La règle de Saint Benoît
Chapitre 48
Du travail manuel quotidien (suite)
29 mars
29 juillet
28 novembre
DES CALENDES D'OCTOBRE au début du carême, ils vaqueront à la lecture jusqu'à la fin de la deuxième heure. 29 juillet
28 novembre
À la seconde heure, on dira Tierce. Puis, jusqu'à la neuvième heure, tous iront au travail qu'on leur a prescrit.
Au premier signal de la neuvième heure, chacun quittera son travail et sera prêt pour la deuxième sonnerie.
Après le repas, ils vaqueront à leurs lectures et aux psaumes.
En temps de Carême, du matin à la fin de la troisième heure, ils vaqueront à leurs lectures. Puis, jusqu'à la fin de la dixième heure, ils feront le travail qu'on leur a prescrit.
Pendant ces jours de carême, chacun recevra un livre de la bibliothèque qu'il lira à la suite et en entier.
On donnera ces livres au début du carême.
Il faudra surtout charger un ou deux anciens de parcourir le monastère aux heures où les frères vaquent à la lecture.
Ils veilleront à ce qu'un frère, pris de dégoût, ne se livre pas à l'oisiveté, aux bavardages, au lieu de s'appliquer à la lecture, et qui serait non seulement inutile à lui-même, mais dissiperait les autres.
Si par malheur il se trouve un tel frère, on le corrigera une et deux fois.
S'il ne s'amende pas, on le soumettra à la rigueur de la règle de telle façon que les autres en conçoivent de la crainte.
Un frère ne se joindra pas à un autre frère aux heures indues.
Commentaire(s) de ce texte
2) C'est qu'il est difficile de demeurer constamment en oraison. Cassien le fait remarquer dans les Conférences, même les plus grands saints doivent, à un moment ou à un autre, se préoccuper des choses de la terre. Jésus Lui-même, n'a pas passé sa vie terrestre en prière, aux pieds de son Père. Cette nécessité n'est donc pas un pis aller ! Peut-être a-t-elle même une signification plus profonde que nous ne l'imaginons.
3) En effet, l'un des plus grands dangers qui nous guette, c'est de nous prendre pour des hommes spirituels, des maîtres de prière. A ce titre, le chapitre 73 de la Règle, le dernier chapitre, est très instructif. Quand nous aurons accompli cette Règle, nous aurons découvert que nous sommes des débutants ! En effet, il faut sans doute au moins tout une vie pour découvrir que nous sommes des débutants, que nous n'avons pas encore commencé, que nous n'avions rien compris.
4) Il n'y a que les gens sans expérience, sans profondeur, qui s'imaginent avoir dépassé le stade de débutant. La marque du progrès spirituel, dans notre vie, c'est de découvrir, de façon de plus en plus consciente, que l'on a pas encore vraiment commencé. Dans un apophtegme célèbre, un ancien ne répondait-il à un jeune moine qui lui demandait s'il avait fait beaucoup de progrès : « chaque jour, je commence ».
L'une des caractéristiques du travail monastique, c'est qu'il est prescrit, c'est-à-dire qu'il est demandé et non choisi. Cela peut sembler évident, et même banal. En effet, combien d'hommes et de femmes, dans notre société, n'ont pas le choix. Et si, depuis quelques années, la tendance est plutôt à organiser son temps à sa guise, à programmer son travail à sa guise, à la carte, on peut se demander si St Benoît emboîterait le pas.
2) La tradition monastique a déjà expérimenté cela, c'était 1'idiorythmie. C'est-à-dire que chaque moine avait son horaire propre, déterminé avec son père spirituel, tant pour la prière que pour le travail. Mais il faut le constater, ces communautés monastiques ont rapidement décliné et disparu. Au Mont Athos, elles ont été remplacées par des communautés régulières.
3) C'est que, en fait, ce qui est en cause est bien plus fondamental que l'horaire ou l'organisation du temps. Le problème, en fait, c'est que le chemin de l'intimité avec Dieu requiert une radicale dépossession de soi, de nos idées sur Dieu, sur la prière, de nos illusions sur nous-mêmes.
Or, en reprenant 1'initiative, en réorganisant notre vie à notre guise, bien souvent, nous cherchons en fait à échapper à cette confrontation avec 1'autre, l'altérité de Dieu, notre propre altérité.
4) St Benoît conjugue sous de multiples variantes ce principe spirituel fondamental : recevoir son travail, recevoir ses vêtements, sa nourriture, recevoir une charge, savoir renoncer à sa volonté propre, aux compensations faciles, pour s'ouvrir, peu à peu, à la joie de Dieu.
Toute la pédagogie monastique s'enracine dans cette loi toute simple : se quitter soi-même pour Dieu.
2) Ainsi, pour Benoît, le travail c'est d'abord un temps consacré à travailler. Le problème n'est donc surtout pas de travailler le plus vite possible pour finir avant l'heure, ou au contraire de prolonger volontairement son temps de travail. Non, le problème, c'est de faire ce qui nous est demandé, dans le temps imparti.
3) Depuis quelque temps, en communauté, nous avons un peu perdu ce sens du travail comme discipline spirituelle qui suppose de respecter un horaire. Bien souvent on voit des frères soit de se précipiter, soit faire autre chose. Cela vient, je crois, d'une mauvaise compréhension de la valeur du travail. Car, pour St Benoît, le travail est aussi et surtout un travail sur soi, tout autant qu'un travail sur des choses.
4) Le travail sur soit vaut au même titre que la prière et la lectio. Car, en nous imposant des limites, des contraintes extérieures, le travail nous aide, en fait, à trouver un chemin de liberté par rapport à nos sentiments, nos désirs, nos aspirations. Il nous aide à coller au réel, à nous enraciner en cette terre. C'est pourquoi St Benoît prévoit même que, lorsqu'un frère ne peut lire, il ait un travail. La dynamique est la même. Il s'agit de se mettre à l'écoute, en faisant silence.