La règle de Saint Benoît

Chapitre 29

Si les frères sortis du monastère doivent y être admis de nouveau

6 mars
6 juillet
5 novembre
SI UN FRÈRE SORTI DU MONASTÈRE par sa propre faute veut y revenir, il promettra d'abord de se corriger totalement de la faute pour laquelle il était sorti.
Alors on le recevra au dernier rang pour tester ainsi son humilité.
S'il sort de nouveau, on le recevra de la même manière jusqu'à trois fois. Au-delà qu'il sache que tout espoir de retour lui sera refusé.

Commentaire(s) de ce texte

1) Après avoir traité de l'exclusion, St Benoît s'intéresse aux frères qui, volontairement, ont quitté le monastère.
Il souligne en effet que c'est par leur propre faute : « proprio vitio » qu'ils sont sortis, et qu'il est nécessaire qu'ils se corrigent de cette faute pour revenir.

2) St Benoît prévoit tout un processus pour ce retour :
-le frère sera accueilli au dernier rang pour tester son humilité
-s'il repart à nouveau, il sera accueilli jusqu'à trois fois.

3) Pour St Benoît, en effet, la clé du retour au monastère, c'est l'humilité.
L'humilité, ici, consiste à reconnaître sa responsabilité dans ce qui s'est produit, et aussi à accepter que cela soit reconnu par tous comme tel.

4) En effet, si nous pouvons encore relativement facilement accepter de reconnaître notre faute, il nous est toujours plus difficile qu'on nous la mette devant les yeux. C'est pourtant ce que fait St Benoît.
Pour quelle raison ? Ne serait-il pas plus pédagogique de passer par dessus, de gommer le différent et de recommencer comme si de rien n'était ?

5) En fait, St Benoît ne cherche pas à écraser le frère, à le réduire à sa faute, à l'enfermer dans son péché.
Non, bien au contraire, en reconnaissant clairement cette faute, et en accueillant le frère, il permet au moine de faire un passage décisif, fondamental dans la vie spirituelle. Ce passage consiste à reconnaître la faute parce que l'on a perçu que l'on est plus grand qu'elle, que, d'une certaine manière, cette faute ne nous définit pas, qu'elle ne nous constitue pas.

6) Loin de condamner, St Benoît, en objectivant la faute, invite le moine à faire de même et ainsi à se désolidariser de ce qu'il pouvait, jusque là, considérer comme une part de lui-même.
C'est bien là le propre de l'humilité chrétienne, de nous faire découvrir que notre être véritable, c'est celui que le regard de Dieu a fait naître en nous, et non pas les erreurs de chemin, que chacun de nous commet.
1) L'erreur est humaine, elle peut même devenir l'occasion d'une véritable conversion, d'un retournement du coeur, si elle est reconnue, confessée.
Le plus souvent, notre grand problème, c'est que nous n'arrivons pas à reconnaître nos erreurs, à consentir à nous être égarés. Alors, nous cherchons des tas de bonnes raisons pour justifier ce que nous avons fait, en accusant les autres, les circonstances, la communauté, la vie monastique, l'Eglise ! Tout y passe !

2) C'est pourquoi ce chapitre 29 est très intéressant, car St Benoît y développe le chemin d'une véritable conversion : reconnaître sa faute, promettre de s'en corriger, prendre la dernière place. Et cela vaut même quand on n'a pas quitté le monastère. Car prendre la dernière place, cela signifie, comme le dit St Paul, estimer les autres supérieurs à soi-même.

3) D'une certaine façon, tout moine vit, un jour ou l'autre, cette épreuve, ce passage ! Car il s'agit d'une étape essentielle, dans toute expérience spirituelle authentique. C'est le moment où l'on se rend compte à quel point on est aveugle sur soi-même, et aussi sur les autres, que l'on peut enfin simplement se mettre à cette place qui est vraiment la nôtre, la dernière place, celle qui est tout près de Jésus.
1) Pour St Benoît, le départ d'un moine n'est pas une chose inconcevable. En effet, dans ce §29, il prévoit qu'un frère puisse être reçu jusqu'à trois fois. Ce qui est étonnant, ce n'est pas les départs, les échecs, car nous sommes tous travaillés par le vice et l'orgueil. Non, ce qui est surprenant, c'est la fidélité.

2) Loin de considérer la fidélité comme quelque chose d'évident, St Benoît en souligne ici le caractère miraculeux. La fidélité est vraiment un don de Dieu, le signe qu'une existence est travaillée, labourée par la grâce.

3) Cette grâce de fidélité, c'est d'abord dans nos anciens que nous la voyons à l'oeuvre. Ils sont le signe vivant de ce travail de la grâce dans notre communauté. Et sans doute est-ce la raison pour laquelle, très vite, les moines ont établi leur cimetière au coeur même du monastère. C'était pour signifier cette fidélité de Dieu.

4) L'Ecriture, c'est le livre qui raconte, à travers toutes les vicissitudes et épreuves de la vie, cette fidélité de Dieu. Une fidélité étrange, incompréhensible parfois. Dieu s'accroche à nous, malgré tout, malgré notre péché. Il ne nous laissera jamais tomber. La fidélité de nos anciens est en quelque sorte le signe visible, le sacrement, de cette fidélité de Dieu.