La règle de Saint Benoît
Chapitre 20
De la révérence dans la prière
26 février
27 juin
27 octobre
QUAND ON VEUT SOUMETTRE quelque requête à des puissants, on ne s'y hasarde qu'avec modestie et déférence. 27 juin
27 octobre
A fortiori, est-ce en toute humilité qu'on suppliera le Seigneur, Dieu de l'univers, en nous en remettant à lui sans réserve.
Et ce n'est pas par l'abondance des mots, mais par la pureté du coeur et les larmes de componction qu'on est exaucé, sachons-le.
C'est pourquoi la prière doit être brève et pure, sauf à la prolonger, si l'on est touché par l'inspiration de la grâce divine.
Mais, en communauté, la prière sera très brève, et, au signal du supérieur, tous se lèveront en même temps.
Commentaire(s) de ce texte
Enfin, dans les deux derniers versets, St Benoît envisage deux aspects de l'oraison, dans la vie monastique : l'oraison solitaire et l'oraison communautaire.
2) St Benoît s'inscrit dans la tradition des Pères du désert. Pour eux, le problème n'était pas de durer dans la prière, mais bien de "prier sans cesse".
A partir de ce principe fondamental, ils ont élaboré une véritable pédagogie de la prière dont les principes fondamentaux sont les suivants :
- alternance, car notre esprit ne peut rester fixé trop longtemps
- sobriété, car le bavardage n'a rien a voir avec la prière
- Parole de Dieu : tout tourne autour de la lecture, de la méditation, de la rumination de la Parole.
3) St Benoît y ajoute un élément, la prière en commun, propre à la vie cénobitique. Prier ensemble, ce n'est pas la même chose que prier tout seul. Très souvent, nos hôtes sont touchés par ce temps d'oraison en commun où ils sentent que quelque chose de mystérieux se construit. Ils saisissent quelque chose du mystère de la communion, qui unit entre eux les croyants, en un seul corps. Ce n'est pas la même chose que de prier solitaire, même si cela ne s'oppose pas.
4) Nous avons gardé cette distinction, puisque, dans notre coutumier, il est prévu que nous consacrons chaque jour au moins trois quart d'heures à l'oraison, deux de ces quart d'heures étant en commun, l'un au début des Vigiles et l'autre à la fin des Vêpres. Ce qui n'est pas très long, quand on compare avec les deux heures d'oraison en commun des carmélites !
2) Le problème, pourtant, n'est pas dans les lieux. Nous avons fait de nombreux travaux pour les adapter. Ni non plus dans le temps disponible : le travail est bien moins pesant au Mont des Cats que dans d'autres monastères. Un frère me faisait d'ailleurs remarquer avec un brin d'humour que moins on travaille, moins on prie, au Mont des Cat. D'où vient donc le problème ?
3) La réponse, je l'ai reçue, lors du denier Chapitre Général, par une ancienne abbesse, toujours pleine de vitalité, qui déclarait avec humour que la lectio et la prière, c'est exactement le contraire des frites : plus on en consomme, plus on a faim ! Plus on prie, plus on rumine l'Ecriture, et plus on en a besoin.
4) Ainsi, la lassitude, l'ennui, ne sont pas l'effet d'un excès, mais bien d'un manque. Si nous ne sentons plus le désir de prier, c'est parce que nous ne prions pas assez, parce que notre prière n'était pas une prière. C'est en priant qu'on apprend à prier, qu'on acquiert le goût de la prière, que la prière devient la respiration de notre vie.
2) Au chapitre 20, St Benoît nous incite, en quelque sorte, à progresser dans cette démarche d'unification de la personne qu'il avait envisagée au ch.19. Car le problème n'est pas de faire des prières, mais de devenir soi-même prière.
3) Et cette grâce de la prière, qui déjà nous habite, suppose d'abord la perception d'une distance, d'un éloignement : c'est bien le sens premier du terme « reverentia » qui a une connotation de pudeur, de respect, de crainte, de déférence.
La prière n'a rien à voir avec un certain nombrilisme ou une recherche fusionnelle de soi.
Elle se nourrit de cette expérience de tension entre présence et absence d'un autre.
C'est tout le jeu que nous décrit le Cantique des Cantiques, tant de fois repris et commenté par nos Pères.
4) St Benoît distingue deux caractéristiques : la pureté du coeur et la componction.
Nous laisserons les larmes extérieures et intérieures pour une autre fois.
Le mot « pureté » ou « pur » revient à trois reprises dans ce §, même si la traduction française ne le rend que deux fois.
Cassien fait de la « pureté du coeur » le « scopos », le but de la vie monastique, alors que la fin, le « telos », c'est la vie éternelle (le but ultime). Pour exprimer la différence entre les deux, il reprend la comparaison de l'archer : le « scopos » est la cible que vise l'archer, le « telos » c'est le prix qu'il vise si la flèche atteint la cible (Conf. I).
cf. SC 42 p.82-83, à partir de : « Appliquez ceci... » jusque la fin du III.