Quatrième Dimanche du Temps Ordinaire

Hymne à la Charité

La communauté chrétienne de Corinthe fut particulièrement chère à Saint Paul. À tel point que l’apôtre passa d’abord un an et demi dans cette communauté (Ac 18,1-18), puis lui envoya plusieurs lettres, certains parlent de trois ou quatre, dont nous trouvons des traces dans les deux épîtres aux Corinthiens qui nous sont parvenues (cf. 1Co 5,9). Paul retourna jusqu’à Corinthe lors de son troisième voyage, voyage qui se termina par son arrestation à Jérusalem et sa mort à Rome.

Mais cette communauté était particulièrement remuante, ce que Paul exprime justement dans ses lettres. Les chrétiens étaient issus de toutes les couches de la société de l’époque, mais davantage du petit peuple et parmi les esclaves que parmi les gens riches et bien nés (1Co 1,26). Cette diversité d’origines provoque des tensions entre les membres, comme Saint Paul l’explicite dès le début de cette première épître aux Corinthiens, au point que dès le début de l’épître il invite à éviter les discordes et les divisions :
J’entends que certains me disent : « Moi, je suis à Paul. »
– « Et moi, à Apollos. » – « Et moi, à Céphas. » – « Et moi, au Christ. »

À quoi Paul pose la question fondamentale :
Le Christ est-il divisé ? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? (1Co 1,11-13)

Plus loin, dans cette même épître, Paul reprend les Corinthiens sur le sens des repas communautaires :
Dès qu’on est à table, chacun prend d’abord son propre repas,
et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. (1Co 11,21)

Ces repas communautaires, du temps de Paul, étaient déjà repas eucharistique, qui donne à l’apôtre de transmettre son enseignement sur le dernier repas du Seigneur :
J’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis :
le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain
et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : « Ceci est mon corps »… (1Co 11,23-24)

C’est dans cet environnement de rappel des grandes vérités de la foi et de la célébration de la liturgie que Saint Paul insère le grand Hymne à la Charité que nous avons entendu en seconde lecture.
Saint Paul rappelle aux Corinthiens que l’abondance de dons spirituels, de richesses, de pauvreté, ne sont pas suffisants pour vivre chrétiennement. Et la réponse résonne comme un gong :
Si je n’ai pas la charité…
Je ne suis rien, cela ne me sert de rien,
Je suis comme airain qui sonne (faux) cymbale qui retentit…

Si je n’ai pas la charité est, dans cette lettre de Saint Paul, le thème majeur. Mais de quelle charité parle-t-il ? On peut penser qu’il s’agit de l’amour du prochain, de l’entente avec les proches, de la bonne ambiance entre croyants. Pourtant, un peu plus loin Paul rajoute :
Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes,
si je n’ai pas la charité…
La charité dont il est ici question n’est donc pas de distribuer ses biens aux pauvres, de faire des aumônes, de faire des ‘œuvres de charité’ comme on les appelle. La charité ici, est la traduction du terme grec « agapè », terme que Saint Jean utilise dans ses épîtres :
Voici le message que vous avez entendu dès le commencement :
Aimons-nous les uns les autres (1Jn 3,11).

C’est en écho au discours de Jésus avant sa Passion où Jésus dit à ses disciples, dans l’Évangile selon Saint Jean :
Comme je vous aime, aimez-vous. (Jn 13,34)

Tel est le modèle de la charité que nous invite à vivre Saint Paul. Cette hymne prend tout son sens lorsqu’on assimile la définition de la charité à l’amour dont Jésus a témoigné tout au long de sa vie et pour laquelle Il est mort :
La charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ;
la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas…
elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité.
Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

Notre Seigneur Jésus nous a montré la voie, Il nous invite à L’imiter. Saint Paul nous a rappelé cette vérité première de notre foi. Faisons nôtre l’oraison d’ouverture de la célébration de ce :
Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t’adorer sans partage
Et d’avoir pour tout homme une vraie charité. Amen.

Père Bernard-Marie

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