Douzième Dimanche du T.O.

« Et pour toi, qui suis-je ? » Si un proche pose cette question, l’instant est capital. Or, aujourd’hui, voilà Jésus qui nous la pose.

 

« Pour la foule, qui suis-je ? » demande-t-il d’abord aux disciples. Ils lui donnent trois réponses : soit Jean-Baptiste, soit Elie, soit un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. Curieusement, Jésus ne fait pas de commentaire sur ces opinions des uns et des autres, ce qui lui aurait donné l’occasion d’une belle catéchèse. Jésus ne commente pas : il pose à brûle-pourpoint aux disciples la même question : « Pour vous, qui suis-je ? »

 

Par là, il écarte les figures invoquées, des figures non négligeables. Jean-Baptiste vers qui tout le peuple était allé ; Elie enlevé aux cieux et dont on attendait le retour ; ou un prophète de jadis, tel Jérémie par exemple ; ou bien ce prophète dont parlait Moïse dans le Deutéronome, « un prophète comme moi que le Seigneur suscitera du milieu du peuple » (Dt 18, 15).

 

Jésus ne dit ni oui ni non. Il pose la question aux disciples et Pierre répond : « Le Messie de Dieu ». En interdisant immédiatement de révéler ce nom, Jésus le prend à son compte. Mais, cette fois encore, il ne le commente pas. Il parle tout de suite de sa mort dans des circonstances dramatiques, « souffrir », « être rejeté », « être tué ».

 

C’est la liturgie qui commente pour nous l’Evangile en nous faisant entendre un passage du prophète Zacharie. Il y est question d’un mystérieux « transpercé », dont le nom n’est pas explicité. Mais ce « transpercé » n’est que la troisième des trois figures qui apparaissent dans ce livre. La seconde est celle d’un berger, et la première est celle d’un « Messie », un roi : « voici que ton roi s’avance vers toi, il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne ». Le Messie confessé par Pierre est donc un roi, mais aussi un pasteur, mais encore et surtout ce « transpercé » vers lequel se tournent les regards du peuple : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ; ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né ».

 

Or, le chrétien n’est pas simplement celui qui regarde le Christ et le pleure. Son rapport au Christ est beaucoup plus fort ; ce rapport, c’est le Christ qui le noue dans sa mort et sa glorification par le Père. Nous sommes « en Jésus-Christ », dit S. Paul aux Galates. Il le dit et le redit : « tous unis au Christ », « tous un dans le Christ Jésus », « vous appartenez au Christ ».

 

Ce lien est si fort grâce au Christ. Paul le proclame aux Galates : « je vis mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi ». Et pour toi, Paul, qui suis-je donc ? Paul continue : « ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi ».

 

Voilà qui est Jésus pour Paul. Et pour toi, serait-il différent ? pour toi, qui est-il ? Lui t’a aimé et s’est livré pour toi…

 

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