Vingt-quatrième Dimanche du T.O.

Les trois paraboles de Lc 15
Le pécheur est pécheur ; Jésus n’a pas à les fréquenter. C’est le jugement des pharisiens. Jésus, lui, ne voit pas les choses de la même façon. S’il existe un pécheur, alors il se met en route, il va à sa rencontre, comme le berger, comme la femme,   et surtout comme le père.
Dans les trois paraboles, on perd quelque chose : un berger l’une de ses brebis, une femme l’un de ses gros billets de banque, un père son fils. C’est du moins le constat fait par ce père «  il était perdu ». Ce fils était perdu pour le père puisqu’en lui réclamant sa part d’héritage, son fils l’avait comme mis à mort symboliquement. Son père n’était plus rien pour lui. Et son père ne pouvait que le laisser partir et faire le constat de sa perte. Mais ce fils s’était aussi ensuite perdu lui-même. Non seulement en jetant ses biens par la fenêtre, mais en se laissant réduire à rien, à moins que rien, à l’état de gardien d’un troupeau de porcs et enviant même leur nourriture. Ce fils était donc bien perdu.
Dans ces paraboles, la perte est quantifiée. Le berger perd une brebis sur les cent brebis         dont il s’occupe. La femme perd davantage, pourrait-on dire : une pièce sur dix.
Mais dans la troisième parabole, le cas est plus grave. Cet homme qui avait deux fils vois se perdre son fils plus jeune, mais le fils aîné, qui reste toujours avec lui, n’est-il pas aussi perdu pour le père que son cadet ? Ce fils aîné ne connaît pas son père. Et c’est bien ce qu’il signifie quand il se met en colère et refuse d’entrer. La maison de son père n’est pas la sienne. Et ce que l’événement révèle ne date pas d’hier. L’aujourd’hui récapitule tout le passé : jamais je n’ai désobéi, jamais je n’ai reçu de chevreau… Toute une vie de tristesse.
Cet homme n’a donc pas perdu un pour cent, ni dix pour cent de son bien. Il a perdu la totalité : cent pour cent. Ce qu’il avait, deux fils, les voilà tous deux perdus.
Mais la perte motive la recherche. Le berger laisse même ses 99 brebis dans le désert. La femme s’active énergiquement. Et tous deux sont récompensés de leur peine. Du père, il n’est pas dit qu’il « cherche » à proprement parler. Que chercherait-il, d’ailleurs ? Ce fils plus jeune, le ramènerait-il de force à la maison ? Et son fils aîné n’est que trop proche, toujours avec lui.
Ce n’est pas de son corps que le père cherche ; c’est de son cœur. Un cœur qui cherche, c’est un cœur qui s’ouvre, qui se laisse ouvrir, un cœur attentif à qui le touche, à qui le blesse. Ici : à qui le met à mort, l’un d’une façon l’autre d’une autre.
Ce cœur ouvert, compatissant, cœur qui souffre avec l’autre, la parabole le met en scène deux fois. Quoi de plus contraire aux normes que ce père qui se met à courir au-devant de son fils aperçu de loin, aperçu depuis toujours par les yeux du cœur ? Et quoi de tout aussi contraire aux normes que ce père, qui, laissant de côté l’insulte que lui fait son fils aîné, sort de sa propre maison et va au dehors supplier son fils ?
Ce père qui a tout perdu espère en ses deux fils par-delà leur geste de mise à mort. Le père de Jésus et Jésus lui-même ont vécu cela non en parabole mais en toute réalité.
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