Vingt-et-unième Dimanche du Temps ordinaire

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Jos 24, 1-18b; Eph 5, 21-32; Jn 6, 60-69.

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« Ce qu’il dit là est intolérable »! Ne sommes-nous pas bien souvent tentés de reprendre à notre compte, aujourd’hui encore, ce cri de révolte des premiers auditeurs de Jésus? Et cela, non seulement devant certaines exigences que l’Eglise nous rappelle régulièrement, mais aussi face à certaines affirmations de Jésus et des Apôtres, comme celles que nous venons d’entendre? Il y a comme un parfum de scandale dans le Nouveau Testament, que des siècles d’habitude ont parfois anesthésié, mais qui nous heurte très vite, dès que l’Eglise ose l’exprimer, avec des mots d’aujourd’hui.
Et peut-être n’est-ce pas le moindre bénéfice d’une époque comme la nôtre, qui remet tout en cause et passe tout au crible de la critique, de réveiller en nous cette conscience de l’extrême radicalité et de la scandaleuse nouveauté de l’Evangile. Nous pensions être en terrain connu, nous croyions avoir tout compris et voilà que la Parole de Jésus nous heurte, blesse nos désirs les plus profonds, bouscule nos rêves d’harmonie et de vie facile.
C’est justement pour éviter cette confrontation douloureuse que la tentation revient, régulièrement, tout au long de l’histoire de l’Eglise, de censurer tous ces passages des Ecritures qui nous heurtent, en supprimant tel verset de psaume qui n’est pas au goût du jour, en passant sous silence tel passage des Evangiles qui ne correspond pas au visage de Jésus que nous avions fabriqué. C’est pourquoi des textes comme ceux de ce jour sont tellement importants pour nous.
Le caractère abrupt et parfois extrêmement dur de certains passages des Ecritures sont là pour nous réveiller, pour nous faire sortir du prêt à penser, du discours standardisé si répandu aujourd’hui. La Parole de Dieu, qui ne se laisse pas enchaîner par les modes du moment, nous oblige à penser par nous-mêmes, à vivre la conscience tout éveillée.
Bien sûr, en continuant à proclamer cette parole dérangeante, envers et contre tout, l’Eglise court le risque, comme Jésus de voir les foules se détourner pour chercher ailleurs une vérité plus commode. « A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec Lui », nous dit Saint Jean! Aujourd’hui comme à l’époque de Jésus, l’âpreté du message évangélique rebute et fait peur. Pourquoi nous en étonner?
Ce réveil de notre conscience d’hommes, cet appel à devenir des êtres libres, capables de penser et de choisir par eux-mêmes, nous le trouvons pourtant dès les origines du peuple d’Israël, comme nous le relatait la première lecture, tirée du livre de Josué. Le serviteur et successeur de Moïse, après le passage de la Mer Rouge et les quarante années d’errance dans le désert, n’avait pas craint de mettre les Israélites devant leurs responsabilités. Ils étaient libres de choisir le sens de leur vie, la direction et la signification qu’ils voudraient donner à leur existence. Cette invitation à faire un choix libre, conscient, responsable, un choix qui humanise l’homme, en nous obligeant à sortir des sentiers battus, elle s’adresse à nous aussi, aujourd’hui.
Contrairement à ce qu’on voudrait parfois nous faire croire, l’Eglise, en nous provoquant à choisir, ne veut pas porter atteinte à notre liberté, mais au contraire la susciter, l’encourager, la réveiller. Nous avons besoin de cette parole libre et libératrice, à contre-courant, qui ose dire et répéter, sans jamais se lasser, la scandaleuse révélation du mystère de Dieu, la merveilleuse nouveauté du mystère de l’homme.

 

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