La règle de Saint Benoît
Chapitre 42
Que nul de parle après Complies
21 mars
21 juillet
20 novembre
EN TOUT TEMPS LES MOINES doivent cultiver le silence, mais surtout aux heures de la nuit. 21 juillet
20 novembre
En tout temps, c'est-à-dire qu'il y ait jeûne ou déjeuner.
Dans les périodes avec déjeuner, dès qu'ils auront terminé le repas du soir, tous s'assiéront en un même lieu, et l'un d'eux lira les Conférences ou les Vies des Pères, ou quelqu'autre livre qui édifie les auditeurs,
mais non l'Heptateuque ni les Rois, parce qu'il ne serait pas utile aux intelligences faibles d'entendre cette partie de l'Ecriture à cette heure-là. Ils les liront à d'autres heures.
Si c'est un jour de jeûne, ayant dit Vêpres, et après un court intervalle, ils iront à la lecture des Conférences, comme nous l'avons dit.
Puis, ayant lu quatre ou cinq pages ou autant que l'heure le permettra,
tous s'étant assemblés au même lieu pendant ce délai de lecture, y compris ceux qui auraient été occupés à une tâche prescrite,
tous étant donc réunis, ils diront Complies.
À la sortie de Complies, nul n'aura permission de dire quoi que ce soit à personne.
S'il se trouve quelqu'un pour enfreindre cette règle du silence, il sera soumis à un châtiment sévère.
Exception faite dans le cas de force majeure de l'arrivée d'hôtes, et dans celui où l'abbé aurait un ordre à donner à quelqu'un.
Cependant, même dans ces cas, on agira avec le plus grand sérieux et la plus scrupuleuse retenue.
Commentaire(s) de ce texte
2) Le silence est donc l'un des éléments essentiels d'une certaine écologie monastique. Sans lui, tout notre univers s'emplit de bruits parasites, et nous ne pouvons plus rien entendre.
Mais le silence, pour St Benoît, dépasse largement l'univers des sons. Il s'agit plutôt d'une manière d'être, de vivre.
3) Je crois que l'image des télescopes des astrophysiciens peut nous permettre de découvrir certaines caractéristiques de ce silence :
- pour éviter tous les bruits parasites, les télescopes sont souvent installés dans des déserts (par exemple la cordillère des Andes au Chili) où l'air est très pur, où l'activité humaine ne vient pas troubler l'écoute.
- pour capter un son presque imperceptible, ils sont de plus en plus grands, immenses oreilles tendues vers le ciel.
- enfin ils sont orientés vers le haut.
4) Les résultats qu'ils permettent de collecter dépendent du respect de ces conditions. Sinon on risque de confondre la Parole de Dieu avec les sirènes de ce monde.
Mais aussi Parole intérieure que cette Parole extérieure va éveiller dans le coeur.
La Parole extérieure frappe, les oreilles du corps pour que la Parole intérieure puisse être accueillie par les oreilles du coeur.
2) Et sans doute la nuit est-elle le moment propice par excellence où la Parole extérieure peut susciter cette autre Parole, intérieure celle-là, aux portes des oreilles du coeur. Le silence n'est donc pas replis sur soi mais bien plutôt ouverture à cet Autre qui "ne crie pas sur les places, n'élève pas la voix" !
3) L'amour du silence est intimement lié à l'amour de la Parole. Comme nous l'avons vu, la Parole eut la première forme de présence du Christ qu'énumère le document "Repartir du Christ". Mais, pour discerner le pas du Bien-aimé, pour apercevoir sa main qui passe par l'huis de la porte, encore faut-il être attentif, devenir un guetteur.
4) Si l'amour du silence est intimement lié à l'amour de la Parole, l'amour de la
Parole fait grandir en nous l'amour du silence.
Car le silence n'est pas un vide, mais une Parole au-dessus de toute parole. Une Parole qu'il faut apprendre à écouter !
2) Car il est évident que, plus nous sommes sevrés d'images et de récits, plus ceux-ci ont un impact sur notre imagination. Alors que, lorsque nous vivions hors du monastère, nous étions tellement assaillis d'images que nous finissions par ne plus les voir, au monastère, au contraire, tout prend des proportions étonnantes.
3) La cure de désintoxication a normalement pour effet de nous rendre plus sensibles, plus attentifs, et, apparemment, plus fragiles. En entrant au désert, nous expérimentons non seulement combien nous sommes remplis de toutes ces choses inutiles, et combien elles nous empêchent d'accéder à la paix intérieure, mais nous expérimentons aussi combien, dans ce régime de sevrage nous devenons plus réceptifs à tout cela.
4) Cette réceptivité plus grande, cette attention plus développée, tel est bien le fruit recherché par St Benoît. C'est le but du silence : ouvrir les oreilles et les yeux de notre coeur à Dieu. Mais cette sensibilité plus forte a des inconvénients. Ce qui autrefois ne nous faisait rien, nous touche davantage, nous blesse et parfois même nous poursuit. C'est le lot de toute purification, c'est lorsque le ciel devient plus pur que l'on distingue mieux les nuages qui le traversent.