Dimanche des Rameaux, Année C

+

Lc 19, 28-40; Is 50, 4-7; Phil 2, 6-11; Lc 22, 14-23, 56.

+

Quel contraste entre cette foule déchaînée qui réclame la mort de Jésus, et la foule joyeuse et enthousiaste qui, quelques heures plus tôt, acclamait le Messie, le fils de David! Quel contraste entre cette marche triomphale vers Jérusalem, cette entrée royale de Jésus monté sur un âne, et ce pauvre condamné à mort, bousculé, humilié, qui n’a plus la force de porter sa Croix!

Et pourtant, si la foule a changé, si elle s’est retournée, comme se retournent si souvent les foules, contre ceux qu’elles avaient auparavant adoré, Jésus, Lui, est resté le même. Il semble traverser ce moment de gloire passagère de l’entrée à Jérusalem, comme ce long chemin de Croix qui le mène au Golgota, avec la même sérénité, la même détermination. Car, pour Jésus, tout s’est noué ailleurs, non pas au milieu de la foule, un instant enthousiaste et maintenant déchaînée, mais dans le silence de la nuit, dans la solitude du jardin, à Gethsemani.

Saint Luc évoque en quelques mots très simples cette lente agonie de Jésus, dans la nuit, seul, abandonné même de ses amis, qui se sont endormis. Et cette agonie, cette angoisse qui le fait s’écrouler en larmes, l’Evangéliste nous la décrit comme un combat, une lutte solitaire dans la nuit, qui évoque le combat de Jacob avec l’Ange, au livre de la genèse. De ce combat terrible, Saint Luc nous a conservé quelques gémissements et une phrase qui en dit long sur ce qui s’est passé: « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ».

En ces quelques mots, tout est dit du combat de Jésus, et de nos propres combats. Tout est dit de la souffrance humaine, de l’angoisse qui se noue dans la ténèbre, de notre peur de la douleur et de la mort. C’est comme si, en Jésus, se heurtaient deux volontés, deux désirs, deux amours. Le déchirement de la Croix, Jésus l’a vécu là, au coeur de la nuit, abandonné de tous, réduit à rien. Et s’il traverse la Passion sans se plaindre, sans un mot, c’est parce qu’il l’a déjà vécue là, seul, dans le jardin.

Ce chemin que nous trace Jésus, entre la gloire et la Croix, entre les réussites éphémères et l’effondrement de tout espoir, préfigure, d’une certaine façon, nos propres chemins. Si la Passion de Jésus nous touche à ce point, c’est parce qu’elle nous révèle que Dieu est venu nous rejoindre jusque là. Désormais, il n’existe nulle part d’ombre, nulle défaite, nulle angoisse, qui ne soit habitée de cette Présence silencieuse. Même nos peurs les plus profondes, les plus secrètes, les plus inavouables, Il les prend sur Lui. Au coeur des nuits les plus profondes, Dieu est présent!

 

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2007. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.