La règle de Saint Benoît

Chapitre 19

De la tenue pendant la psalmodie

25 février
26 juin
26 octobre
NOUS AVONS LA CERTITUDE que Dieu est partout et que les yeux du Seigneur regardent bons et méchants en tout lieu.
Nous devons, sans aucun doute, en être bien plus certains encore, quand nous prenons part au service de Dieu.
Aussi rappelons-nous toujours ce que dit le Prophète : Servez le Seigneur avec crainte ;
et encore : Psalmodiez avec sagesse ;
et : Je psalmodierai pour toi sous le regard des anges.
Réfléchissons donc à l'attitude qui s'impose sous le regard de Dieu et de ses anges,
et, en psalmodiant, soyons tels que notre esprit soit d'accord avec notre voix.

Commentaire(s) de ce texte

1) Avec le temps, grand est le risque de s'habituer à tout ce qui fait notre vie, comme l'office divin, par exemple. Et grand est le risque de perdre conscience de ce que nous sommes en train de vivre. Vivre sous le regard de Dieu, en présence des Anges, comme le rappelle St Benoît, cela demande une démarche de foi.

2) Et c'est cette démarche intérieure qui va transparaître dans notre manière d'être. St Benoît y insiste pour que, justement, toute la vocation du moine consiste à retrouver cette unité de l'être que le péché a rompue en nous.

3) Un exemple nous fera comprendre ce que St Benoît entend par là, car il ne s'agit pas d'une prescription semblable à ces remarques que l'on fait à des enfants indisciplinés : « Tiens-toi bien car on te regarde ! ». Ce que vise St Benoît, c'est tout autre chose.

4) Lorsque des êtres sont amoureux, çà se voit, çà change leur manière d'être au point que, souvent, avec le temps, ils finissent par se ressembler. Et c'est bien cela que vise St Benoît, cette unification de l'homme, cette transformation, cette transfiguration intérieure qui finit par toucher tout le bonhomme et lui conférer une sorte de noblesse.
Lorsque le coeur est rempli de Dieu, cela change tout, jusqu'au travail que nous faisons, car c'est pour lui que nous le faisons. Tout simplement.
1) Le sentiment de la « Présence de Dieu », c'est le 1er degré de l'humilité, tel que St Benoît le décrit au chapitre 7 de la Règle. Et ce premier degré prend chair, si l'on peut dire, dans ce lieu privilégié qu'est l'office divin. Et c'est l'attention qui en est le fruit. Il existe donc un lien profond, essentiel, entre la capacité d'attention et l'humilité, l'humilité et la vie en présence de Dieu.

2) Et c'est vrai que, quand on y regarde de plus prêt,, nos manques d'attention, nos distractions, sont, la plupart du temps, des formes de repli sur nous-mêmes. Enfermés dans nos sentiments, nos pensées, nos ressentiments, nous sommes insensibles à la présence d'autrui. Nous-nous mettons au centre du monde.

3) L'office divin est donc une merveilleuse école d'« exo-centrisme », de sortie de soi.
En nous invitant à murmurer la Parole de Dieu, la Parole d'un Autre, il nous fait sortir de nous-mêmes, nous libère de notre ego. Il nous décentre de nous-mêmes !

4) Notre capacité de nous laisser emporter par la Parole de Dieu, loin de notre petit moi, est le signe de ce travail de la grâce qui, peu à peu, nous détache de notre faux moi, pour faire de nous des êtres libres ! C'est à dire des êtres ouverts à la présence de la Présence.
1) « Nous avons la certitude que Dieu est partout présent » (v.1), il convient donc « que notre esprit soit d'accord avec notre voix » (v.7). Le premier et le dernier verset, accolés l'un à l'autre, expriment, en un accourci saisissant, tout ce que St Benoît veut enseigner dans sa règle, ce lien étroit, essentiel même, qui existe entre le mystère de Dieu et l'unité retrouvée du mystère de l'homme.

2) Mais je crois que St Benoît veut nous entraîner encore plus loin. En effet, il nous laisse pressentir que c'est bien Dieu qui nous rend à notre unité, que c'est en approchant de Dieu que nous nous approchons de nous-mêmes, que nous redécouvrons cette unité brisée.

3) Dans ce chemin de reconstruction, la liturgie tient une place essentielle, pour St Benoît, comme le travail des mains et la vie communautaire.
En effet, la liturgie, comme les autres domaines que je viens de citer, est une véritable école d'unification intérieure, de reconstruction de l'être.
C'est en pénétrant, peu à peu, le sens profond des psaumes, que nous découvrons notre blessure, la cassure intérieure de notre âme : mensonge, impiété, méchanceté, luxure, jalousie y habitent. Mais c'est aussi grâce aux psaumes que nous pouvons découvrir, au coeur même de notre péché, la trace de Dieu, le signe de Sa présence.

4) Car, « Vivre en présence de Dieu » (v.1) et « retrouver l'unité intérieure » (v.7) sont en fait une seule et même chose. L'une ne va pas sans l'autre.
Et, dans cette reconstruction spirituelle, la prière, spécialement la prière des psaumes, joue un rôle essentiel. Car, au fur et à mesure que nous progressons, cette Parole de Dieu que sont les psaumes, devient nôtre, nous en devenons comme les auteurs. Comme le dit Cassien dans sa Conf. X.