Solennité de l’Assomption de Marie

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Ap 11, 19a; 12,1-6a. 10Ab;  1 Co 15, 20-27a; Lc 1, 39-56.

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Lorsque nous célébrons la Vierge Marie, nous courons souvent le risque de céder à deux tentations, de nous heurter à deux écueils. En effet, nous pouvons soit nous laisser emporter par les aspects extraordinaires et merveilleux de la vocation de Marie, en oubliant qu’elle fut d’abord « l’humble servante du Seigneur », l’épouse de Joseph, le charpentier de Nazareth. Mais nous pouvons aussi tomber dans la tentation inverse, fort répandue aujourd’hui, qui consiste à ne relever que les aspects ordinaires de cette femme d’Israël, en oubliant qu’elle est Vierge et Mère de Dieu.

Cette difficulté, si elle souligne surtout nos limites et notre incapacité à penser au delà des petites catégories à la mode, n’en est pas moins le signe d’une autre réalité, bien plus profonde et plus intéressante. Au fond, nous avons du mal à accepter cette façon, pour le moins étrange, que Dieu a choisie de se révéler à nous. Il nous est en effet difficile de reconnaître la présence du mystère dans les choses ordinaires de la vie, et à l’inverse, de continuer à prendre au sérieux les réalités de ce monde, lorsque l’extraordinaire fait irruption dans nos existences.

Or, la vie de Marie, comme son Assomption dans la gloire, sont précisément marqués par cet inextricable mélange des réalités humaines et de la présence de l’indicible. Dieu se dit dans les choses banales de la vie! Et le mystère fait éclater nos perceptions parfois terriblement étroites, sous couvert d’un certain réalisme. En Marie, Dieu met à mal notre sagesse trop sage et notre apparent bon sens, pour se révéler tellement différent de ce que nous attendions, mais aussi infiniment plus proche que nous n’aurions osé l’espérer.

Si nous scrutons les Ecritures, si nous nous mettons à l’écoute de la Parole de Dieu, sans préjugé, sans prévention, nous découvrirons très vite, comme dans l’Evangile de ce jour, ou la première lecture, tirée de l’Apocalypse, cet étonnante imbrication des réalités humaines et divines. Saint Luc nous décrit la rencontre de deux femmes qui attendent chacune un enfant. Mais cette scène si simple et si banale se transforme très vite en une hymne d’action de grâce pour les merveilles accomplies par Dieu en Marie. A l’inverse, le livre de l’Apocalypse nous décrit des signes extraordinaires et des prodiges, autour de la naissance d’un petit enfant.

De même, le mystère de l’Assomption de Marie porte cette marque singulière qui fait la caractéristique fondamentale de la Révélation Chrétienne. Le Corps de Marie est emporté dans la gloire, sans connaître la corruption de la terre. Nous sommes là, en fait, au coeur de la dynamique choisie par Dieu, dès les origines du monde. Pas d’opposition entre ce monde de chair et de sang et celui de Dieu, pas de spiritualité qui s’évaderait loin de ce monde. Nous sommes aux antipodes de toutes ces rêves d’évasion tellement à la mode aujourd’hui. Avec l’Assomption de Marie, nous sommes bien au coeur du Mystère Chrétien, un coeur qui bat au rythme des joies et des peines, des souffrances et des espérances de tous les hommes.

Le salut que nous offre le Christ, et dont Marie est la première bénéficiaire, embrasse toute la réalité humaine. Ce corps que nous sommes, ce coeur par lequel nous aimons, cette intelligence par laquelle nous comprenons le monde, tout cela sera repris, purifié, transformé, pour être glorifié. C’est toute notre réalité humaine, dans ce qu’elle a de plus humble et de plus beau, que Dieu est venu sauver.

En célébrant l’Assomption de la Vierge Marie, femme de notre race et Mère de Dieu, c’est notre propre mystère que nous célébrons, notre propre vocation que nous sommes appelés à reconnaître, en celle qui l’a réalisée, dans sa plénitude.

 

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