencontre absolument inoubliable. Toute l’interview est fort bien mise en valeur par le Père Farin sous le titre : Résistance et pardon.

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Solennité de Saint Benoît

Saint Benoît combat le mal et aime le Bien.

Lorsque Saint Benoît se rendit au Mont Cassin, il avait déjà toute une expérience spirituelle et monastique derrière lui.  Installé d’abord comme ermite à Subiaco, Benoît avait eu amplement le temps de faire la connaissance du Malin, en reprenant la dénomination que Jésus utilisait.  Une des spécificités des ermites en effet, et cela depuis la fondation de la vie monastique, est de se retirer dans le désert pour affronter le démon sur son territoire.
Rappelons-nous les premiers moines qui s’installèrent dans les déserts d’Égypte.  La paix de Constantin en 325 avait interrompu les persécutions contre les Juifs et les chrétiens.  La religion était devenue religion d’état.  Jusqu’à cette date, suivre le Christ de manière radicale consistait à accepter d’être condamné à mort à cause de sa foi.  Les chrétiens ne pouvant plus donner leur vie de manière violente, décidèrent de donner leur vie dans la solitude, en un lieu où il leur était loisible de se mesurer dans le combat singulier contre le démon.
Lorsque Saint Benoît se rendit au Mont Cassin, c’était à l’invitation de l’évêque du lieu et pour combattre le diable.  Au sommet du mont il y avait deux temples païens et Benoît s’empressa de les détruire.  À la place du premier, il construisit un oratoire en l’honneur de Saint Jean Baptiste, à la place du second un oratoire en l’honneur de Saint Martin de Tours.  C’est ce que nous rapporte Saint Grégoire le Grand (Vie de Saint Benoît, VIII,10).  La tradition de détruire les temples et les statues des dieux païens a déjà commencé du temps de Saint Paul. Rappelons-nous ce que Paul disait concernant les viandes immolées aux idoles (1Co8,4b-6) :
Bien qu’il y ait en effet, au ciel et sur la terre, ce qu’on appelle des dieux
– et il y a une quantité de « dieux » et de « seigneurs » –,
pour nous, au contraire, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons ; et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout vient et par qui nous vivons.
Pour montrer la suprématie de la foi en Jésus-Christ, les missionnaires, qu’ils soient moines, prêtres ou évêques, durant les premiers siècles de notre ère, ont souvent abattu les temples, les statues, les arbres sacrés.  Les dieux païens ne répondant pas, preuve que notre Dieu est le seul Dieu.  Ils pouvaient conclure, avec Saint Paul, que le culte des idoles est un culte aux démons, et que Jésus est vainqueur des puissances du mal… Saint Benoît réitérait l’action que mena Saint Martin de Tours lorsqu’il évangélisa les contrées dont il avait la charge pastorale.
Lorsque Saint Benoît se rendit au Mont Cassin, fort de son expérience spirituelle et monastique, il mit la dernière main à ce qu’il appela lui-même « cette petite Règle pour débutants ».  Par rapport aux ermites il précise :
Longuement aguerris au monastère, ils ont appris à combattre contre le diable.
Alors, bien entraînés, ils passent des rangs de leurs frères au combat singulier du désert ;
fermes désormais sans le secours d’autrui, ils sont en mesure, avec l’aide de Dieu,
de combattre seuls, de leur propre force, les vices de la chair et des pensées.
Pour Benoît la norme de la vie monastique est la vie cénobitique d’une communauté vivant « sous une règle et un abbé ».
Lorsque Saint Benoît se rendit au Mont Cassin, il ne pouvait se douter que sa petite Règle serait encore le texte normatif des moines 15 siècles plus tard.  Aujourd’hui la vie érémitique est assez peu pratiquée dans le monde bénédictin.  Aujourd’hui nous ne justifions plus la vie érémitique comme une vie d’identification avec Jésus qui, « conduit au désert, fut tenté par Satan » (Mt 4,1).  La vie de la société tel que nous la connaissons n’est pas moins, n’est pas davantage, un monde où s’affrontent le bien et le mal qu’elle ne le fut du temps de Saint Benoît.  Mais aujourd’hui d’autres expressions de la Règle nous interpellent davantage que le combat cosmique entre le bien et le mal.
L’équilibre entre travail – prière – lectio divina est aujourd’hui davantage mis en avant.
De même que la vie fraternelle d’une communauté « sous une Règle et un abbé ».
Le cadre de la vie monastique que nous propose Saint Benoît est favorable à l’éclosion d’une vraie intimité du moine avec Dieu.  C’est ce que Benoît appelle en cette phrase-choc :
Ne rien préférer à l’amour du Christ.
Lorsque Saint Benoît était au Mont Cassin, vers la fin de sa vie, il eut la vision du monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil.  Saint Grégoire dans ses Dialogues, explique ce prodige réservé aux grands saints :
Pour l’âme qui voit le Créateur, toute créature paraît bien exiguë. En effet bien que cette âme n’ait contemplé qu’un faible rayonnement de la lumière du Créateur, tout le créé se réduit pour elle à de petites proportions, car par la lumière elle-même de cette vision intime, le sein de son esprit s’élargit et son cœur grandit tellement en Dieu qu’il se tient élevé au-dessus du monde.  (Vie de Saint Benoît, XXXV,4-6)
C’est à cela que nous aspirons tous, moines et non-moines… Mais pour nous, c’est en espérance, et nous le découvrirons au terme de notre vie terrestre, lorsque nous verrons Dieu face à face pour l’éternité.  Demandons au Seigneur, par l’intercession de Saint Benoît, de toujours mieux conformer notre vie à notre vocation et à trouver dans cette Eucharistie la grâce de la persévérance afin de pouvoir nous aussi toujours davantage,
ne rien préférer à l’amour du Christ.

Frère Bernard-Marie

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Juin

SAMEDI 4 : P. Marc-André et F. Bertin, audomarois d’origine, se rendent à la bénédiction du nouvel abbé bénédictin de Wisques, Dom Philippe GERMAIN de MONTAUZAN, à la cathédrale de Saint-Omer.
DIMANCHE 5 : F. Jean-Pierre part s’associer à la joie de nos Sœurs de Laval qui fêtent  le second centenaire de leur fondation ; il nous reviendra mardi et nous donnera un compte-rendu circonstancié de ce bicentenaire préparé de longue main par nos sœurs. De notre côté, comme pour mieux nous y unir, nous visionnons une émission d’une heure réalisée par une journaliste venue s’enfermer une semaine avec son cameraman dans cette communauté pleine de vie qui compte 42 moniales.
MARDI 7 : F. Gilles descend jusqu’en Provence préparer la réunion des infirmiers monastiques de France, dont il est le secrétaire et qui se tiendra cette année au monastère du Barroux. Il nous en reviendra jeudi soir.
MERCREDI 8 : Le beau temps et le bon chaud enfin revenus annoncent les grandes vacances ; du moins pour F. Pierre-André qui voit se terminer l’année de formation-des-formateurs, organisée par les jésuites du Chatelard puis  du Centre Sèvres. Une  seconde année le verra mi-septembre à la Catho de Paris pour des études essentiellement bibliques.
VENDREDI 10 : Dans l’après-midi nous arrive pour un trop bref week-end – grâce à Dieu rallongé d’un jour par les grèves de la SNCF – frère Germain de Koutaba, aujourd’hui sous-prieur de son monastère camerounais après avoir été, plusieurs années durant, étudiant au Mont des Cats puis à Strasbourg en droit canonique. Il nous partage un peu de la vie de sa communauté, qui compte environ 25 frères et a bien besoin de notre communion dans la prière.
DIMANCHE 12 : Nous regardons la 1ère partie d’un  petit film de 90’ sur le Cardinal Lustiger : Le métis de Dieu, qui nous apprend de manière vivante et enlevée les difficultés que lui a suscitées sa judaïcité, autant pour lui-même que pour les Juifs de France, voire certains membres de l’Église. Nous terminerons cette projection dimanche prochain, en grande partie avec l’affaire du carmel d’Auschwitz. Les deux acteurs incarnant le Cardinal et le Pape Jean-Paul II ont un jeu excellent et leur sont par ailleurs bien ressemblants.
MARDI 14 : Au chapitre du soir nous écoutons Sr Marie-Bernard de Klaarland, de passage à l’hôtellerie, nous donner quelques nouvelles de sa communauté et y prendre d’autant plus de plaisir que Klaarland est en croissance numérique.
MERCREDI 15 : Le Père Bruno Cazin, depuis 9 mois vicaire général du diocèse, est venu nous présenter sa nouvelle charge. Elle n’a rien d’une sinécure, mais ni la diminution continue du nombre des prêtres en activité, ni la désaffectation des lieux de culte surnuméraires, n’altèrent son allant et sa confiance.
SAMEDI 18 : Père Marc-André prend la route pour se rendre à Melleray où aura lieu demain le passage de relais de la communauté avec celle du Chemin Neuf. De là il gagnera lundi Cîteaux pour y visiter notre frère Oswaldo, et nous reviendra mercredi.
Ce même jour nous arrive pour deux semaines le Père Leslaw, prêtre polonais qui en est à son second séjour au Mont des Cats.  Sa première visite remontait en 2013 où il était resté trois mois parmi nous.
VENDREDI 24 : Mr Bruno Wadoux, auquel nous nous étions adressé pour renouveler la plaquette du monastère destinée à être vendue au magasin, nous est revenu avec la nouvelle brochure qui privilégie de beaucoup la photo sur le texte. La réussite  ne mérite que des éloges.
SAMEDI 25 : Depuis quelque temps le grand orgue faisait entendre un son permanent insupportable pour les oreilles.  Finalement l’intervention d’un facteur de la région a tout remis en place, pour le plaisir du chœur et de l’organiste.
MERCREDI 29 : Père Marc-André emmène F. Jessé chez les bénédictines de St Thierry (Reims) pour ses derniers examens de l’année scolaire. Ils en reviendront ensemble vendredi soir. Durant leur absence nous visionnons en deux fois le petit film tiré à Melleray par le Chemin Neuf sur le passage-relais des deux communautés.

Après la lecture au réfectoire du petit livre de Victor Grèzes : Je suis athée croyez-moi (éd. de l’Atelier 2016), nous entamons un fort volume de 526 pages d’un genre tout à fait différent écrit par Arnaud TEYSSIER : Richelieu :  l’aigle et la colombe (Perrin 2014).

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Treizième Dimanche du Temps Ordinaire

Le Royaume de Dieu

Dans chacun des Évangiles qui nous ont été transmis, l’appel des premiers disciples se fait presque toujours de la même manière : Jésus appelle personnellement, et les disciples, immédiatement, quittent tout et se mettent à la suite de Jésus.  Ce comportement n’était pourtant pas courant à l’époque.  À titre d’exemple, rappelons que c’est le jeune Paul qui, de lui-même, alla se mettre à l’école de Gamaliel à Jérusalem.  Le maître, le rabbi, n’appelle pas de sa propre initiative, il devient maître lorsque des élèves se mettent à son école.
Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, la situation est encore différente.  Jésus monte courageusement vers Jérusalem où, pressentant au plus intime de lui-même, qu’il sera arrêté et exécuté à l’instigation des responsables religieux.  Des candidats se présentent à Jésus mais lui disent : « je te suivrai, mais pas tout de suite ».  Cette réponse à demi ne convient pas à Jésus, qui attend des appelés une réponse nette et franche.  Ils avaient été emballés par l’enseignement de Jésus, son regard d’amour les avait transpercés et convaincus.  Mais, avant de faire le pas, ils tergiversent, ils veulent faire leurs adieux ou doivent enterrer leur père.  Jésus, qui lit au fond du cœur, comprend bien que le « oui » n’est que de façade et qu’il ne reverra pas ces candidats.  C’est pourquoi il répond de manière tellement abrupte :
« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ;…
« Laisse les morts enterrer leurs morts.
« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière,… et Jésus continue :
« … n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Deux fois dans sa réponse Jésus mentionne ce « Royaume de Dieu ».  Qu’est-il justement ?
Plus loin, dans le même Évangile selon Saint Luc, Jésus répond à l’affirmation d’un convive :
« Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! » (Luc 14,15)

Et il propose la parabole du roi qui donne un festin pour son fils.  Le repas est prêt, mais les invités s’excusent les uns après les autres, alors même que l’invitation leur avait été signifiée suffisamment longtemps à l’avance pour pouvoir s’y préparer.
« J’ai acheté une terre, et il me faut nécessairement partir et la voir ;…
« J’ai acheté cinq couples de bœufs, et je m’en vais les éprouver ;…
« J’ai épousé une femme,…   (Luc 14,16-24)

Trop souvent on imagine que, lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, il s’agit d’un royaume à venir.  Beaucoup l’imaginent dans le ciel, après la mort en présence de tous les Saints.  Souvent, Saint Matthieu traduit l’expression par « Royaume des cieux ».  Mais, dans les deux propos mis ici en parallèle, Jésus invite ses interlocuteurs, ceux qu’Il a en face de Lui, à vivre ici et maintenant dans le Royaume de Dieu.  Jésus invite ses interlocuteurs à s’engager immédiatement pour que le Règne de Dieu s’instaure en eux et autour d’eux.
Ce qui était vrai du temps de Jésus l’est encore de nos jours.  Jésus, aujourd’hui encore, nous invite à Le suivre.  Il nous propose une vie d’intimité avec Lui et avec Dieu son Père.  Sommes-nous prêts à tout laisser pour Le suivre ?  Avons-nous des excuses comme les interlocuteurs de la parabole ?  Aurons-nous droit à des répliques cinglantes comme les personnes qui accouraient vers Jésus mais n’étaient pas prêtes à le suivre ?
Lorsque, juste avant la communion, le prêtre dit :
« Heureux les invités au repas du Seigneur…
Il s’agit du même repas que celui de la parabole.  L’eucharistie est ce repas de communion où Jésus nous donne son corps à manger et son sang à boire.  C’est un repas de communion entre nous et avec Dieu.  La relation d’intimité que nous sommes invités à vivre avec Jésus-Christ se nourrit de cette communion spirituelle.
Dans cette relation forte à laquelle nous sommes invités à entrer, Dieu peut nous inviter à ce que nous nous engagions avec Lui pour que son Règne advienne sur terre.  Ce Règne est toujours en croissance et nous pouvons y participer.  Pour cela, répondons positivement aux appels divins.  Prenons exemple sur les premiers disciples qui acquiescèrent au premier regard de Jésus sur eux.  Ne faisons pas comme les invités du repas de la parabole, ni comme les contemporains de Jésus dans l’évangile de ce matin…
« Je te suivrai mais … pas tout de suite et pas complètement…
Que la participation à l’eucharistie de ce jour ouvre notre cœur à la grâce que Dieu nous donne.  Que nous soyons attentifs à l’appel que Jésus nous adresse, lui qui nous donnera la force d’y répondre positivement, avec l’aide de sa grâce.

Frère Bernard-Marie

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