La règle de Saint Benoît
Chapitre 49
De l'observance du carême
31 mars
31 juillet
30 novembre
IL EST CLAIR QU'UN MOINE DOIT, en tout temps, garder l'observance du carême. 31 juillet
30 novembre
Peu en sont capables. Aussi nous suggérons qu'au moins en ces jours du carême, ils gardent leur vie toute pure,
et, du même coup, effacent pendant ces saints jours toutes les négligences des autres temps.
Cela se fera convenablement si nous nous abstenons de tous les vices et nous adonnons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du coeur et à l'abstinence.
Pendant ces jours-là, ajoutons donc quelque chose à la tâche habituelle de notre service : prières particulières, abstinence de nourriture et de boisson.
Que chacun, par delà la mesure qui lui est assignée et de sa propre volonté, offre quelque chose à Dieu dans la joie du Saint-Esprit.
Qu'il prive son corps de nourriture, de boisson, de sommeil, de bavardage, de plaisanterie, et qu'il attende la sainte Pâques dans la joie du désir spirituel.
Toutefois cette offrande même, chacun la soumettra à son abbé pour l'accomplir avec sa prière et son assentiment.
Car ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera tenu pour présomption et vaine gloire, non pour acte méritant salaire.
Tout doit se faire avec l'assentiment de l'abbé.
Commentaire(s) de ce texte
Et qu'est-ce donc qui caractérise, pour Benoît, cet esprit du carême ? Sinon vivre dans l'attente de "la Sainte Pâques, dans la joie du désir spirituel" (v .7), "dans la joie du St Esprit" (v.6)
2) Ainsi, pour Benoît, ce qui caractérise de la manière la plus essentielle le carême, ce ne sont ni le jeûne, ni les diverses privations, ni même les petites choses que l'on offre à Dieu. Non, ce qui est la caractéristique principale du carême, c'est l'attente, dans la joie du St Esprit.
3) En ce sens, le carême continue aussi au temps pascal, car la Résurrection du Christ ne clôt pas le temps de l'attente, le temps du désir, mais elle l'oriente au-delà de ce que nous pouvions jusque là imaginer ou concevoir. Pâques n'est pas l'accomplissement d'un désir, la plénitude enfin trouvée. Non, Pâques c'est le temps de l'excès du désir, de l'extase du désir hors de lui-même.
4) En effet, ce qui frappe quand on lit les récits des apparitions du Ressuscité à Pâques, c'est qu'elles semblent réorienter le désir des disciples.
A celles ou ceux qui ne désiraient rien d'autre que de retrouver le Christ de la chair, les apparitions font découvrir, peu à peu, qu'ils doivent partir à la rencontre du Christ de l'Esprit. Pâques fait éclater les horizons des apôtres, des femmes qui entouraient Jésus, pour leur ouvrir des perspectives jusqu'alors inconnues.
Désormais, rien n'est plus comme avant !
2) Pour St Benoît, la joie n'est donc pas une joie facile. C'est une joie qui passe par le creuset de la privation, de l'absence, du carême. La joie n'est pas en deçà de la souffrance, elle ne s'y oppose pas, mais elle la dépasse, elle la transcende. La vraie joie, celle de l'Esprit Saint, ne peut être détruite par aucune difficulté, aucun événement malheureux. Elle n'a rien à voir avec ce simple bonheur dont nous faisons tous l'expérience. Elle vient d'au-delà de la difficulté et de la peine.
3) Et c'est la raison pour laquelle St Benoît, d'une manière étonnante, insiste sur la joie justement au moment du carême : commémoration de la Passion du Seigneur qui précède la célébration de la Résurrection (v.7). Car la joie véritable, la joie de l'Esprit, suppose une Pâque, un passage : la traversée de la mort et la Résurrection. La joie est un don, le second don de l'Esprit nous dit S Paul, juste après l'amour (Gai 5, 22), un don qui suppose un abandon. Elle suppose un renoncement à la toute-puissance, à cette volonté d'imposer à la vie, aux événements, aux êtres, notre propre désir. La joie véritable ne peut naître que de la brisure de notre coeur, du consentement à la pauvreté !
2) En fait, pour St Benoît, la négligence, c'est ce qui s'oppose à « la joie spirituelle », c'est ce qui nous barre le chemin de la joie. Au fond, on pourrait dire, sans crainte de se tromper, que pour St Benoît, le sens ultime du carême, comme de toute la vie monastique, c'est d'ouvrir en nous les chemins de la joie.
3) Nous avons tous fait l'expérience, en effet, que lorsque nous nous laissons aller à la médiocrité, à la facilité, lorsque nous oublions ce qui nous a amenés ici, la première conséquence, c'est que nous perdons la joie, que nous devenons tristes, moroses, grincheux. La vie devient grise et monotone. Plus rien ne nous intéresse. Nous sombrons dans la spiritualité des traîne-savates, des tire-au-flanc.
4) Car il y a une joie, une joie profonde à se donner, à tout donner, à aller toujours plus loin, toujours plus profondément dans le don de soi. C'est le chemin le plus court pour entrer dans la joie du désir spirituel. Tel a été le chemin de la Vierge Marie, dont le Magnificat est bien l'hymne de ceux qui sont entrés dans la joie de Dieu.