Sixième Dimanche de Pâques, Année A

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Act 8, 5-8. 14-17; 1 P 3, 15-18; Jn 14, 15-21.
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« Celui qui m’aime, …, je me manifesterai à lui » nous dit Jésus, dans le passage de l’évangile que nous venons d’entendre. Il y a donc une évidence de la foi, une connaissance certaine, qui a sa source dans l’amour, et seulement dans l’amour. C’est celui qui aime qui connaît vraiment, et qui voit de ses yeux. Celui qui n’aime pas demeure donc aveugle, incapable de recevoir, incapable de voir et de connaître. Pour Jésus, c’est l’amour seul qui connaît et qui voit.
L’amour est la clé de l’évangile.
Mais qu’est-ce que l’amour? Car, au fond, qu’y a-t-il de plus commun et de plus banal que l’amour? L’amour n’est-il pas le sujet de prédilection de la littérature et du cinéma, des chansons et des histoires de notre temps, comme de tous les temps? Sans doute, ce mot est-il un peu piégé, car, à force de l’utiliser, nous pouvons avoir l\’illusion que nous savons ce qu\’il signifie, que nous comprenons ce qu\’est l\’amour.
Or, telle est justement l\’ambiguïté de ce mot. A force de l\’employer à toutes les sauces, nous avons fini par croire que nous comprenions ce que Jésus voulait dire, quand il nous parle d\’amour. Sans nous en rendre compte, en faisant basculer l\’amour du côté des grands sentiments et des émotions, en partant de notre propre expérience des passions humaines, nous avons perdu de vue que Jésus est aussi venu évangéliser notre façon d\’aimer. Jésus est venu évangéliser l\’amour.
En effet, dans l\’évangile, comme dans bien d\’autres passages des Ecritures, on peut trouver de nombreuses expressions qui viennent contester et retourner notre vision de l\’amour. Jésus n\’aime pas comme nous aimons. Il fait éclater, d\’une certaine manière, le cadre étroit de nos amours humaines. Il y a chez lui de l\’excès et de la démesure, mais aussi de la force et de la profondeur qui échappe à notre entendement. En écoutant la Parole de Dieu, nous comprenons mieux que nous ne savons pas vraiment aimer, et que c\’est Jésus seul qui peut nous apprendre à aimer.
Alors, qu\’est-ce que cela veut dire aimer, pour Jésus? Dans le bref passage de l\’évangile de Jean, que nous venons d\’entendre, Jésus le répète à deux reprises, en deux formules qui se répondent comme en un jeu de miroirs. « Si vous m\’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements » et plus loin, « celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c\’est celui-là qui m\’aime ». Pour Jésus, l\’amour se donne à toucher, se laisse voir, il se savoure dans la fidélité aux commandements. C\’est dans cette unité retrouvée entre la parole et la vie, entre l\’être et l\’agir, entre le coeur et l\’apparence, que l\’amour s\’éprouve et se prouve. Dieu dit, et cela est!
Dans cette oeuvre de création et de recréation du monde, Jésus nous invite à prendre notre part. Comme le disait l\’Apôtre Pierre, dans la seconde lecture, nous sommes appelés à rendre compte de l\’espérance qui est en nous, par toute notre vie. Mais le premier pas, sur ce chemin de l\’amour, que nous ouvre Jésus, ne consiste pas à redresser ce qui peut être tordu chez les autres, mais il consiste d\’abord à reconnaître que nous ne savons pas aimer, que nous avons besoin d\’apprendre à aimer.
Le chrétien n\’est donc pas celui qui prétendrait tout savoir et faire la leçon, mais celui qui confesse son ignorance, et surtout consent à se faire tout petit pour entrer dans cette école de l\’amour, cette « schola caritatis », où Jésus se fait notre guide et notre maître. Comme le proclame la dernière oraison de la messe de ce jour, le chrétien, c\’est celui qui accepte d\’être recréé, dans le Christ, pour la vie éternelle!
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