La règle de Saint Benoît
Chapitre 35
Des semainiers de la cuisine
13 mars
13 juillet
12 novembre
LES FRÈRES SE SERVIRONT les uns les autres ; nul ne sera dispensé du service de la cuisine, sauf maladie ou affectation à une tâche vraiment nécessaire. 13 juillet
12 novembre
Car ce service accroît le salaire et la charité.
On procurera des aides aux faibles pour qu'ils ne travaillent pas avec tristesse.
Tous auront des aides selon que l'exigeront l'importance de la communauté et les conditions locales.
Si la communauté est nombreuse, le cellérier sera dispensé de la cuisine et, comme nous l'avons dit, ceux qui sont occupés à des besognes plus utiles.
Les autres se serviront mutuellement avec charité.
Celui qui sortira de semaine fera les nettoyages le samedi.
On lavera les linges avec lesquels les frères s'essuient les mains et les pieds.
Celui qui sort et celui qui entre laveront les pieds de tous.
On rendra au cellérier propres et en bon état les ustensiles dont on s'est servi.
Le cellérier les consignera de même pour celui qui entre, afin de savoir ce qu'il donne et ce qu'il reçoit.
Commentaire(s) de ce texte
2) En effet, le service n'est pas seulement la conséquence d'une expérience intérieure. Il en est également le chemin. St Benoît l'envisage sous ces deux aspects. L'amour conduit au service, et le service éveille et fortifie l'amour. On ne peut les séparer.
3) Lors de la conférence régionale, durant un échange, nous avons longuement parlé du problème de l'équilibre de vie dans nos communautés. Plusieurs supérieurs se posaient des questions sur la fatigue et le stress qui règnent parmi les frères. Faudrait-il changer les horaires, diminuer les offices, comme le préconise Enzo Bianchi, pour que les frères et les soeurs puissent mieux respirer.
4) À ce moment-là, Dom Mauro de Hauterive est intervenu en prenant l'exemple d'anciens de sa communauté qui prient, travaillent plus que les autres et sont présents à tous les offices. Pour lui, le vrai problème, c'est que le travail soit vécu comme un service. L'amour rend toute tâche légère, même si cela ne nous plaît pas.
Par contre, quand on n'aime pas, on ne se donne pas vraiment, et tout devient pesant.
Le véritable problème de l'équilibre de la vie monastique, ce n'est donc pas le type de travail ou la charge que l'on a, mais l'amour que l'on y met, que l'on est appelé à y découvrir.
Prenons ces deux fonctions séparément.
2) Celui qui fait la cuisine, en dehors de son travail concret autour des marmites, apprend au moins trois choses. Il apprend d'abord à bien cuisiner des plats que parfois il n'aime pas du tout lui-même : ses goûts ne sont pas une norme pour autrui. Il ne faut pas s'attendre à des félicitations, quand c'est bon, mais il faut toujours se préparer aux critiques de certains frères, quand on a raté un plat. Et enfin, il faut recommencer chaque jour : l'estomac n'a pas de mémoire !
3) Quant au service de réfectorier, c'est peut-être, le plus ingrat, car on s'aperçoit toujours de ce qu'il a oublié, mais jamais de tout ce qu'il a fait. Surtout dans une grande communauté où l'on a l'habitude de mettre les pieds sous la table et de se faire servir. Il faut beaucoup d'amour et d'humilité pour cette tâche.
4) Enfin, les serviteurs de table ont l'occasion, dans leur fonction, soit au réfectoire, à l'hôtellerie ou à l'infirmerie, de découvrir comme il est bon et doux de se mettre à l'école de Jésus. La qualité du service révèle la qualité de la vie intérieure, car c'est là que nous pouvons mesurer concrètement, et non pas dans de grandes phrases, notre chemin de conversion. Savoir servir, avec le même coeur, ceux que nous aimons et ceux que nous aimons moins. Veiller sur nos frères, sans faire les seigneurs. Faire pour eux ce que nous voudrions qu'ils fassent pour nous. Un Evangile concret, si vrai.
Cela a de nombreuses conséquences, dans la vie concrète. Cela signifie d'abord que nous sommes tous égaux en dignité, en droits et en devoirs. Même si certains parmi nous ont des fonctions particulières, et des moyens pour les assumer, il faut toujours faire attention de ne pas s'approprier ce qui nous est confié pour servir nos frères.
2) Si l'abbé a un bureau de fonction, une voiture de fonction, c'est pour mieux servir sa communauté et l'Ordre. Il peut être utile de s'en souvenir. De même ce n'est pas parce que le portier a accès au téléphone qu'il peut appeler qui il veut. Ce n'est pas parce que le cellérier ou d'autres responsables disposent d'argent qu'ils peuvent s'acheter ce qu'ils veulent. Bien au contraire. Un responsable doit être extrêmement vigilant sur la manière d'user de ces outils qui lui sont confiés, pour le service de la communauté.
3) Servir n'est pas une chose naturelle et facile. Nous pouvons très vite glisser sur la pente et abuser de nos fonctions. C'est pourquoi il est essentiel d'écouter les remarques des frères, leurs petites allusions, et d'être vigilant sur soi. Car on peut toujours, sans s'en rendre compte, utiliser ce que l'on nous a confié pour le transformer en objet de pouvoir et oublier que nous sommes des serviteurs.