La règle de Saint Benoît
Chapitre 12
Comment célébrer Laudes
14 février
15 juin
15 octobre
LE DIMANCHE À LAUDES, on dira d'abord le psaume soixante-six, sans antienne, directement. 15 juin
15 octobre
Après quoi, on dira le psaume cinquante avec Alléluia.
Puis on dira les psaumes cent dix-sept et soixante-deux.
Puis les Bénédictions et les « laudes », une lecture de l'Apocalypse par coeur et le répons, l'ambrosien, le verset, le cantique de l'Évangile, la litanie, et la conclusion.
Commentaire(s) de ce texte
En effet, alors que, en semaine, "on dira le Ps 66, sans antienne, entraînant un peu, comme le dimanche, pour que tous arrivent pour le Ps 50 qu'on dira sans antienne", St Benoît prévoit par contre que, "le Dimanche, on dira le Ps 50 avec Alléluia".
2) Après l'introduction de 1'Alléluia comme antienne, voilà que St Benoît passe un autre seuil avec le Ps 117. Ce Ps, en effet, clôt ce qu'on appelle le Hallel, dans la liturgie juive, c'est à dire la série des psaumes qui vont du Ps 112 au Ps 117, qui commencent par Alléluia, et que les juifs récitaient pour les grandes fêtes, notamment à la fin du repas pascal, comme le note St. Mt en Mt 26, 30.
Cela semble donc confirmer ce qui était assuré au début de ce chapitre, le Dimanche c'est le jour de 1'Alléluia. D'ailleurs le schéma actuel des Laudes du Dimanche amplifie encore cette impression en ajoutant le Ps 150 qui, toutes trompettes dehors, proclame le Règne de Dieu.
3) Pourtant le choix de St Benoît d'introduire ensuite le Ps 62 (qui remplace, dans notre liturgie, le Ps 50 aux solennités) nous suggère une autre perspective.
En effet, St Benoît semble vouloir nous conduire, par delà la célébration de la gloire, dans une autre dimension. Le Ps 62, c'est le Ps du désir : "Dieu, mon Dieu, c'est toi que je cherche dès l'aurore, mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi "
Le Royaume est déjà là, mais nous le désirons encore, nous l'attendons.
C'est d'ailleurs ce que signifie la lecture d'un passage de l'Apocalypse (que nous avons introduit dans notre liturgie).
4) Christ est ressuscité, Alléluia, mais la création gémit, et nous aussi, en travail d'enfantement. En introduisant le Ps 62, après la célébration de la gloire, St Benoît donne le ton juste et ouvre des horizons infinis à notre prière. En éveillant notre désir, notre soif de Dieu, toujours plus fort, il nous invite à nous mettre en chemin, à nous laisser emporter sur le chemin de la conversion, à ne pas nous installer là où nous sommes.
2) Faire pénitence, avouer sa faute, c'est déjà rendre gloire à Dieu. Car c'est la rencontre du Dieu Vivant, l'expérience de sa Bonté envers nous qui nous rend capable de confesser notre faute, de laisser tomber les masques derrière lesquels nous essayons, tant bien que mal, de nous cacher, comme Adam et Eve essayaient de cacher leur nudité !
3) Le chemin de la pénitence, de la contrition du coeur, de l'humble reconnaissance de nos fautes, c'est vraiment le chemin du retour au paradis perdu, ce lieu où l'homme pourrait vivre sans peur, sous le regard de Dieu. Et le psaume 50 nous offre la clé de ce retour à Dieu, à travers le cheminement pathétique de David.
4) Pour St Augustin, en effet, ce psaume est celui que David chanta, lorsque le prophète Nathan lui dévoila sa faute ! Pour nous aussi, d'une certaine manière, ce psaume joue comme une prophétie. Il ôte le voile de notre aveuglement, de notre orgueil, pour nous mettre à découvert, devant Dieu. Si nous nous laissons saisir par lui, nous plongeons dans cet abîme, et nous pouvons aussi, à notre tour, chanter l'Alléluia de ceux qui ont été libérés de leur aveuglement, ceux que Dieu a libérés d'eux-mêmes.
2) Tout concourt à cela : le repos bien mérité après une semaine de la labeur, la liturgie plus festive et plus ornée, l'eucharistie qui prend sa place naturelle, au coeur de la journée, et enfin un bon repas, pour rendre grâce d'être ensemble.
3) Pourtant, nous faisons tous l'expérience, à un moment ou à un autre de notre vie, qu'il n'est pas toujours facile d'abandonner nos activités, pour nous laisser toucher par cette grâce du Dimanche. Nous sommes tentés de remplir ce temps par autre chose, tout autres choses.
4) Il est vrai qu'il n'est pas facile de s'arrêter, lorsque l'on a pris l'habitude de vivre à un rythme soutenu, tout au long de la semaine. Et pourtant, il est vital pour nous d'apprendre à demeurer. Sinon, nous risquons de nous identifier tellement à ce que nous faisons, que nous perdons de vue notre identité profonde. Le Dimanche est pourtant l'apprentissage de ce passage à soi, qui est le premier pas du passage en Dieu.