La règle de Saint Benoît

Chapitre 18

Dans quel ordre dire les psaumes

21 février
22 juin
22 octobre
D'ABORD ON DIRA LE VERSET : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur hâte-toi de me secourir, le Gloria, puis l'hymne de chaque Heure.
Ensuite, à Prime, le dimanche, on dira quatre sections du psaume cent dix-huit.
Aux autres Heures, à Tierce, Sexte et None, on dira trois sections de ce même psaume.
À Prime du lundi, on dira les trois psaumes un, deux et six.
Et ainsi chaque jour à Prime, jusqu'au dimanche, on dira, dans l'ordre, trois psaumes, jusqu'au psaume dix-neuf ; mais les psaumes neuf et dix-sept seront divisés en deux.
On fera ainsi, de manière qu'aux Vigiles du dimanche, on commence toujours par le psaume vingt.

Commentaire(s) de ce texte

1) Pour St Benoît, chaque heure a son hymne propre, qui marque comme une progression, au sein de la journée. Cassien, l'explique dans les Institutions où il précise la tonalité propre à chaque heure du jour, en particulier pour Tierce, Sexte et None (Inst. III)

2) III, 3, 2 --- Tierce : effusion de l'Esprit sur les Apôtres (cf. Act 2,14-18).

3) III, 3, 3 --- Sexte: Jésus s'offre à son Père en montant sur la croix (cf. Lc 23,44 et Col 2,15)
Pierre / Joppé : Evangile aux nations (Act 10,13ss.).

4) III, 3, 6 --- None : Descente aux enfers (cf. Mt 27,46).
Centurion Corneille (Act 10,3).
Pierre et Jean montant au Temple pour la prière (Act 3,1).

5) Ces heures (cf. III, 3, 8) consacrées au service de Dieu.
En fait, à travers la récitation des heures, c'est l'histoire du Salut qui se trouve commémorée, mais aussi réactualisée pour nous. Notre vie est reprise et comme réinterprétée à cette lumière, ouverte aux dimensions de l'Eglise et de l'oeuvre du Salut de Dieu dans le monde.
1) Pour St Benoît, les offices doivent commencer par ce verset du Ps 69 (Ps 69,2) : « Dieu viens à mon aide, Seigneur hâte-toi de me secourir » ! Même si nous le chantons par habitude, sans trop y prêter attention, ce verset finit par imprimer en nous une certaine attitude spirituelle, un mode d'être face à la réalité, aux difficultés comme aux réussites. En effet, ce verset est le constat de cette précarité qui est le propre de toute existence. Notre fragilité nous jette à genoux devant Dieu : « Dieu viens à mon aide, Seigneur, hâte-toi de me secourir ».

2) Dans la Conférence 10, Cassien souligne combien ce verset, qui est l'ancêtre de la prière de Jésus, s'adapte à toute circonstance, à tous les états de notre vie, dans le bonheur comme dans la peine. Nous comprenons facilement que cela est vrai dans le malheur, mais Cassien insiste aussi sur la fragilité de nos réussites et de nos réalisations humaines. Tout peut s'effondrer, d'un coup, que ce soit dans notre vie personnelle ou dans la communauté.

3) Les Psaumes sont une merveilleuse école d'évangélisation de nos joies et de nos peines. Ils nous montrent comment, à travers toutes les vicissitudes de la vie, une autre histoire se bâtit. Car rien n'est jamais perdu pour Dieu.

4) L'apprentissage de la louange est un apprentissage difficile. Il suppose que nous soyons passés de l'exaltation et de l'enthousiasme, par la porte étroite de ce verset, dans cette autre dimension de notre vie, cette profondeur secrète où Dieu vient à nous. L'un des lieux où l'on apprend ce passage, c'est bien sûr la liturgie, mais c'est aussi le silence et l'adoration. C'est en durant là, entre exaltation et lassitude, que l'on peut vraiment apprendre à être, face à Celui qui est.
1) « per ordinem », dans l'ordre (v.5). Comme il existe un ordre pour toutes choses, il y a aussi un ordre pour dire les psaumes. Et, pour établir un ordre, il y a des critères.
Par exemple, ranger des éléments identiques ensemble, comme les clous dans une boite, ou les fourchettes dans un casier différent des cuillers, ou encore un ordre croissant ou décroissant.
Notre existence est structurée par un certain ordre et des critères. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de partager une certaine manière de voir, il faut partager un même ordre de valeurs !

2) Pour les Pères, et particulièrement St. Augustin, le désordre, qui s'oppose à l'ordre, c'est l'origine du mal et de la souffrance. Dans son traité, le De Ordine, St Augustin tente une première explication de l'origine du mal dans le monde à travers cette notion de l'ordre.

3) St Benoît est, lui aussi, très sensible à l'ordre. Il établit tout un ensemble de critères, par exemple pour l'ancienneté, toutes les règles pour le rang en communauté, mais aussi pour les outils, les linges des cuisiniers, le vestiaire etc. St Benoît part de l'idée que, si on remet de l'ordre dans la vie matérielle concrète, le désordre du péché va reculer, parce que l'homme est un être unifié : la manière de vivre modifie l'être intérieur.

4) Nous avons perdu cette vision unifiée de l'existence. A notre époque, on peut vivre dans un certain désordre et aspirer à une expérience spirituelle. Et pourtant, celui qui a une certaine expérience de la prière sait que ce n'est pas en suivant nos inspirations du moment, ou nos enthousiasmes, que nous grandirons dans la prière. La prière ressemble fort à ce travail méthodique, parfois laborieux, de l'artisan qui répète cent fois le même geste, avec ordre ! Même les grands artistes de la prière que sont les mystiques, ont dû apprendre à faire des gammes !