La règle de Saint Benoît

Chapitre 1

Des genres de moines

8 janvier
9 mai
8 septembre
IL Y A QUATRE GENRES DE MOINES, on le sait.

Le premier est celui des cénobites qui militent dans un monastère, sous une règle et un abbé.

Le second genre est celui des anachorètes ou ermites. Dans leur façon de vivre, ils n'en sont plus à la ferveur des novices, mais, longuement aguerris au monastère,
et désormais instruits grâce au soutien du grand nombre, ils ont appris à combattre contre le diable.
Alors, bien entraînés, ils passent des rangs de leurs frères au combat singulier du désert ; fermes désormais sans le secours d'autrui, ils sont en mesure, avec l'aide de Dieu, de combattre seuls, de leur propre force, les vices de la chair et des pensées.

Commentaire(s) de ce texte

1) Peut-être aurions-nous la tentation de lire ce 1er chapitre de la Règle, qui traite des genres de moines, d'une manière un peu distraite. Avec l'impression, peut-être, que cela ne nous concerne plus vraiment. Car, cénobites, nous sommes persuadés de l'être, et donc pas très concernés par les autres genres de moines : ermites, sarabaïtes et gyrovagues. Mais ne pourrait-on risquer une autre interprétation de ce chapitre, en se demandant si, au fond, ces quatre genres de moines ne coexistent pas dans un monastère. Et même, en allant au delà encore, si, à un moment ou à un autre, nous ne vivons pas, à notre petite échelle personnelle, l'un ou l'autre de ces comportements !

2) En effet, on pourrait voir aussi, dans ces quatre genres de moines les traits qui caractérisent le progrès, ou au contraire, la dégradation de la vie de tout un chacun.

3) Et nous pouvons essayer de caractériser ce qui, aux yeux de St Benoît, qualifie chacune de ces étapes dans le progrès spirituel :
-Le cénobite vit dans un monastère, sous une règle et un abbé. (v.2)
St Benoît estime que ce qui caractérise aussi cette vie, c'est le soutien du grand nombre (v.4), les rangs serrés des frères (v.5) qui apportent secours (v5) dans le combat.
-Tandis que les ermites ou anachorètes sont ceux qui n'en sont plus à la ferveur du novice (qui a besoin d'être régulièrement regonflée), ils sont aguerris, ils ont appris à combattre le diable et passent au combat singulier, fermes sans le secours d'autrui, ils combattent seuls, avec l'aide de Dieu.

Ces deux types de moines sont donc des combattants, des habitants, qui, seuls ou en groupe, avec l'aide de Dieu, se situent dans une dynamique spirituel. C'est ce qui les distingue des deux autres groupes, que nous verrons demain.
1) St Benoît envisage quatre types de moines, qui correspondent à quatre manières de vivre la vie monastique. Mais on pourrait penser que ces quatre sortes de moines se retrouvent, en fait, à l'intérieur de n'importe quel monastère. Et, en poussant encore plus loin, on pourrait même envisager cela comme une typologie du chemin spirituel, vécu par chaque moine, au cours de sa vie monastique. Une typologie qui concernerait d'une part les deux étapes fondamentales du chemin spirituel, et d'autre part les deux tentations qui, à un moment ou à un autre, affligent le moine.

2) Les étapes du progrès spirituel sont caractérisées par les deux premiers types de moines :
1* Les cénobites sont ceux qui vivent, dans un monastère, sous une règle et un abbé. Ils ont besoin de l'appui de frères, d'une direction, pour pouvoir grandir en Christ, et s'acheminer vers la maturité spirituelle.
2* Les ermites, qui ont grandi, grâce au soutien du grand nombre, peuvent désormais affronter le combat singulier du désert et de la solitude, sans chercher l'encouragement des autres.
Ces deux étapes se vivent, d'une certaine manière, à l'intérieur d'une communauté comme la nôtre. Elles font même partie du parcours.

3) Les deux derniers types de moines symbolisent plutôt les tentations qui, en permanence, assaillent le moine.
1* Les sarabaïtes refusent de vivre sous une règle et un abbé, ils sont à eux-mêmes leur propre abbé. Menés par leurs propres désirs, ils se ramollissent, car, de la vie monastique, ils prennent et ils laissent ce qui leur semble bon, en se fiant à leur seul jugement.
2* Les gyrovagues, esclaves de leur volonté propre sont toujours mieux ailleurs que là où ils sont. Toujours en mouvement, à la recherche de quelque distraction, ils ont la démangeaison d'aller ailleurs.
Ces tentations sont aussi les nôtres. C'est pourquoi Benoît fera de la stabilité une pièce maîtresse de sa Règle. Car il sait que, en fait, ce que l'on cherche ainsi à fuir, c'est d'abord soi-même. Cette peur de nous voir tel que nous sommes, de nous accueillir ainsi, risque de nous projeter sans cesse en avant, et de nous empêcher de commencer le chemin de la vie monastique.