Vingt-neuvième Dimanche du Temps Ordinaire

Celui qui veut devenir grand…

La semaine dernière nous entendions Pierre demander à Jésus :

Voilà que nous avons tout quitté, qu’y aura-t-il pour nous ? (Mc 10,28)

Entre cette séquence de l’Évangile selon Saint Marc et la lecture que nous venons d’entendre, se trouve la troisième annonce de la Passion donnée par Jésus alors qu’il monte à Jérusalem avec ses disciples.  Ceux-ci ne posèrent pas de questions, ils étaient même dans la stupeur devant les paroles de Jésus, précise Saint Marc (Mc 10,32-34).

Jacques et Jean devaient se souvenir de la réponse encourageante que Pierre avait reçue et que nous avons entendue dimanche dernier.  Ils avaient conscience de faire partie des disciples les plus proches de Jésus.  Avec Pierre ils avaient bénéficié de la transfiguration sur la haute montagne.  Maintenant donc, difficile de laisser à Pierre seul le privilège de demander quel sera leur récompense.

Ordonne que nous siégions l’un à ta droite, l’autre à ta gauche…

L’ambition toute humaine, la récompense attendue avant même que le vrai travail ne commence, tel est le comportement de Pierre, Jacques et Jean.  Tous les apôtres donnent l’impression de ne comprendre absolument rien de ce que Jésus leur dit.  Après que Jésus eut annoncé pour la seconde fois sa passion et sa mort imminentes, les disciples cherchent à prendre la première place.  C’est pourquoi Jésus leur demande :

Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire,
recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ?

À quoi ils répondent, confiants en leur propre force ou plutôt inconscients du contenu de la coupe qu’ils devront boire : Nous le pouvons.

Jésus devait être particulièrement surpris d’une telle demande de ses disciples.  À croire qu’ils ne comprenaient rien aux événements qui se préparaient et faisaient tout pour préserver leur autorité ou asseoir leur préséance.  Jésus méditait de plus en plus intensément à la fois le mystère de ses origines divines, et la fin tragique qu’Il ne prévoyait que trop clairement.  Lui, le Fils de Dieu, venu par amour pour sauver le peuple de ses péchés, qui se prépare à mourir de la main des hommes.  Et en même temps, autour de lui, ses disciples les plus intimes, se mettent à faire des coudes pour prendre le pouvoir…  Broyé par la souffrance, disait le prophète Isaïe dans la première lecture, Jésus l’est, mais Il ne voit pas encore que l’issue sera la lumière…  Broyé aussi par les querelles trop humaines et tellement ambitieuses que se livrent les disciples.

C’est pourquoi Jésus leur répond avec insistance :

Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur.
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous :
car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir.

Non, l’ambition humaine n’est pas le chemin que propose Jésus.  Plutôt, à son exemple, se faire le serviteur de tous et l’esclave de tous.  Les disciples, encore une fois, ne comprirent pas les paroles de Jésus.  Comment concilier le désir de suivre Jésus, le désir de continuer son œuvre après sa mort annoncée, alors qu’Il invite au service, à l’humilité, à la petitesse?  Il fallut du temps aux premiers chrétiens pour comprendre ce renversement complet des valeurs.  Saint Paul l’exprimera d’une manière tellement concise dans l’hymne qu’il insère dans l’épître aux Philippiens :

Lui de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu,
Il se dépouilla lui-même, prenant la nature humaine,
plus encore, il s’humilia jusqu’à mourir sur une croix…
C’est pourquoi Dieu l’a exalté
et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom… (Ph 2,6-11)

Ce Jésus qui, selon l’épître aux Hébreux, a pénétré au-delà des cieux, est capable de nous aider.  Il nous a montré le chemin de l’humilité.  Il a vaincu le péché et la mort, aujourd’hui Il peut nous faire miséricorde.  Que la participation à cette Eucharistie nous rapproche du Dieu qui fait grâce et de Jésus notre grand prêtre par excellence.

Is 53,10-11 ; Hb 4,14-16 ; Mc 10,35-45.
Frère Bernard-Marie

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