Octave de Pâques

Je n’ai jamais vu son visage

Les disciples devaient avoir bien peur !  Peur des Juifs, nous dit Saint Jean.  Mais peur de Jésus aussi, très certainement !  Après avoir vécu trois ans avec le Maître, après avoir reçu ses enseignements, après avoir vu ses miracles : guérisons, expulsions, résurrections… après avoir mangé et bu avec Jésus… voilà qu’ils font piètre figure au lendemain de l’arrestation et de la mort de leur Seigneur !
En se rappelant leurs derniers actes, ils n’avaient pas de quoi être fiers…  Judas, lui qui tenait la bourse, homme de confiance donc, voilà qu’il a renié le Maître pour une poignée de pièces d’argent (Mt 26,15).  Pierre, très sûr de lui, avait affirmé : Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas (Mt 26,35).  Il renia quand même, et par trois fois, comme Jésus le lui avait prophétisé.  L’un des disciples, n’ayant qu’un drap sur le corps… lâchant le drap, s’enfuit tout nu (Mc 14,51-52).  Finalement, les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite (Mt 26,56).
Au pied de la croix ne se retrouvèrent que quelques femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée, et le disciple que Jésus aimait (Jn 19,25-27).  Voilà tout ce qui restait du groupe des disciples, des foules qui accompagnaient Jésus sur les routes de Galilée, des foules venues acclamer avec des rameaux Jésus comme le Roi Messie…
Le premier jour de la semaine, il y a bien eu ces quelques femmes qui sont des nôtres qui nous ont bouleversés (Lc 24,22) annonçant le tombeau vide.  Racontars de femmes, se disent les disciples et les pèlerins d’Emmaüs, mais lui, ils ne l’ont pas vu (Lc 24,24).
C’est dans cette ambiance d’échec complet et de perte de tous repères en même temps que de perte de leur maître, que les disciples apeurés ont verrouillé les portes.  Si par bonheur Jésus est vraiment ressuscité, et qu’il venait réprimander ses disciples penaud… mieux vaut prévoir et préparer la réponse.
Mais voilà que Jésus leur apparaît subitement dans la Chambre Haute verrouillée.  Il leur dit, et par trois fois dans l’Évangile de ce jour :
La paix soit avec vous !
Lorsque Jésus apparaît, Il est le Ressuscité, le Roi de Gloire, vainqueur de la mort et du séjour des morts, Il est Seigneur et Christ.  Il n’a que faire des angoisses de ses disciples.  Maintenant il leur faut passer à l’étape suivante, annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations.  Humbles pécheurs qu’ils sont, ils reçoivent à cet instant précis la tâche de faire de toutes les nations des disciples (Mt 28,19) et de rassembler en un seul troupeau les brebis dispersées (Jn 10,14-16).  Jésus connaît les faiblesses de ses hommes, Il a pardonné leurs fautes sur la croix lorsqu’il disait :
Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34).
Ensuite, lorsque Thomas est avec eux, huit jours plus tard, Jésus revient et nomme bienheureux ceux qui croient sans avoir vu.  Cette béatitude ne s’adresse pas seulement à Saint Thomas, mais à tous ceux qui, jusqu’à aujourd’hui, croient sans avoir vu.  Et cela nous concerne tous, jusques et y compris les papes Jean XIII et Jean-Paul II qui sont canonisés aujourd’hui.  Jésus a vécu sa vie d’homme en Palestine il y a 2000 ans.  Depuis, la foi est transmise de génération en génération sur la parole des apôtres.  Et cette foi continue à remuer les foules et à convertir les personnes, ici et ailleurs, partout dans le monde.
Demandons à Dieu et aux saints papes Jean XIII et Jean-Paul II la grâce de témoigner de notre joie de croire en la résurrection de Jésus.  La foi ne se transmet que lorsqu’elle est vécue joyeusement et avec ferveur.  Suivre le Christ nous permet de déplacer les montagnes et de rappeler que la vie sur terre est l’antichambre de la vie éternelle, avec tous les Saints en présence de Dieu Père, Fils et Esprit Saint.
C’est cette foi, transmise de personne à personne, de génération en génération, qui nous rassemble chaque dimanche pour célébrer le Ressuscité.  La foi s’exprime aussi dans les chants que les chrétiens composent et que nous utilisons dans nos liturgies.  Voici, pour terminer, un chant d’entrée qui exprime bien comment la foi se transmet et se vit par chacun au quotidien, dans la mesure où nous ouvrons notre cœur à l’œuvre de Dieu :
Je n’ai jamais vu son visage, mais ceux qui le connaissent m’ont parlé de lui.
Depuis ce jour j’espère son passage et j’entends qu’il vient aujourd’hui.
Jésus, notre lumière !  Jésus, notre salut !
Amen.

Frère Bernard-Marie.

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