La règle de Saint Benoît
Chapitre 31
Des qualités requises du cellérier du monastère
8 mars
8 juillet
7 novembre
ON ÉLIRA POUR CELLÉRIER du monastère un membre de la communauté ayant de l'expérience, rassi de caractère, sobre, qui ne soit ni gros mangeur, ni hautain, ni agité, ni injuste, ni borné, ni dépensier,8 juillet
7 novembre
mais craignant Dieu et qui soit comme un père pour toute la communauté.
Il prendra soin de tout.
Il ne fera rien sans ordre de l'abbé.
Il observera ce qu'on lui prescrira.
Il n'affligera pas ses frères.
Si d'aventure l'un d'eux lui fait une demande déraisonnable, qu'il ne l'afflige pas par son mépris, mais qu'il refuse en toute raison et humilité une requête inopportune.
Qu'il garde son âme, se souvenant toujours cette parole de l'Apôtre : Celui qui aura bien gouverné s'acquiert un rang honorable.
Il emploiera toute sa sollicitude au soin des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres, bien convaincu qu'au jour du jugement il aura à rendre compte pour eux tous.
Il regardera tous les ustensiles et tous les biens du monastère comme des ustensiles sacrés de l'autel.
Il ne commettra aucune négligence.
Il ne versera pas dans l'avarice, il ne sera pas non plus prodigue, ne dilapidera pas le bien du monastère, mais fera tout avec mesure et selon l'ordre de l'abbé.
Commentaire(s) de ce texte
2) Pour ce qui concerne 1'abbé, St Benoît ne le cite que dans deux versets : les versets 4 et 12 : "il ne fera rien sans ordre de l'abbé". De même pour Dieu qui ne revient également que deux fois, au verset 2 : "craignant Dieu", et au verset 9 : "au jour du jugement, il aura à rendre compte pour tous".
3) Le plus grand nombre de versets concerne les relations avec les frères. St Benoît ne s'épargne aucun luxe de détails sur son attitude à l'égard des personnes et à l'égard des biens, qui sont au service des personnes. Ce qui est donc au coeur de la mission du cellérier, c'est d'être attentif aux personnes, spécialement les pauvres, les plus démunis, les malades.
4) Dans le dernier verset que nous avons lu, le verset 12, St Benoît pointe la difficulté essentielle de la tache du cellérier : 1e trop ou le trop peu.
Soit il donne trop d'importance aux choses, au détriment des personnes : c'est 1' avarice, avec toutes les conséquences de murmure et d'aigreur que cela peut entraîner. Soit il néglige une saine gestion des biens, pour se faire bien voir des personnes, ce qui, de toute façon, se retournera un jour ou l'autre contre la communauté. Le grand problème, c'est donc la mesure.
5) Mais comment évaluer la mesure ? Nous pouvons être de bonne foi, être très consciencieux, et pourtant nous tromper de mesure ! Cela tient à nos limites humaines.
C'est pourquoi St Benoît établit un double correctif qui permet au cellérier de savoir qu'il est dans la bonne mesure : l'ordre de l'abbé (v.4 et 12) et l'amour des plus humbles, le souci des plus pauvres, des plus faibles dans la communauté (v.7 et v.9).
Voilà la véritable boussole qui lui indique la voie.
2) C'est qu'il n'existe pas de séparation entre le matériel et le spirituel, dans la vie monastique. Etre moine, c'est tendre vers l'unité de l'être, refaire le lien entre tous les aspects de l'existence. C'est ce que souligne St. Benoît, au verset 10, quand il rappelle au cellérier qu'il doit prendre soin des outils et des biens du monastère, comme s'il s'agissait des vases sacrés de l'autel.
3) Cette comparaison nous donne la clé de l'attitude de St. Benoît à l'égard des choses de la création. Tous les objets qui sont mis à notre disposition, tous les biens dont nous usons peuvent devenir le support d'une rencontre de la Présence du Christ. Partout, même dans l'objet le plus humble, dans un balai, un outil abandonné, un livre, Dieu peut nous ménager l'occasion d'une rencontre.
4) Le respect dû aux choses n'est donc pas une espèce de conservatisme scrupuleux, mais il s'agit de retrouver ce juste rapport au monde qui est comme l'autel, la patène sur laquelle repose le corps de Jésus. Ce qui en fait la valeur, c'est que ces objets nous conduisent à un Autre. Sans eux, nous ne pourrions Le servir ! Il ne s'agit pas de s'attacher aux objets, mais de se laisser conduire, par eux, à Celui qui nous les a donnés !
2) Et cela n'est pas vrai seulement pour le cellérier, mais pour toutes les charges dans le monastère. Je crois qu'il faut distinguer les aptitudes (positives et négatives) nécessaires à une charge de la qualité monastique d'un frère. Bien souvent, nous le constatons, les plus saints de nos frères ne peuvent assurer telle ou telle fonction, justement parce qu'ils sont trop saints.
3) Si tous les moines étaient de parfaits silencieux, perdus dans la contemplation des choses de Dieu, détachés des biens de ce monde et pleins d'humilité au point qu'ils se mettraient toujours à la dernière place, où trouverions-nous des hôteliers suffisamment bavards, des cuisiniers un peu gourmands, des économes pleins de sens pratique, des abbés obligés d'enseigner et de gouverner ? Si nous étions tous des moines parfaits, nous serions bien embêtés !
4) À moins que la perfection ne ressemble pas à cette image d'Epinal que véhicule parfois une certaine idéologie de la sainteté. Mais là, il nous faut changer de lunettes et découvrir un nouveau visage de la sainteté qui ose se salir les mains et serrer son tablier ! Une sainteté de la terre, avec les deux pieds sur cette terre !