La règle de Saint Benoît

Chapitre 14

Comment célébrer les Vigiles aux fêtes des saints

17 février
18 juin
18 octobre
AUX FÊTES DES SAINTS et à toutes les solennités, on agira comme nous l'avons dit pour le dimanche,
sauf à dire les psaumes, antiennes et leçons correspondant au jour même ; mais on gardera la disposition ci-dessus.

Commentaire(s) de ce texte

1) Aux fêtes des saints traduit l'expression latine : « in nataliciis sanctorum ». Ce qui signifie « au jour de la nativité des saints ! ». Il s'agit, bien sûr, de leur naissance au ciel, de leur « dies natalis ». Car, à l'époque de St. Benoît, les saints ce sont les martyrs, les témoins de la foi, que l'on célèbre le jour de leur martyre.

2) Peut-être est-ce la raison pour laquelle, sur les croix de notre cimetière, on ne met que la date du décès du frère, sans son nom. Il y a là quelque chose de très beau, c'est comme une date de naissance, un début qui n'a pas de fin. Alors que dans les cimetières, habituellement, on met deux dates, chez nous, le fait qu'il n'y ait qu'une seule date est en soi une parabole d'espérance, un signe de la foi en la Résurrection.

3) Les frères du cimetière sont un peu comme les saints dont les reliques sont enchâssées dans l'autel. Ils font de ce coin de terre où nous vivons une fenêtre sur l'ailleurs, sur un au-delà de cette existence. Ils sont toujours membres de cette communauté. C'est bien ce que nous rappelle, aussi, la lecture du nécrologe, au réfectoire.

4) Cette imbrication un peu étonnante entre les vivants et les morts donne une tonalité tout à fait spéciale à la communauté monastique. Je suis toujours surpris de la façon dont nous parlons encore de certains frères, comme s'ils étaient présents parmi nous : F. Peter, F. Raphaël, F. Canisius, F. Joël …Chacun a laissé, à sa façon, sa marque à notre communauté. Ils font partie de notre histoire et la part de nous-mêmes qu'ils ont connue se trouve déjà, avec eux, de l'autre côté du voile !
1) La liturgie est bâtie sur une alternance de fêtes et de jours dits "ordinaires". Cela a quelque chose de surprenant, si nous y réfléchissons bien. En effet, on nous demande de nous réjouir, de faire la fête, à des jours fixés, alors que, peut-être, à ce moment-là, nous n'en n'avons nulle envie ! Voilà bien le paradoxe de la liturgie, car nous pourrions avoir envie de faire la fête un jour de carême, et de jeûner durant le temps Pascal !
Cela nous entraîne bien au-delà d'une simple contrariété. En fait, en nous proposant ce chemin, la liturgie nous ouvre un véritable chemin de croissance spirituelle. J'y vois deux aspects essentiels.

2) Le premier aspect est celui de la distance que la liturgie met entre ce que nous ressentons et ce que nous célébrons. Cela n’à l'air de rien, mais à une époque où tout le monde prétend à la sincérité, la liturgie nous ouvre un autre chemin. Elle nous appelle à plonger plus profond, par delà notre ressenti, pour rejoindre la source profonde de la grâce qui jaillit en nous. Ce hiatus, loin de nous aliéner, nous libère d'un petit univers dans lequel nous voudrions enfermer la réalité. En nous remettant à notre juste place, elle nous propose un chemin de libération, de libération de nous-mêmes.

3) Ceci nous amène au second aspect, car ça ne se fait pas d'un coup. Il n'est pas facile de faire la fête quand on a le coeur en berne, ou de pleurer ses péchés quand notre coeur déborde d'allégresse.
En nous invitant à nous libérer de notre ressenti, la liturgie nous invite à faire un pas de plus : elle nous invite à découvrir la communion, la communion des saints, ceux dont St Paul disait qu'ils se réjouissent avec ceux qui sont dans la joie, qu'ils pleurent avec ceux qui sont dans la peine.

4) Pour ce double voyage, de libération de soi et de communion aux autres, et à Dieu, la volonté et même la bonne volonté, ne suffisent. Il faut certes qu'elles soient présentes, mais cela ne suffit pas. Très vite, nous serions rattrapés par nos sentiments et, découragés, nous risquerions d'accuser le monde entier de ce qui nous arrive.
En fait, pour que s'ouvre en nous ce chemin, il faut que la grâce ait brisé cette écorce qui nous emprisonne en nous-mêmes.
Mais alors que faire ? Prier, prier tout simplement, prier encore! Oser demander à Dieu : "délivre-moi de moi-même".
Oser tout simplement lui remettre les clés de notre bonheur. Car Lui Seul, en fait sait en ouvrir la porte !
1) Célébrer les fêtes des saints. On pourrait se demander pourquoi. En effet, eux-mêmes n'ont plus besoin de nos louanges. La vision de Dieu les comble bien au delà de ce que nous pourrions imaginer ou concevoir, comme le dit St. Paul. S'ils n'ont pas besoin de nous, nous, par contre avons besoin de leur exemple, de leur encouragement, de leur prière, de leur attention aimante.

2) C'est que l'être humain se construit, comme le rappelait fort justement René Girard, à travers le mimétisme. C'est en assimilant, peu à peu, le meilleur d'autrui que, comme le disait St. Antoine, nous faisons notre miel spirituel. La communauté monastique est fondamentalement construite sur cette idée très simple : ce que chacun a reçu profite à tous.

3) Savoir tirer profit du don de mes frères, savoir le reconnaître, n'est pas une chose facile. Dom Ambroise disait en effet, à propos du bienheureux P. Tarsoi, qui a vécu dans sa communauté, qu'il ne s'était aperçu de rien. Et une soeur disait de Ste Thérèse de Lisieux, à sa mort, qu'elle ne voyait pas ce qu'on pourrait écrire sur cette soeur, pour son bulletin nécrologique.

4) Il est facile de discerner la sainteté dans des personnes comme Mère Teresa ou tant d'autres, mais c'est infiniment plus difficile dans ceux qui nous entourent. Nous risquons de nous laisser aveugler par leurs petits travers, qui leur donnent pourtant cette touche d'humanité si essentielle à toute sainteté authentique. En nous invitant à célébrer les grands saints, ceux du calendrier, le Seigneur nous donne la chance de discerner, dans ceux qui nous entourent, ces traces de sainteté. Il nous aide à les reconnaître et à en rendre grâce !