La règle de Saint Benoît
Chapitre 10
Comment célébrer la louange nocturne, en été
12 février
13 juin
13 octobre
DE PÂQUES AU PREMIER NOVEMBRE, on se tiendra au nombre de psaumes susdit. 13 juin
13 octobre
Par contre, vu la brièveté des nuits, on ne lira pas les leçons dans le livre, mais, au lieu de ces trois leçons, on en dira de mémoire une de l'Ancien Testament suivie d'un répons bref.
Tout le reste se fera comme on l'a dit, à savoir qu'on ne dira jamais moins de douze psaumes aux Vigiles de la nuit, sans compter les psaumes trois et quatre-vingt-quatorze.
Commentaire(s) de ce texte
Si les lectures risquent d'être trop longues, il coupe, s'en tenant à l'essentiel.
2) Sans doute n'est-il pas inutile de rappeler ce principe fondamental, à l'aube du carême. Aujourd'hui encore, à chaque communauté, à chaque membre d'une communauté, s'impose ce principe de réalité. Le carême est fait pour l'homme, et non l'inverse. Il a pour but de nous mener à la conversion du coeur, de nous aider à trouver un chemin de liberté à l'égard de tout ce qui nous enchaîne et nous détourne du Seigneur. Il nous est donné pour faire l'expérience de la liberté.
3) Le jeûne, les veilles, la prière, la lecture commune, sont des moyens pour nous faire entrer dans cette aventure du coeur à coeur avec Dieu. Il serait tout aussi néfaste de s'enfermer dans une observance rigide que de les négliger au nom d'une prétendue liberté spirituelle. Entre ces deux extrêmes, il y a l'attitude de St Benoît qui énonce le principe et son adaptation à la réalité concrète.
4) Nous avons chacun nos points faibles, nos difficultés. Peut-être est-il important, au seuil de ce carême, d'oser regarder ce qui, aujourd'hui, nous empêche d'avancer dans notre manière de vivre, ce qui devient un obstacle.
Le carême peut être le bon moment pour faire un petit pas dans ce domaine. Cela peut concerner le rapport à la nourriture, le sommeil, la lectio, le travail, la prière, la participation à l'office, le service et la charité fraternelle. Ou bien cela peut toucher d'autres points : ce frère que je ne peux pas sentir, ce travail qui m'agace, ce besoin irrépressible de parler ou de manger etc. Une invitation à la liberté.
2) Le premier aspect auquel il veut nous sensibiliser, c’est que la qualité de notre prière ne répond pas au sentiment subjectif que nous en avons. Le véritable travail de la prière se fait dans la profondeur de notre être, en un point qui n’affleure que très rarement à notre conscience. Le travail de l’Esprit en nous, nous ne le percevons qu’à de rares moments. Mais cela n’empêche nullement qu’il existe et qu’il nous transforme en profondeur. La prière est à l’œuvre en nous.
3) Ainsi n’avons-nous de prise sur la qualité de la prière que par notre disponibilité, notre persévérance et notre dépouillement intérieur. Ce qui dépend de nous, c’est de désencombrer notre esprit, notre cœur et notre vie, pour que la prière fasse son œuvre en nous, qu’elle creuse son trou dans notre existence. Et si nous nous laissons transformer, c’est le corps tout entier, la communauté, l’Eglise, qui sont entraînés.
Pour Benoît, ce long travail de la prière suppose donc la quantité. On pourrait un peu prendre la comparaison d’un bain de soleil. Si on veut bronzer, il faut s’exposer durant des heures aux rayons du soleil. La seule différence, c’est que je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un ait attrapé un « coup de prière », alors que les « coups de soleil » sont fréquents !
2) Pour l'office, St Benoît a de multiples variantes. Il prend en compte, comme ici, la longueur du temps de la nuit, mais aussi le fait que le frère soit plus ou moins proche de l'oratoire quand sonne le moment de l'office, ou encore le fait que le frère soit en voyage, loin du monastère.
Et cette faculté d'adaptation doit même conduire l'abbé à considérer le caractère de chacun, son tempérament.
3) Au coeur même de sa Règle, St Benoît nous propose donc un équilibre toujours à recommencer entre la norme et son adaptation au réel. Il nous place ainsi entre deux accueils à éviter. D'une part, l'application de la Règle prise comme une fin, ce qui peut mener au rigorisme. D'autre part, 1'adaptation continue à la mode et aux humeurs du moment, ce qui peut conduire au laxisme. Ces deux extrêmes sont, en fait, le symptôme de deux maladies de 1'âme contre lesquelles Jésus Lui-même a du lutter.
4) L'Évangile témoigne à la fois du combat de Jésus contre les pharisiens, toujours en train de pinailler sur un détail, ou contre Hérode et les sadducéens, les marchands du Temple, prêts à toutes les compromissions avec l'esprit du temps.
La mort de Jésus est due à la coalition de ces deux extrémismes qui ne pouvaient supporter l'attitude de Jésus, faite à la fois de liberté souveraine et d'authentique fidélité. C'est ce que Cassien appellera la voie royale, parce que c'est le chemin de Jésus.