La règle de Saint Benoît

Chapitre 3

La réunion des frères en conseil

16 janvier
17 mai
16 septembre
TOUTES LES FOIS qu'il faudra traiter d'affaires importantes au monastère, l'abbé convoquera toute la communauté et dira de quoi il s'agit.
Ayant entendu l'avis des frères, il en délibérera par-devers lui et fera ce qu'il jugera le plus utile.
Nous disons que tous doivent être convoqués au conseil, pour cette raison que le Seigneur révèle souvent à un plus jeune ce qui est préférable.
Les frères donneront leur avis en toute humilité et soumission, et n'auront pas l'audace de défendre effrontément leur opinion.
La décision dépend plutôt de l'abbé, et tous lui obéiront en ce qu'il aura jugé être le plus avantageux.
Mais de même qu'il convient aux disciples d'obéir au maître, de même il revient au maître de tout régler avec prévoyance et justice.

Commentaire(s) de ce texte

1) La manière dont St Benoît considère le rôle d'un conseil n'a rien à voir avec un processus démocratique fondé sur le principe : un homme = une voix.
En fait, pour l'auteur de la Règle, il s'agit véritablement d'un processus de discernement durant lequel chacun va cheminer pour découvrir la volonté du Seigneur.

2) Cette volonté, pour être reconnue, suppose un certain nombre de conditions :
a) toute la communauté doit être convoquée (v. 1) et même les plus jeunes (v. 3).
b) chacun doit donner son avis, mais avec humilité et soumission, sans défendre une opinion (v.4). En effet, il ne s'agit pas d'imposer son idée, mais d'engager un véritable processus de réflexion communautaire où l'idée rebondit, se modifie, s'enrichit au fil de l'échange.

3) Cela suppose une disposition essentielle chez les frères, mais aussi chez l'abbé = c'est cette capacité de chercher le meilleur, comme il est dit au verset 3, et pour cela, d'accepter de cheminer. cf. le « melius »; accepter de ne pas savoir d'avance.
En fait, nous assistons vraiment à une naissance, un véritable accouchement de l'être communautaire, où une décision jusque là incertaine prend corps.

4) Le rôle de l'abbé est de favoriser ce processus, mais aussi de le mener à terme, jusqu'à la décision finale. C'est à dire de donner un visage, un contenu déterminé à une expérience communautaire qui est d'ordre spirituel : car chacun, quittant son quant à soi, a fait un pas vers ce « meilleur » (melius) que Dieu désire pour nous. Il s'agit vraiment d'une oeuvre d'Eglise (comme lieu).
1) Le processus de décision que St Benoît met en place, dans la communauté, n'a rien à voir avec un débat démocratique. Il ne s'agit, en effet, nullement de chercher où penche la majorité, mais de discerner la vérité.
Ce processus de discernement suppose le respect d'un certain nombre de règles que St Benoît décrit dans ce chapitre.

2) Le premier point concerne la nature des décisions à prendre = des affaires importantes. On ne discute pas de tout, seuls certains points sont traités de cette façon.
Le second point concerne la méthode = la communauté est convoquée, à l'instar d'une assemblée liturgique. Il y a une invitation, une demande à laquelle on répond.
Le troisième point est essentiel = chacun donne son avis, quelque soient son rang, ses capacités. On n'écoute pas seulement les ténors, ceux qui ont du poids, comme on dit, dans la communauté. Car le problème n'est pas de se faire une opinion, mais, comme le dit St Benoît, de reconnaître la volonté du Seigneur.
Cela explique pourquoi, en dernier ressort, l'abbé délibère par devers lui et fait ce qu'il juge utile. En effet, il s'agit d'un processus de discernement communautaire pour essayer d'écouter la volonté du Seigneur, et non d'un débat pour imposer son opinion personnelle.

3) Pour que ce processus fonctionne, il convient que =
- chacun écoute sans a priori, bien sûr
- mais aussi que tous aient 1'humilité de parler, et que chacun parle avec humilité.
C'est à dire que chacun ait la simplicité de dire ce qu'il a dans son coeur, mais aussi qu'il le dise avec liberté, non pour avoir raison à tout prix, mais parce qu'il désire le bien de la communauté. Il peut y avoir parfois beaucoup d'orgueil dans le refus de parler, dans le fait de se renfermer dans son opinion, dans son quant à soi.
Cette recherche du bien de tous est un fait de 1'Esprit-Saint et suppose une véritable humilité, cette humilité qui accepte d'apprendre d'un autre, fût-il le plus jeune de la communauté.
1) Dans ce chapitre 3 "de la convocation des frères en conseil", St Benoît décrit à la fois l'attitude des frères et celle de l'Abbé.
Pour les frères, Benoît demande que chacun donne son avis, quel que soit son âge monastique, mais qu'il le fasse avec humilité, sans défendre son point de vue.
Pour l'Abbé, Benoît demande qu'il expose la question, qu'il écoute les frères, puis qu'il prenne ses responsabilités et décide.

2) Mais cette décision suppose deux conditions que St Benoît rappelle avec force à l'abbé. Et, pour cela, il utilise deux mots : "provide" et "juste". Ce qui a été traduit par "avec prévoyance" et "justice".
« Provide » vient de « providere » qui signifie : voir d'avance, pressentir, deviner; l'abbé doit donc avoir un oeil tourné vers l'avenir.
« Juste », qui signifie « avec justice, équité, mesure », fait plutôt référence à la situation présente, à ce qui est maintenant, à la juste appréciation des choses.

3) La prise de décision suppose toujours d'avoir un oeil qui évalue le présent, et l'autre oeil qui est tourné vers 1'avenir. Et, pour qu'il ne souffre pas de berlue, Benoît conseille à l'abbé de se mettre à l'écoute de l'Esprit Saint, qui parle souvent à travers un plus jeune.
Toute décision doit donc être enracinée dans un profond réalisme, ouverte aux possibles d'un avenir incertain, sous la motion de l'Esprit de Sagesse.

4) Mais, pour qu'elle porte du fruit, il faut que cette décision soit prise, mais aussi qu'elle soit reçue, même si elle ne correspond pas à notre opinion personnelle. On peut très bien estimer que la décision prise est mauvaise, en toute bonne foi. Mais alors, il ne s'agit plus de bonne foi ou d'opinion personnelle, mais de foi, de foi tout court, celle qui naît de l'écoute de l'Esprit Saint qui dispose tout pour notre bien.