Mercredi des Cendres

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Joël 2, 12-18; 2 Co 5, 20-6, 2; Mt 6, 1-6. 16-18.

 

 

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A trois reprises, dans le bref passage de l’évangile selon Saint Matthieu, que nous venons d’entendre, Jésus parle de « récompense », et il affirme que ce chacun d’entre nous aura fait, Dieu le lui « revaudra »! Evoquer l’idée d’une récompense nous paraît aujourd’hui bien étrange sinon même incongrue. Nous avons du mal à imaginer Dieu tenant une comptabilité de nos mérites et nous versant, au jour du jugement, le solde de nos bonnes actions. Pourtant, ce sont bien les paroles de Jésus lui-même. Alors, comment les comprendre?

 

 

L’idée de récompense comporte en fait au moins deux aspects très différents. Le premier, auquel nous pensons d’emblée, est que Dieu nous doive quelque chose. Et sans doute est-ce cela qui nous choque, en bons disciples que nous sommes de l’Apôtre Paul! Mais l’idée de récompense recouvre également une autre réalité, bien plus importante. C’est celle de l’attente, du désir de celui qui agit. Si nous jeûnons, si nous prions, si nous faisons l’aumône, c’est parce que nous attendons, plus ou moins confusément, quelque chose de Dieu. Aussi la question se pose-t-elle pour nous aujourd’hui encore: attendons-nous encore quelque chose de Dieu? Notre désir est-il vraiment tourné vers Lui?

 

 

La question pourrait sembler bien étrange, quand elle s’adresse à un aréopage de moines et moniales, de clercs et de pieux laïcs. Et pourtant, sommes-nous bien sûrs que c’est vraiment Lui que nous cherchons? Sommes-nous encore mus par cette « joie du désir spirituel » dont Saint Benoît fait la marque propre du carême dans le chapitre quarante neuf de sa Règle? Avons-nous vraiment soif de Lui, « comme un cerf altéré cherche l’eau vive » (Ps 41)? Sommes-nous prêts à lâcher tout ce qui nous retient loin de Lui, pour revenir à Lui, comme nous y invitait le prophète Joël dans la première lecture?

 

 

Le carême est ce temps particulier où Dieu vient réveiller notre désir, où Il vient secouer notre attente. Voici le temps du long désir, comme le proclame l’une de nos hymnes. Mais notre désir tient-il bien la longueur? Ou se laisse-t-il prendre au piège de toutes les facilités, des distractions, des nouveautés du moment? Sommes-nous encore des hommes et des femmes de désir, des hommes et des femmes qui attendent, dans la joie du désir spirituel, le Seigneur qui vient?

 

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