La règle de Saint Benoît
Chapitre 21
Des dizeniers du monastère
27 février
28 juin
28 octobre
SI LA COMMUNAUTÉ est assez nombreuse, on y fera l'élection de frères de bon renom et de sainte vie. 28 juin
28 octobre
Ils seront promus dizeniers. Ils prendront soin de leurs décanies en toute chose, suivant les commandements de Dieu et les préceptes de leur abbé.
Ces dizeniers seront élus tels que l'abbé puisse se reposer sur eux et les associer à ses propres charges.
L'élection se fondera non sur le rang, mais sur le mérite de la vie et la doctrine de sagesse.
Si quelqu'un de ces dizeniers, s'enflant d'orgueil, venait à se montrer répréhensible, on le réprimandera une et deux fois ; à la troisième, s'il ne veut pas s'amender, il sera destitué.
Un autre, qui en sera digne, sera appelé à prendre sa place.
Nous fixons les mêmes dispositions pour le prieur.
Commentaire(s) de ce texte
2) Car tel est bien le propos de St Benoît : nous permettre de vivre, en communauté, des moments de plus grande proximité, de plus grand partage, ce que ne permet pas un groupe plus important qui a d'autres avantages.
3) En ce moment où nous discutons, au niveau des Régions de l'Ordre, de la taille de nos réunions régionales, nous sommes confrontés à ce dilemme. Comment garder à la fois la richesse des grands groupes où les personnalités plus fortes se déploient plus à leur aise, tout en essayant de retrouver cette proximité qui permet à chacun de s'exprimer et d'être reconnu.
4) C'est le problème, pour nous, du soutien fraternel. Nous en ressentons le besoin et la nécessité pour progresser, mais nous ne voyons pas comment le vivre à l'échelle de la communauté. Sans doute St Benoît nous offre-t-il des pistes de réflexion, dans la RB. La taille d'un groupe doit être adaptée à son but. La forme est toujours au service de ce qu'elle porte.
2) On pourrait étendre cette idée à chaque fonction, aussi humble soit-elle, dans le monastère. Dans la tradition bénédictine, l'abbé est responsable du spirituel comme du temporel. St. Benoît lui demande de veiller à tout : l'infirmerie, les sonneries des cloches, la longueur des vêtements, la portion de nourriture. Mais comment un seul homme pourrait-il suffire. C'est pourquoi la Règle est en fait un vaste ensemble de délégations : chacun participe de la paternité de l'abbé, en portant une part de cette charge. D'une certaine manière, chacun porte un peu de la sollicitude pastorale et matérielle de l'abbé, à la place qu'il occupe.
3) Les problèmes surviennent quand un frère s'attribue cette tâche pour lui-même, quand il transforme ce service en petit royaume personnel, quand il cherche à s'attacher les frères, au détriment de la communauté. Alors, St. Benoît est inflexible. Le frère doit alors être destitué et remplacé par quelqu'un qui en soit digne.
4) Il est important de s'interroger sur la manière dont nous remplissons nos charges !
En effet, la subsidiarité suppose toujours deux éléments fondamentaux : le sens du service d'autrui (la sollicitude) et le fait de rendre compte à l'abbé.
Il y a les éléments communs à tous : le mérite de la vie et la doctrine de sagesse, le soin des frères et le danger de l'orgueil ; et puis des éléments plus spécifiques : le respect des préceptes de l'abbé.
2) Mais St Benoît ajoute ici un élément qui se retrouve aussi au chapitre 32, c'est le terme « securus » qui est traduit ici par une périphrase : « tels que l'abbé puisse se reposer sur eux » (v.3). Alors que dans ce chapitre 21 il s'agit de la charge des frères, dans le chapitre 32, St. Benoît considère les biens du monastère. Notre traduction utilise alors un autre mot français, le mot « confiance ».
3) Un des rôles essentiels des officiers du monastère, auxquels l'abbé délègue une part de sa charge, c'est donc de permettre à l'abbé de se reposer, afin qu'il puisse se consacrer à des tâches plus importantes. Si l'abbé doit sans cesse se consacrer à des problèmes d'organisation, de discipline, de gestion, il n'a plus de temps pour sa tâche essentielle : la rencontre des frères, l'animation et l'enseignement de la communauté.
4) Le rôle des officiers du monastère est d'alléger la tâche de l'abbé, et non de la rendre plus pesante en laissant aller les choses ou en créant des problèmes. Quand chacun fait bien son travail, cela sert à tout le monde. Même la tâche la plus humble, celle qui, en apparence est la moins spirituelle, contribue en fait, si elle est bien faite, au climat spirituel de la communauté. Dans un monastère, tout est au service de Dieu !