Solennité de Saint Joseph

L’ange du Seigneur apparut en songe à Joseph…

Aucun des Évangélistes n’a recueilli de paroles de Saint Joseph, l’époux de Marie. Méditer sur sa vie et son action est d’autant plus compliqué que nous ne connaissons rien de lui, ou tellement peu… Il était charpentier à Nazareth (Mc 6,3), et Saint Matthieu dans l’Évangile de ce jour le décrit comme étant un homme juste.

Par trois fois dans sa vie, Joseph reçut durant son sommeil une parole de la part de Dieu. Dans la première, que nous venons d’entendre, le Seigneur lui demande de prendre chez lui Marie son épouse. C’est donc Dieu lui-même qui officialise le mariage. La seconde intervention divine fut pour ordonner à Joseph de fuir en Égypte avec sa femme et l’Enfant car Hérode voulait le tuer (Mt 2,13).

Joseph ne dut probablement pas imaginer se comparer au patriarche Joseph qui avait été conduit en Égypte pour sauver le peuple de la famine. C’est grâce au patriarche que le peuple put venir s’installer comme immigrés dans le pays. Ce fut grâce à lui que Moïse libéra le peuple quelque 440 ans plus tard. Moïse sauvé de la mort des petits enfants ordonné par le pharaon, Jésus sauvé de la mort des enfants de Bethlehem ordonné par le roi Hérode… Ce parallèle pourrait avoir eu davantage de sens pour Saint Joseph, puisque l’ange du Seigneur lui avait dit en songe :

tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),

Mais pouvait-il comprendre en quoi l’Enfant Jésus serait le sauveur d’Israël ? Faudrait-il qu’il fasse à nouveau entrer le Peuple dans une terre promise ? Ce que l’ange ajoutait :

car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés…

devait laisser Saint Joseph plus que songeur, même après ses songes.

La troisième fois que l’ange du Seigneur intervient dans la vie de Saint Joseph, c’est pour l’inviter à rentrer en Israël car, dit l’ange,

ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. (Mt 2,20)

Et l’évangéliste avait précisé juste avant que s’accomplissait ainsi l’oracle prophétique du Seigneur : d’Égypte j’ai appelé mon fils (Mt 2,15). Le parallèle pour Joseph et Marie ne devait sauter aux yeux, alors qu’ils n’avaient dans les bras qu’un petit Enfant qui était encore bien incapable de sauver quiconque ou de ramener le peuple à une vraie conversion. Jésus, le Seigneur-Sauve, qui sauverait le peuple de ses péchés ? Comment cela serait-il possible, devaient se demander Joseph et Marie. Moïse sauva le peuple de l’esclavage de l’Égypte, mais le peuple continua à pécher.

Jésus allait sans doute réconcilier le peuple avec son Dieu, mais difficile de comprendre comment cela se ferait. Serait-il un Nouveau Moïse réconciliant le peuple avec son Dieu, en le ramenant au paradis dans l’état d’avant le péché de nos premiers parents Adam et Ève ?

Joseph et Marie n’étaient pas à une interrogation près, depuis que Dieu était entré dans leurs vies par les visites de l’ange et les paroles divines et mystérieuses qu’ils reçurent. Mais ils durent attendre la mort et la résurrection de leur Enfant pour vraiment comprendre les tenants et aboutissants des paroles prophétiques reçues dès avant la naissance de l’Enfant-Dieu. Non, Jésus n’était pas venu pour sauver le peuple et le conduire dans une autre terre promise. Il n’était pas non plus venu pour rouvrir l’accès au Paradis.

Par sa mort et sa résurrection, Jésus nous ouvre les portes du ciel même, et nous invite à Le suivre sur un chemin d’obéissance et d’humilité. Nous sommes invités à partager dans les cieux la gloire de Dieu, le bonheur des anges et des Saints.

En la fête de Saint Joseph, demandons-lui la grâce d’obéir à la volonté de Dieu lorsqu’elle s’impose à nous, même si, surtout si, nous ne comprenons pas où Il veut nous conduire. Le chemin risque d’être rocailleux, difficile, mais croyons que nous serons récompensés de notre disponibilité au vouloir divin sur nous.

Frère Bernard-Marie

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2014. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.