Mercredi des Cendres

On pourrait entendre des appels contradictoires entre ce que dit cet Evangile et ce que nous avons entendu dans la 1ère lecture. Le prophète Joël demande que le peuple se réunisse, que l’on tienne une assemblée sainte, et que tout le monde y vienne, sans exception, aussi bien les vieillards que les jeunes enfants, et même les nourrissons ! Alors que, dans l’Evangile, à l’inverse, il est question d’agir dans le secret, à l’insu de tous, que ce soit pour prier ou jeûner, mais aussi pour faire l’aumône.
En fait, quand on va plus au fond des choses, les deux appels consonnent. Le Seigneur, par son prophète, veut réveiller le cœur. Peut-être le cœur de la foule qui se presse à Jérusalem, mais bien aussi le cœur de chacun de ses habitants. C’est à chacun de déchirer son cœur ; le voisin ne peut le faire à sa place.
L’Evangile, lui, s’en prend directement à tout ce qui est façade, parade. Il appelle à une attitude du cœur : un cœur libéré, – ‘dés-asservi’ -, du souci ou du besoin de paraître. Il appelle à exister en vérité. À exister à ce niveau de vérité où Dieu s’adresse à chacun de nous et où il est à notre écoute. D’ailleurs S. Matthieu ne parle pas de « Dieu » mais de notre « Père » : c’est un « Père » qui est là, présent, c’est ton Père.
En ce mercredi des Cendres, et durant tout ce Carême qui s’ouvre, c’est en quelque sorte la somme de ces données apparemment contradictoires que nous voulons vivre. D’une part, nous voulons revenir à notre cœur et accueillir la bienveillance de notre Père à notre égard. Démarche la plus personnelle qui soit. D’autre part, nous voulons vivre cela en Eglise. Nous nous rassemblons pour recevoir tous ensemble les Cendres. Ainsi nous donnons corps à l’Eglise en même temps que nous recevons d’elle tous ses dons : l’Evangile, les Sacrements, les Cendres et la richesse de la communion des fils de Dieu.
Que le Seigneur nous accorde cette grâce de répondre à ces deux appels : appel à nous retirer dans le secret pour prier, jeûner et faire le bien, et appel à accourir à l’assemblée de prière.
Et alors, comment le Seigneur ne sera-t-il pas ému en faveur de son peuple, et n’aura-t-il pas compassion de chacun de ses enfants ?

Père Abbé

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