Quatorzième Dimanche du T.O., Année A

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Za 9, 9-10; Rom 8, 9.11-13; Mt 11, 25-30.
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Nous assimilons souvent la religion, comme tout ce qui s’y rapporte, à un effort, un ensemble d’obligations, une recherche difficile, un travail. Peut-être est-ce l’une des raisons pour lesquelles nos contemporains, après les difficultés et les fatigues de la vie quotidienne, préfèrent aller chercher ailleurs leur repos. Or, dans l’Evangile de ce jour, Jésus nous propose une vision tout à fait différente. Dans sa bouche, la recherche de Dieu, la vie spirituelle, prend un aspect joyeux, reposant, presque ludique. On pourrait affirmer, sans exagérer, que le Seigneur nous invite à prendre des vacances en sa compagnie.
A n’en pas douter, les scribes et les pharisiens, qui l’écoutaient, durent être profondément heurtés par cette présentation de la vie de foi. N’insistaient-ils pas, en effet, sur mille prescriptions plus tatillonnes les unes que les autres? Ne passaient-ils pas des heures, chaque jour, à méditer et à scruter les Ecritures? Ne s’astreignaient- ils pas à une rude vie d’ascèse et de travail, se refusant les simples plaisirs de la vie? Tout cela aurait-il donc été inutile?
Auraient-ils peiné en vain?
Cette question, nous pourrions nous la poser, nous aussi. Après tout, à quoi bon chercher avec constance, creuser avec attention, peiner en essayant de vivre notre foi, si cela ne sert à rien?
D’autre part, la vie de Jésus lui-même, et celle des Apôtres ne sont- elles pas en contradiction avec ce que le Seigneur enseigne dans ce passage de l’Evangile? Eux-mêmes n’ont-ils pas peiné, souffert et travaillé bien plus que nous? Comment alors sortir de cette impasse?
C’est par une de ces formules dont il a le secret, et qui se joue des contradictions, et ajoute même un peu à la confusion, que Jésus répond à notre interrogation: « Prenez sur vous mon joug », nous dit- il, « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos ». Jésus nous parle de joug, de fardeau, de discipline, pour nous inviter au repos! Loin de résoudre le paradoxe, il semble encore l’accentuer!
Sans doute Jésus utilise-t-il ces formules paradoxales pour nous ouvrir à une autre perspective, pour éveiller notre esprit à une autre manière de penser. Lequel d’entre nous, en effet, n’a fait l’expérience que la facilité et le relâchement conduisent à la lassitude et au dégoût, autant que la raideur et une recherche pleine d’orgueil? Lequel d’entre nous n’a pu expérimenter, dans sa propre chair, que la tentation se joue de celui qui prétend tout contrôler dans sa vie, comme de celui qui se laisse aller au gré de ses désirs?
L’Evangile de ce jour nous ouvre donc une voie différente, une voie nouvelle que les plus grands spirituels de tous les temps ont su mettre à profit pour nous aider, comme Saint Ignace de Loyola, qui donnait à ses frères ce conseil non moins paradoxal: « Tout faire, comme si tout dépendait de nous, et s’en remettre à Dieu, comme si tout dépendait de Lui ». Le repos ne consiste pas à ne rien faire, à se laisser vivre, mais à tout donner en acceptant de tout recevoir.
La recherche du savant, l’ascèse du moine, la quête du croyant seraient vaines si elles ne conduisaient, en effet, à cette douceur, à cette humilité du coeur, telle que Jésus nous l’enseigne. Les longues heures de prière et de méditation des Ecritures seraient vaines, si elles ne creusaient en nous cet espace de silence, de repos et de paix, où Dieu seul peut prononcer son Nom!
Car l’ennemi de notre repos, ce n’est ni la recherche, ni le travail et l’ascèse, mais c’est notre propre coeur, qui se gonfle et se raidit, en ramenant à lui ce qu’il a reçu d’un autre. Seul l’humble, seul le doux, seul le pacifique peut trouver le repos au milieu des soucis de la vie, seul il peut vivre en parfaite quiétude, alors même qu’il semble ployer sous les tâches et les obligations les plus écrasantes. Car son repos n’est pas son oeuvre, il ne vient pas de lui, mais de Jésus qui seul peut nous procurer le repos véritable.
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