La règle de Saint Benoît

Chapitre 13

Comment célébrer Laudes, les jours ordinaires

15 février
16 juin
16 octobre
LES JOURS ORDINAIRES, on célébrera Laudes comme suit.
On dira sans antienne le psaume soixante-six, en traînant un peu, comme le dimanche, pour que tous arrivent pour le psaume cinquante qu'on dira avec antienne.
Après quoi on dira deux autres psaumes, selon la coutume, à savoir :
le lundi, les psaumes cinq et trente-cinq,
le mardi, les psaumes quarante-deux et cinquante-six,
le mercredi, les psaumes soixante-trois et soixante-quatre,
le jeudi, les psaumes quatre-vingt-sept et quatre-vingt-neuf,
le vendredi, les psaumes soixante-quinze et quatre-vingt-onze,
le samedi, le psaume cent quarante-deux et le cantique du Deutéronome qu'on divisera en deux Gloria,
car, du lundi au vendredi, on dira le cantique des Prophètes que psalmodie l'Eglise romaine au jour correspondant.
Alors suivront les « laudes », puis une leçon de l'Apôtre récitée de mémoire, le répons, l'ambrosien, le verset, le cantique des Évangiles, la litanie et la conclusion.

Commentaire(s) de ce texte

1) Dans la liturgie, il y a des jours ordinaires, et des jours extraordinaires. L'expression latine est d'ailleurs assez savoureuse, car St Benoît parle, pour les jours ordinaires de «privatis diebus », de jours « sans », par opposition aux jours « avec » des saints. Dans la liturgie, il y a donc des jours «avec », et des jours « sans ».

2) Les jours « sans » sont plus simples, plus dépouillés. Ils sont comme un carême spirituel de l'âme qui est privée de ces points de repères que sont les fêtes des saints, ou les solennités. Ils sont comme l'espace entre les mots, qui, dans un texte, nous permettent de saisir le sens. Car si tous les mots étaient collés les uns aux autres, il nous serait très difficile de déchiffrer le sens du texte.

3) Les jours « sans » sont donc essentiels. Ce sont les jours de la digestion, de l'assimilation, mais aussi de l'attente, de la naissance du désir. Cette alternance est absolument nécessaire pour éviter la satiété (cf. Origène), et maintenir le tonus de la vie intérieure.

4) Ce qui rend les sources d'eau désirables, ce qui fait marcher vers les puits, dans le désert, c'est leur rareté ! Les jours « sans » font partie de notre désert. Ils sont nécessaires à notre tonus spirituel, car ils entretiennent en nous l'attente et le désir. Ce sont les moteurs de la vie intérieure. Ou plutôt, ces espaces vierges, nus, ces déserts du coeur, où Dieu peut enfin faire entendre Sa Parole. C'est parce qu'il y a des choses ordinaires qu'il existe des choses extraordinaires ! Sinon, tout devient plat, et on n'y voit plus rien !
1) Il faut bien l'avouer, quand nous arrivons à cette partie de la Règle, nous finissons tous par être assommés par ces longues listes de Psaumes ! Et l'on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi St Benoît a pris tant de soin à énumérer tous ces détails, alors que l'on s'attendrait plutôt à ce qu'il nous parle, avec profondeur, de la prière. N'a-t-il pas choisi de s'arrêter à la quantité au lieu de s'intéresser à la qualité de la prière ?

2) Peut-être faut-il avoir persévéré longtemps dans la prière, avoir longtemps duré dans le combat de la prière, pour se rendre compte, qu'en fait, St Benoît a raison.
La qualité de la prière, au sens où nous l'entendons, avec ses états d'âme, ses enthousiasmes, ses satisfactions, fait vite place, si nous osons durer dans la prière, à de longues périodes de creux, de silence, d'attente, où les pensées et les désirs s'en donnent à coeur joie !

3) Et c'est alors que nous faisons une expérience extraordinaire, si nous durons dans la prière.
Car à ce moment-là, sans que nous sachions trop comment, si nous restons malgré tout, nous faisons l'expérience que ce n'est plus nous qui gardons la prière, mais que c'est elle qui nous garde.

4) L'un d'entre vous me parlait récemment encore de F Peter qui passait chaque jour de nombreuses heures à l'église, en prière. F Peter n'était pas parfait, ses chemins n'avaient pas toujours été tout à fait rectilignes. Mais chaque fois, la prière avait fini par le ramener sur la voie, et il le savait. Il savait que Dieu est fidèle, que la prière est notre meilleure protection, et surtout contre nous-mêmes.
1) Si l'apocalypse est le livre du Dimanche, ce sont les Epîtres de St Paul qui, pour St Benoît, donnent leur couleur aux jours ordinaires. St Paul, l'apôtre de la vie ordinaire ? C'est bien vrai, car l'Apôtre reprend toutes les petites choses de la vie, tous ces micro-évènements qui tissent notre quotidien, pour y discerner la trace de Dieu.

2) St Paul, c'est en effet la vie personnelle de chacun, avec cet appel quotidien à la conversion, mais aussi la vie communautaire, le comportement concret dans les situations de tous les jours. Mais St Paul, c'est aussi le grand souffle de l'Esprit qui renverse toutes les barrières (plus de juifs, de grecs, d'esclaves, d'hommes libres, d'hommes ou de femmes), et qui met l'amour au dessus de tout.

3) St Paul, c'est ce maître du quotidien qui nous fait découvrir la grandeur de tous les instants de notre vie. Rien n'est plus anodin, ce que nous mangeons, ce que nous buvons, notre travail, nos joies et nos peines, tout prend sa place devant la face de Dieu. St Paul, c'est la mystique d'en bas, celle du quotidien.

4) Mais c'est aussi la mystique d'en haut, celle du 7e ciel qui se dévoile, parfois, par surprise, quand on ne s'y attend pas. Sans doute est-ce la raison pour laquelle la liturgie aime citer longuement St Paul. Car, avec lui la mystique d'en bas et la mystique d'en haut se rejoignent.