La règle de Saint Benoît
Chapitre 23
De l'exclusion pour fautes
29 février
30 juin
30 octobre
UN FRÈRE SE MONTRE-T-IL ENTÊTÉ, désobéissant, arrogant, contestataire, ou hostile à quelque point de la sainte règle et contempteur 30 juin
30 octobre
des ordres de ses anciens,
il sera réprimandé une et deux fois en aparté par ses anciens, selon le commandement du Seigneur.
S'il ne s'amende pas, il sera blâmé publiquement, devant tous.
Mais si, même après cela, il ne se corrige pas, il sera exclu, pourvu qu'il comprenne la gravité de la peine.
S'il en est incapable, il subira un châtiment corporel.
Commentaire(s) de ce texte
2) Pour Benoît, le problème n'est pas seulement qu'un tel frère trouble la paix de la communauté, y crée du désordre. Ce qui lui importe beaucoup plus, c'est que cet aveuglement risque de mener ce frère à la catastrophe. Il risque de s'enfermer dans sa bulle et d'en arriver à perdre complètement le contact avec la réalité, ce qui est le propre de toute maladie mentale.
3) C'est pourquoi St Benoît presse le supérieur d'intervenir. Il pourrait y avoir, en effet, une patience coupable, une fausse patience qui laisserait faire et conduirait le frère à s'enfermer dans son petit monde. Nous avons tous été témoins de ce genre de déviation. St Benoît rappelle le supérieur à sa tâche, dans ce chapitre.
Il ne s'agit pas de briser le roseau froissé ou d'éteindre la mèche qui fume encore, mais d'éviter qu'elle ne se consume complètement et ne meure.
4) Nous n'avons pas le droit d'abandonner l'un des frères que le Seigneur nous a confiés. Chacun à notre place, nous devons lui tendre cette main secourable pour qu'il ne s'enferme pas dans le piège. L'Abbé doit intervenir, et c'est son rôle, avec les frères qu'il en a chargés, mais les autres membres de la communauté doivent en avoir le souci. Certes, tout le monde n'est pas chargé de corriger et d'exclure, St Benoît le rappelle dans d'autres chapitres de la RB, mais chacun peut ouvrir les yeux de son frère, en évitant une fausse complaisance, mais aussi en étant vrai, d'abord avec lui-même, et enfin, en étant lui-même fidèle et en priant pour son frère.
2) Ce sentiment de responsabilité, de co-responsabilité, est au coeur de la conception bénédictine de la communauté, de la communion fraternelle.
Il ne suffit pas de suivre son petit chemin personnel, en ignorant ceux qui nous entourent. Pour St Benoît, nous ne sommes pas des ermites vivant en communauté, mais des cénobites vivant au désert.
3) Mais alors, qu'est ce que cela signifie ? L'un des dangers pourrait être en effet de passer son temps à surveiller les frères, de chercher la petite bête, de s'ériger en redresseur de torts. Cela rendrait très vite la vie commune insupportable. En fait, il ne s'agit pas de surveiller les frères, mais de veiller sur nos frères.
4) Veiller, c'est-à-dire demeurer éveillé, cultiver cette qualité d'attention, d'écoute, qui exprime un amour humble et discret, et qui tisse les liens communautaires. Celui qui l'a exprimé le plus profondément, c'est St Paul quand il déclare pleurer avec celui qui pleure, se réjouir avec celui qui est dans la joie, communier à toute souffrance. Car je crois que seul celui qui a su partager le meilleur peut aussi mettre le doigt sur ce qui va moins bien.
2) En effet, un jour où l'autre, nous nous heurterons aux prescriptions de la Règle qui nous demande plus que nous n'aurions voulu donner, aux décisions de l'Abbé qui vont à l'encontre de notre désir, de notre volonté, ou encore à la communauté dont nous nous sentirons exclus ou étrangers.
3) Le processus de l'exclusion, que prévoit ce § 23 de la RB, n'est en fait que la mise en forme de cette expérience que chacun de nous, à un moment ou à un autre de sa vie, doit traverser. Car le plus grand danger qui guette le moine, c'est la marginalisation silencieuse, la désobéissance qui devient une habitude, le refus conscient de vivre sa vocation de moine.
4) C'est pourquoi St Benoît insiste tant sur ce processus de mise à jour de la faute à travers l'exclusion explicite. Le pire, n'est pas de tomber, mais de faire semblant de ne rien voir, et de justifier ce que l'on fait. Le pire, c'est de laisser un frère s'enfoncer dans son erreur, sa faute, sans lui tendre la main. Mais pour cela, il a besoin qu'on lui dise la vérité. En avons-nous le courage ? N'est-ce pas plus facile, parfois, de faire semblant de ne rien voir, pour ménager notre tranquillité ? Mettre le doigt sur la plaie demande souvent beaucoup de courage.