La règle de Saint Benoît
Chapitre 25
Des fautes graves
2 mars
2 juillet
1 novembre
LE FRÈRE QUI SE SERA RENDU COUPABLE d'une faute grave sera exclu simultanément de la table et de l'oratoire.2 juillet
1 novembre
Aucun frère n'aura de contact ni de conversation avec lui.
Il sera seul au travail qui lui sera enjoint, demeurant dans le deuil de la pénitence, et pensant à la terrible sentence de l'Apôtre :
Un tel homme est livré à la mort de la chair pour que l'esprit soit sauvé au jour du jugement.
De plus, il prendra seul sa nourriture, dont l'abbé fixera la mesure et l'horaire convenables.
Nul ne le bénira en passant, ni la nourriture qui lui sera donnée.
Commentaire(s) de ce texte
2) St Benoît utilise ce procédé pour deux raisons. La première, c'est afin de déterminer ce qu'est une faute grave : une faute d'inconduite en contradiction avec l'Evangile, publique, qui atteint toute la communauté. Cela exclut donc les fautes cachées. Il s'agit en fait du scandale qui risque de faire tomber ces tout petits dont parle Jésus dans l'Evangile.
3) La seconde raison, pour laquelle St Benoît utilise ce procédé analogique, c'est pour déterminer ce qu'est une sanction. En effet, le texte de St Paul souligne qu'il s'agit d'une action qui vise à sauver, d'une peine médicinale, dira la TOB. Et comme Dieu seul peut toucher le coeur, il s'agit de faire prendre conscience, de réveiller la conscience du fautif en touchant la chair.
4) Nous pensons parfois que la miséricorde consiste à se voiler la face, à faire comme si on n'avait pas vu, à supporter avec patience. Et, en fait, on laisse le frère s'enfoncer dans son problème. Il y a des moments où une saine réaction des autres peut nous aider à prendre conscience de ce que nous faisons, à nous réveiller, même si cela peut être pénible sur le moment.
5) Il y a une phrase de l'AT qui m'a toujours beaucoup étonné, au livre de la Genèse. Lorsque Caïn veut cacher son crime, il dit au Seigneur : « Suis-je le gardien de mon frère ? » La meilleure manière de tuer son frère, c'est parfois de le laisser mourir, par paresse, par indifférence ou par lâcheté ! Cette perche de salut, est un service que nous sommes en droit d'attendre de notre frère. L'abbé en premier !
2) Ce soir, je voudrais reprendre cette idée à travers le second sermon de St. Bernard pour l'octave de l'Epiphanie, cité dans le Prologue du fascicule d'Oservantiae, par le P. Placide de Cîteaux. Il s'agit de l'interprétation de l'Evangile des Noces de Cana où St. Bernard fait une exégèse originale des six cuves que Jésus demande aux serviteurs de remplir d'eau.
3) Voilà ce qu'il en dit : cf. Observantiae p. 14-15.
4) Si nous avons perdu la dévotion et la ferveur de nos débuts, si nos coeurs sont vides et pleins de vent, ou remplis du venin de l'envie, du murmure, de la rancoeur et de la détraction, St. Bernard nous offre un remède très simple et très efficace. Au lieu de passer notre temps à nous lamenter, à accuser Dieu ou nos frères, allons puiser dans ces six cuves dont il nous dit qu'elles sont certes dures, mais surtout solides. C'est l'eau de ces urnes qu'un jour, Jésus transformera en vin, le vin des noces. Car c'est à des noces que nous sommes invités.
2) Et l'exclusion touche deux lieux parmi les plus importants de la vie de la communauté. Ce sont deux endroits où est vécu par excellence l'intégration à la communauté : l'oratoire et la table. Deux lieux qui expriment cette vocation à la communion qui est celle de tout baptisé.
3) À travers cette insistance de St Benoît, on perçoit mieux la vision théologique qui sous-tend les observances monastiques, et on comprend mieux pourquoi St Benoît y insiste tant.
4) Pour Benoît, la marque propre de la vocation monastique, c'est cette fidélité à la fraction du pain, à la prière et au repas partagé qui était le propre de la première communauté de Jérusalem, telle qu'elle nous est décrite dans le livre des Actes. L'exclusion n'est rien d'autre que le refus d'entrer dans le mystère du Ressuscité qui est au milieu des siens, quand ils sont rassemblés.
5) Il ne s'agit pas de communautarisme, mais bien d'une expérience fondatrice, celle qui est à la source de l'Eglise. Et, loin de gommer les différences et les diversités, elle en est, au contraire, la condition. La complémentarité authentique suppose toujours l'expérience de la communion.