27ème Dimanche du Temps Ordinaire, Année A

Is 25, 6-9 ; Phil 4, 12-20 ; Mt 22, 1-14.+
Pour nous parler du Royaume, Jésus utilise des paraboles où il met en scène des évènements qui tissent habituellement notre vie quotidienne : le travail, le nettoyage, les voyages ou, comme ici, la célébration d’un mariage. Le Royaume a donc quelque chose de familier, qui le rend accessible à chacun. Sauf si, bien sûr, comme les invités de l’Evangile, nous refusons d’y entrer.

Car tel est bien le propos de l’Evangile de ce jour. Le Royaume est une réalité très simple, aussi simple qu’une invitation à participer à une fête, à un banquet de mariage. Le Prophète Isaïe a d’ailleurs pris un malin plaisir à nous en décrire le menu, dans la première lecture. Mais voilà, encore faut-il que les invités acceptent d’y participer.

Et c’est bien là le paradoxe que veut souligner Jésus : tout est prêt, nous sommes invités, le menu est alléchant, le Roi se réjouit de partager sa joie à l’occasion des noces de son fils. Le seul problème, c’est que les invités font la moue : ils ont tant d’autres choses à faire, tant d’occupations bien plus intéressantes que de partager le bonheur d’un autre. Ce n’est pas le Royaume qui est hors d’atteinte, mais plutôt le cœur de ceux qui y sont conviés, gratuitement. Ce n’est pas le Royaume qui est fermé, mais c’est le cœur de ceux qui y sont appelés !

Et ils ont tous de très bonnes raisons pour cela : l’un son champ, l’autre son commerce, et d’autres enfin cette fausse idée qu’ils ont de leur prétendue liberté. Pourquoi se dérangeraient-ils pour partager la joie d’un autre ? Repliés sur leurs propres intérêts, centrés sur eux-mêmes, ils n’ont plus envie d’accueillir le don qui leur est fait.

Voilà bien le véritable drame de l’humanité, notre propre drame. Dieu nous donne tout, Il le met à portée de notre main, et nous faisons la fine bouche, nous regardons d’un air distrait ou dégoûté. Nous avons tant de choses plus intéressantes à faire. Nous ne sommes pas si différents de ces invités qui préfèrent leurs petites occupations, leurs petits commerces, leurs petits riens qui finissent par occuper tout le champ de la conscience, et empêchent de voir la perle précieuse, le trésor caché dans le champ.

Ce n’est pas le Royaume qui est hors d’atteinte, mais c’est notre propre cœur. Et voilà bien ce qui désole Jésus, ce qui désole le cœur de Dieu ! Nous qui avons tant reçu, nous qui recevons de Lui, chaque jour, l’existence et l’être, nous nous reconnaissons facilement, si nous sommes un peu honnêtes, dans cette ingratitude, cette paresse des invités. Et ces ténèbres extérieures, « là où il y aura des pleurs et des grincements de dents », nous savons bien que les anges n’auront pas besoin de nous y jeter, car nous nous précipitons nous-mêmes ! En effet, ne préférons-nous pas bien souvent nos petites bricoles insipides à cette joie que Dieu nous propose en partage ?

En mettant ainsi le doigt sur l’endurcissement de notre cœur, Jésus ne cherche pas à nous donner mauvaise conscience ou à nous culpabiliser, mais il cherche plutôt à réveiller en nous ce goût du bonheur, ce désir de vivre, que Dieu a inscrits en notre cœur, dès l’origine de notre création. Nous sommes faits pour la joie, nous avons été créés pour partager le banquet des noces de Son Fils, car nous sommes invités, depuis la nuit des temps, au banquet des noces de l’Agneau !

 

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