La règle de Saint Benoît
Chapitre 43
De ceux qui arrivent en retard au service de Dieu
22 mars
22 juillet
21 novembre
L'HEURE DE L'OFFICE DIVIN, dès qu'on aura entendu le signal, on laissera tout ce qu'on avait en main et l'on accourra en toute hâte, 22 juillet
21 novembre
avec sérieux toutefois pour ne pas donner prise à la dissipation.
Rien ne passera avant le service de Dieu.
Aux Vigiles de la nuit, si quelqu'un arrive après le Gloria du psaume quatre-vingt-quatorze que pour cette raison nous voulons que l'on dise en traînant et lentement - il ne prendra pas son rang au choeur,
mais le dernier de tous, ou à la place spéciale que l'abbé aura fixée pour de tels négligents, où ils seront vus de l'abbé et de tous.
Il en fera réparation par une pénitence publique à la fin du service de Dieu.
Nous estimons qu'ils doivent se tenir à la dernière place ou à part, pour que, exposés au regard de tous et en concevant de la honte, ils s'amendent.
Car s'ils restaient hors de l'oratoire, tel irait se recoucher et dormir, tel irait s'asseoir dehors et passerait son temps à bavarder, donnant occasion au malin.
Qu'ils entrent à l'intérieur pour ne pas tout perdre, et se corriger à l'avenir.
Aux Heures du jour, ceux qui ne seront pas arrivés au service de Dieu après le verset et le Gloria du premier psaume qui suit ce verset, resteront au dernier rang en vertu de la disposition que nous avons prise ci-dessus.
Qu'ils n'aient pas le front de se joindre au choeur de ceux qui psalmodient, avant d'avoir fait réparation, à moins que l'abbé, usant d'indulgence, n'en donne permission.
Mais même dans ce cas le coupable devra faire réparation.
Commentaire(s) de ce texte
St Benoît n'avait pas envisagé ce genre de rapprochement : les courses cyclistes, particulièrement le tour de France, n'ayant pas encore vu le jour, à son époque.
Mais on peut quand même oser ce type de comparaison, puisque S. Paul lui-même compare le chrétien à un athlète qui court pour gagner un prix.
2) Comme dans la vie monastique, dans les courses cyclistes, il y a les solitaires et les équipes. Les équipiers se relaient pour donner le rythme, s'entraîner les uns les autres et chacun à son tour fournit l'effort, en première ligne, puis revient à sa place. Ceux qui ont eu l'occasion d'admirer ce genre de spectacles ont dû être frappés par l'apparente facilité de ce long effort de l'équipe cycliste. Et pourtant tout y est calculé, mesuré, pour viser l'efficacité, afin de gagner le prix.
Si un co-équipier ne prend pas son tour, tout est désorganisé, l'équipe risque de perdre sa place.
3) S. Paul nous dit que, tout cet immense effort ne sert qu'à gagner une couronne périssable, alors que nous, c'est pour un prix infiniment plus précieux que nous courrons.
La "festinatio" du moine, sa hâte, c'est son désir. Désir, non de richesses, ni de réussite, ni de puissance, mais désir de Dieu. Ce qui fait avancer le moine, ce qui l'attire, ce qui le pousse à retourner sept fois par jour à l'église, ce qui lui donne envie d'y revenir bien plus souvent, durant la journée, même pour un bref instant, c'est bien cela : le désir de Dieu.
Le désir, c'est un peu comme la braise : si on l'entretient, il s'enflamme, si on le laisse s'endormir, il se couvre de cendre et se refroidit.
2) Mais il y a une autre manière d'être en retard, beaucoup plus subtile et inaccessible au regard, c'est celle qui consiste à rater l'heure de Dieu dans notre vie. Cela peut se combiner avec une observance très précise, mais le résultat est le même.
3) En effet, tout au long du jour, Dieu nous envoie des messages par Sa Parole, dans les Psaumes, dans les événements et les rencontres. Il met des signes sur notre route pour nous indiquer la voie à suivre, nous faire sentir que nous prenons une mauvaise route qui va nous éloigner de Lui. Ce retard-là, cet endurcissement du coeur, cet aveuglement est bien plus grave.
4) Dans les deux cas, le retard extérieur, ou le retard intérieur, c'est pourtant la même cause qui est en jeu, et que St Benoît résume dans le verset 3 : « Rien ne passera avant le service de Dieu ». Car, si l'on arrive en retard, ou si l'on n'a pas su saisir le clin d'oeil de Dieu dans notre aventure quotidienne, c'est que l'on a choisi de s'occuper d'abord de soi-même. Ou plutôt de s'occuper de cette apparence que l'on appelle « moi », et qui n'est qu'une pâle caricature de notre être véritable.
2) Derrière ces attitudes qui nous font sourire, nous agacent parfois, il y a tout un langage, une manière de transmettre quelque chose. Pour ma part, je sais qu'arriver en retard me rend presque malade, comme pour d'autres le fait d'être à l'heure. Cela vient sans doute de notre éducation, de notre besoin de correspondre à un rôle, un personnage. Au fond, une manière d'exister, aux yeux d'autrui et à ses propres yeux.
3) Mais est-ce bien cela que vise St Benoît ? Pas seulement, car le retard n'est qu'un symptôme parmi d'autres. Ce que vise St Benoît, c'est la négligence (v.5), le laisser-aller, la paresse. Or, ce vice-là, nous y sommes tous soumis. Dom Patrick me disait avec humour que, comme il est très paresseux, il se dépêche de faire tout son travail, pour être tranquille !
4) La négligence, ce n'est rien d'autre que la légèreté, manque de profondeur, de densité de l'existence. Ca flotte. C'est proprement ce qui s'oppose à la vie monastique qui est justement un chemin où l'homme est appelé à naître à lui-même, au lieu de s'évaporer dans des choses inutiles. Il faut, bien souvent, plusieurs symptômes pour détecter une maladie. C'est tout le travail du médecin spirituel, de discerner leur signification.