Cinquième Dimanche de T.O.

Je suis un homme pécheur…

La liturgie de ce dimanche nous propose de méditer la vocation de trois personnes.  Chacune des trois a fait une expérience que l’on pourrait appeler « spirituelle » et qui a bouleversé sa vie.
Isaïe reçoit une vision où il se retrouve devant le trône de Dieu dans le ciel, avec des séraphins, des anges et des archanges, qui chantent la gloire de Dieu.  Devant cette grâce inouïe Isaïe s’écrie :
Malheur à moi, je suis un homme pécheur…
On peut comprendre sa réaction.  Celle d’un homme mortel, et pécheur, témoin de la splendeur de Dieu, l’Immortel, le Saint, le maître du monde.  Comment quelqu’un qui fait une telle expérience divine ne serait-il pas disposé, ensuite, à dire comme Isaïe : Me voici : envoie-moi !
Dans l’Évangile de ce matin, nous avons la même expérience relatée pour les premiers disciples de Jésus, Pierre et André son frère, Jacques et Jean les fils de Zébédée.  Ces premiers disciples devaient être bien impressionnés de découvrir le jeune rabbi et de voir comment il enseignait la foule accourue pour L’entendre.  La foule était telle que Jésus demanda de pouvoir utiliser une barque comme chaire pour être vu et entendu de tous.  Après avoir longuement enseigné, Jésus demande à Pierre d’aller au large pour pêcher, et la pêche est miraculeuse.
On comprend, ici encore, la réaction de Pierre et de ses compagnons disant à Jésus :
Éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur.
Mais Jésus les rassure et les appelle à Le suivre pour commencer une autre vie :
Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.
Expression que les disciples ne comprendront que bien plus tard, après la passion et la résurrection de leur Maître.  A une autre occasion, Pierre répondra à Jésus :
A qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle (Jean 6,68).
Venons-en maintenant à l’apôtre Paul, qui a toutes les raisons de se montrer indigne de la grâce qui lui a été faite d’être nommé apôtre.  Voici comment il se présente dans la deuxième lecture de ce matin :
Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.
Avorton est le seul mot que Paul ait trouvé qui soit à même d’exprimer ce qu’il ressent.  Affirmer simplement « je suis un homme pécheur » est en effet bien maigre par rapport à ce qu’il a fait avant sa rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas.  C’est pourquoi il précise :
Car moi, je suis le plus petit des Apôtres – l’avorton –, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église.
Paul est bien conscient de son histoire.  Lui qui, en d’autres occasions, se présente avec tous ses titres de gloire :
Circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu, fils d’Hébreux ; pour l’observance de la Loi, pharisien ;
pour le zèle, persécuteur de l’Église ; pour la justice que donne la Loi, irréprochable. (Ph 3,5-6)
Tout cela, ailleurs encore, Paul le déclare des balayures… et il reconnaît désormais, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture :
Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce en moi n’a pas été stérile.
Dieu  cherche donc des ouvriers pour leur donner une tâche dans son peuple, dans son Église.  Il n’attend pas que ses ouvriers soient parfaits, sans quoi rien ne se ferait.  Dieu prend les hommes et les femmes comme ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts.  Devant l’appel que Dieu nous adresse, nous ne pouvons que sursauter et dire, comme les témoins des lectures de ce jour : je suis un homme pécheur.
L’année de la Miséricorde que le Pape François nous invite à célébrer nous donne l’occasion de reconnaître la miséricorde de Dieu envers nous.  Dieu nous appelle, chacun à sa place, à œuvrer dans son Église.  Acceptons nos limites, acceptons les limites de ceux qui avancent avec nous et faisons confiance que Dieu plein de miséricorde sait ce qu’il fait.  Dieu aussi est capable de rendre droits nos sentiers tortueux.
Dans cette eucharistie où nous recevons le corps de Jésus en nourriture, demandons-lui de nous combler de ses grâces pour, d’une part répondre aux appels qu’Il nous adresse, et d’autre part, être nous-mêmes miséricordieux envers ceux qui nous entourent et cherchent eux aussi leur voie de sainteté.  Que nous aussi, nous puissions dire avec Saint Paul : sa grâce en moi n’a pas été stérile.

Frère Bernard-Marie

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