Solennité de la Toussaint

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Ap 7, 2-14; 1 Jn 3, 1-3; Mt 5, 1-12a.

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Selon l’évangile que nous venons d’entendre, la sainteté est l’expression la plus authentique et la plus profonde de notre vocation au bonheur. Cela signifie aussi que notre désir d’être heureux ne peut s’accomplir que dans cette vocation à la sainteté, dont le Concile Vatican II nous rappelle qu’elle est celle de tous les baptisés. Ainsi, la soif de bonheur inscrite dans notre humanité et la vocation à la sainteté se rejoignent d’une manière quelque peu surprenante.

En effet, bien souvent, nous avons une image un peu austère, sinon triste de la sainteté. Il est vrai que les vies de saints, comme toute la littérature hagiographique d’ailleurs, n’ont rien de très encourageant pour les chrétiens de base que nous sommes. La sainteté nous paraît non seulement hors de portée, mais elle nous semble surtout peu désirable. Et, si nous avons tendance à admirer les saints, c’est de loin, du plus loin possible.

Les lectures de la liturgie de ce jour nous proposent cependant une image  très différente de la sainteté. D’abord, elles nous montrent que la sainteté nous concerne tous, comme le soulignait le passage de l’Apocalypse :  « j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues », et non pas seulement quelques privilégiés, triés sur le volet, dont le nombre serait limité.

Ensuite, la sainteté est surtout une bonne nouvelle, comme le souligne Saint Matthieu. Il s’agit d’une invitation au bonheur, d’un cri de joie, d’une merveilleuse surprise, d’un véritable chemin de vie. Ce que nous dit en effet l’Evangéliste, c’est que, si nous désirons être heureux, le chemin le plus court et le plus sûr passe toujours par Dieu.

Car ce que nous propose Jésus dans les béatitudes, ce n’est pas un catalogue compliqué de vertus héroïques, qu’il nous faudrait mettre en pratique, mais une manière différente de regarder notre propre existence. Lequel d’entre n’a jamais eu faim et soif de justice? Lequel d’entre nous n’a jamais pleuré? Qui n’a jamais été touché un jour ou l’autre par la détresse d’autrui ou n’a eu envie de semer la paix autour de lui? Tous, un jour ou l’autre, nous avons pu vivre ce que Jésus nous décrit.

Mais peut-être n’avons-nous pas osé aller jusqu’au bout? Peut-être n’avons-nous pas voulu nous laisser aller et nous sommes-nous ressaisis, avec le secret regret de n’avoir pas fait un pas de plus? Peut-être avons-nous eu peur que notre désir ne nous mène trop loin? Nous ne nous sentions pas vraiment capables de ce bien que nous avions aperçu. Nous avions trop conscience de notre fragilité, de notre incapacité à tenir!

Est-ce la sainteté qui nous fait peur? Ou bien n’est-ce pas plutôt le bonheur qui nous effraie? Ne préférons-nous pas, bien souvent, éviter la désillusion et l’échec plutôt que de tenter, de nous lancer, d’essayer? A force de nous protéger de la souffrance, ne finissons-nous pas par passer à côté de la vie?

En ce jour de la Toussaint, ceux que nous célébrons, tous ces saints connus et inconnus que nous fêtons, ce sont d’abord des hommes et des femmes comme nous, qui ont fait le choix du bonheur, et qui en ont pris le risque. Ne faut-il pas être un peu fou pour croire que la mort peut être dépassée, que la vie a toujours le dernier mot? Ne faut-il pas être un peu naïf pour s’appuyer sur  les promesses de Dieu, alors que le monde, comme le disait saint Jean dans la seconde lecture, nie Son Existence?

 

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