Seizième Dimanche du Temps Ordinaire

Le Royaume des Cieux…

Lorsque Jésus parle à ses disciples du Royaume des Cieux, de quoi s’agit-il, et qu’est-ce que les disciples comprennent ?  Nous pourrions également nous poser la question de savoir ce que les foules comprennent, mais Jésus donne lui-même la réponse dans l’application de la parole du Prophète : je leur parlerai en paraboles, sous-entendu, afin qu’ils ne comprennent pas…

Rappelons-nous d’abord l’histoire plus ancienne : le Peuple avait jadis exigé un roi, ce qui déplut d’abord au prophète Samuel puis au Seigneur Lui-même.  Mais Dieu accorda finalement un roi au peuple (1S 8,5…22).  Lorsque le roi David décida de construire le Temple, la proposition plut au Seigneur et, en retour, Dieu promit à David qu’un descendant siégerait à jamais sur son trône (2S 7,12-13). 

À l’époque de la naissance de Jésus, le Peuple était dans l’attente d’un « Messie » (Lc 3,15).  Cette « attente » n’était pas claire, et beaucoup espéraient que le « Messie » tant attendu allait libérer le Peuple de la servitude au pouvoir Romain. 

La mission de Jésus ne se situe pas du tout dans une telle visée « politique », même si le fait de décrire le « Royaume des Cieux » comme un Royaume, pouvait porter à confusion.  Même les disciples ne comprennent pas : rappelons-nous la demande des deux fils de Zébédée de siéger à droite et à gauche de Jésus lorsqu’il instaurera son Royaume (Mt 20,20-28). 

Par les diverses paraboles que l’évangéliste rassemble ici, Jésus veut expliquer aux disciples que le Règne de Dieu, le Royaume des Cieux qu’Il est venu inaugurer est mystérieux.  Il commence petitement, de la taille d’une petite graine, mais deviendra grand, il deviendra le plus grand arbre du Jardin.  L’image parle par elle-même.  La discrétion, l’humilité des débuts, avec le résultat espéré…

Lorsque Jésus commença à semer la Bonne Nouvelle du Royaume, il était absolument seul.  Ses disciples furent pour lui de peu de secours.  Lors de son arrestation dans le Jardin de Gethsémani, ses disciples l’abandonnent et s’enfuient.  Mais la Résurrection donna à l’entreprise un souffle nouveau, qui dure jusqu’à aujourd’hui… 

L’Église, au long de son histoire bi-millénaire, a parfois estimé qu’elle était, enfin, devenue ce grand arbre dans lequel tous les peuples pouvaient construire leur nid.  À certaines époques, l’Église était au faîte de la gloire.  Cela nous a donné le siècle des cathédrales, les chefs-d’œuvre de l’art religieux de tant de périodes différentes…  Mais à d’autres époques l’Église est persécutée, humiliée, et elle redécouvre que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde…  La grandeur terrestre est toujours éphémère, et la gloire humaine ne dure qu’un temps.

Jésus n’est pas venu nous enseigner comment atteindre une quelconque gloire…  Ayant lui-même renoncé à la gloire de Fils de Dieu, c’est l’humilité qu’il nous enseigne.

L’important, dans l’enseignement que nous avons entendu ce matin, c’est la petitesse.  Ensuite, le Royaume de Dieu fait des merveilles, mais pas selon les critères humains.  Le Royaume de Dieu progresse, aujourd’hui comme hier, dans la petitesse, dans l’ombre, dans le silence.  Mais ce qui compte, c’est comment Dieu œuvre à travers nous, à travers notre médiocrité, pour que la graine devienne plante, la plante devienne arbre. 

Le Royaume des Cieux dont il est ici question, ce n’est pas tel royaume terrestre, comme certaines têtes couronnées et leurs sujets l’ont imaginé.  En réalité, le levain que la femme a « caché » dans la pâte, c’est la puissance divine qui agit dans le monde.  Mais nous ne la voyons pas à l’œuvre.  Nous n’avons pas à en voir les fruits, mais nous devons prier Dieu pour que la pâte lève… 

L’Église, aujourd’hui, est redevenue cette petite graine enfouie dans le sol, cette petite quantité de levain cachée dans trois mesure de farine.  Nous ne savons pas quand aura lieu la moisson, nous ne savons pas quand la pâte aura suffisamment levé.  Puisqu’il s’agit du Royaume de Dieu, Dieu seul sait. 

Nous n’avons pas à juger, nous n’avons pas à couper à la racine telle plant et garder tel autre, mais nous devons prier Dieu pour que la Royaume porte du fruit.  C’est ce que nous avons demandé à Dieu dans la prière d’ouverture de la célébration :
Sois favorable à tes fidèles, Seigneur, et multiplie les dons de ta grâce. 
Entretiens en eux la foi, l’espérance et la charité…

C’est également ce que Saint Paul nous suggérait dans la deuxième lecture :   
nous ne savons pas prier comme il faut,
(mais) l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse,
(et) c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

Que Dieu notre Père et Jésus, le Seigneur, nous envoient l’Esprit Saint afin que nous progressions en sainteté devant Dieu et devant les hommes, afin que le Règne de Dieu advienne en nous pour le monde entier. 

Frère Bernard-Marie

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Quatorzième Dimanche du Temps Ordinaire

Père, Seigneur du ciel et de la terre

À diverses occasions, dans ses enseignements, Jésus parle de Dieu et l’appelle « votre Père qui est aux cieux » ou il nous dit « prie ton Père dans le secret ».  C’est dans ce même courant que Jésus enseigna à ses disciples le « Notre Père », la prière par excellence, la Prière du Seigneur que nous récitons plusieurs fois par jour.  Mais il y a très peu d’occurrences où les évangélistes dévoilent quelque chose de la prière de Jésus lui-même, et donc de sa relation à Dieu son Père. 

Situons brièvement les circonstances dans lesquelles est Jésus lorsqu’il prononce les paroles que nous venons d’entendre.  Jésus est à un tournant dans sa vie publique, dans la conscience qu’il a de la mission qui lui est confiée par le Père.  Dans la péricope qui précède celle que nous venons d’entendre, Jésus se lamente sur les villes de Galilée qui n’ont pas « reçu » son message.  Les gens n’ont pas cru à sa parole, ils n’ont pas reconnu l’œuvre de Dieu dans les miracles, et Jésus s’en désole.  Après avoir invectivé les villes rebelles, Jésus loue le Père d’avoir caché cela aux sages et aux savants… 

Ce sont les petits, les pauvres, ceux qui n’ont rien à perdre, ceux qui n’attendent rien du pouvoir en place… ce sont ceux-là qui viennent à Jésus : ils boivent ses paroles, ils jubilent à la vue des miracles, ils rendent grâces à Dieu pour toutes les merveilles dont ils sont les témoins.  Tels sont les tout-petits, comme les appelle affectueusement Jésus dans sa prière à son Père. 

Après cette exultation, Jésus s’adresse à ses disciples et leur dévoile, de manière un peu énigmatique, la relation qui Le relie, d’une part avec Dieu son Père, d’autre part avec ses disciples.  Lorsque Jésus affirme que Tout m’a été remis par le Père, qu’est-ce que cela implique ?  Qu’est-ce que le Père possède qu’Il donne à son fils ?  Qu’est-ce que Dieu le Père donne à son Fils Jésus ?  Dieu en effet ne ‘possède’ rien, puisqu’Il est Dieu.  Il ne peut donner que qui Il est : Il se donne, Il donne sa paternité, sa complaisance, son Esprit.  Il ne peut donner que Soi-même. 

Et Jésus continue : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils.  Cette relation que Jésus révèle à ses disciples, dépasse l’entendement humain.  La réciprocité entre le Père et le Fils est plus forte que tout ce que l’on peut vivre – même imaginer – dans nos relations humaines, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, entre amis…  Mais, à ses disciples, Jésus ne se contente pas de décrire ce qui est incommunicable entre Lui et son Père.  Cela n’aurait aucun intérêt de divulguer ce qui dépasse l’entendement humain s’il ne nous était donné de pouvoir y participer.  C’est ce que Jésus précise ensuite : personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler

Jésus nous invite en quelque sorte en entrer en communion avec Lui et, par Lui, à entrer dans cette relation incommunicable avec son Père.  Dieu Trinité ne veut pas garder pour soi-même cette relation qui n’est pas humaine ni sujette aux aléas de la vie, mais qui est parfaite et éternelle, qui est divine donc. 

Entrer dans l’intimité de la relation entre les trois Personnes Divines, tel est l’appel que Jésus nous adresse aujourd’hui.  Sommes-nous disposés à y répondre positivement ?  Ouvrons tout grand nos cœurs, Dieu ne demande qu’à y faire sa demeure et à nous combler de ses grâces.  Cette relation d’intimité avec la Trinité est infiniment plus que toutes les relations d’amitié que nous pouvons imaginer avec d’autres personnes, parents, époux, famille, amis…   C’est le cœur du message que Jésus est venu nous apporter de la part de Dieu son Père, et qu’il résume dans la conclusion de la péricope évangélique que nous venons d’entendre :
Venez à moi, … prenez sur vous mon joug, …
et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

Et c’est ce que Saint Paul nous rappelait dans l’extrait de son épître aux Romains :  
vous êtes sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous…
(Et) celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts
donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Ouvrons nos cœurs toujours plus à l’action de l’Esprit en nous.  Ainsi, nous aurons part à la vie de Dieu en nous, et à la vie éternelle ensuite.  Demandons à Dieu dans cette eucharistie, de nous convertir et de nous aider à vivre toujours plus dans l’intimité de la communion entre les Personnes divines.  Par l’Esprit qui habite en nous, oui, le joug du Christ est facile à porter et le fardeau léger.

Frère Bernard-Marie

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Juin

A partir de ce 1er juin, lundi de Pentecôte, nous suspendons le temps de prière en commun après le Salve, relatif au Covid 19, laissant le soin à chacun de continuer en privé à porter l’intention de la pandémie et la sortie de confinement.

Jeudi 4 : Père Abbé se rend au conseil épiscopal aussitôt suivi de la messe chrismale reportée à cause du coronavirus.

Mercredi 10 : Nous partageons chacun de son côté dans le réfectoire communautaire – ce qui peut paraître paradoxal -, le repas de midi, menu commun, avec les membres du Conseil d’Administration. Chacun à son rythme plus libre et distanciation Corona oblige.

Samedi 13 : Père Abbé fait l’aller-retour dans la journée pour se rendre au Val d’Igny à ce qu’il pensait être la dernière assemblée générale de l’association des « Amis de Belval ». A son retour, Père Abbé nous apprend le contraire : Le compromis de vente et le dossier n’est toujours pas bouclé. Patience donc pour nos sœurs.  

Dimanche 14 : On n’en aura jamais fini d’approfondir les trésors des textes que nous a légués la tradition chrétienne. C’est ainsi que nous (re)découvrons « L’imitation de Jésus Christ » objet d’une émission « La foi prise au mot » toujours sous la houlette de Régis Burnet, sur KTO bien sûr.

Lundi 15 : Alors que la limite des 100 kms du déconfinement est levée, notre frère Vincent vient passer la semaine parmi nous, récupérer habits et livres avant de s’en retourner continuer sa quête de Dieu en la maison-mère de Tamié.

Et voilà qui va réjouir les habitués de « la maison ». En effet, à partir de ce jour, l’église est de nouveau accessible quant aux offices moyennant les dispositions sanitaires prévues par le gouvernement. Seuls l’Eucharistie et les Vêpres du dimanche ne leur sont pas encore ouverts car trop de monde impossible à réguler.

Mercredi 24  Saint Jean Baptiste et … jubilé de 60 ans de profession monastique de notre frère Bruno qui préside l’Eucharistie et nous « sermonne…..gentiment bien sûr ». Repas de la veille au soir et du jour au point « rencontre » du réfectoire avec menu adapté à la circonstance. P. Bruno évoquera avec gratitude un soir au chapitre ses premiers pas dans la vie et ses débuts à la Trappe.   En rapport avec son ministère d’accueil à l’hôtellerie, l’après-midi nous regardons « La confession », film adapté du roman : Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck. Joute verbale toute en subtilité et en séduction entre deux êtres aux convictions diamétralement opposées.

Dimanche 28 : Rien de très original serait-on à même de penser que de regarder un film sur « le converti de Damas » à l’occasion de la Saint Pierre et Paul. Tel est le cas puisque nous regardons « Paul Apôtre du Christ » sur les derniers jours de Saint Paul, film offert par notre ami Philippe Duc, qui nous arrive ce lundi 29 pour passer les vacances avec nous comme depuis fort longtemps.

Lecture au réfectoire : Nos « Fille Dieu » seront encore plus présentes à nos cœurs puisque nous lisons le livre qu’a consacré Martial Python  à « Marguerite  Bays et Mère Lutgarde Ménetrey »  
« La première est laïque franciscaine. La seconde est moniale et abbesse de l’abbaye cistercienne de la Fille-Dieu à Romont. Bienheureuse Marguerite Bays et Lutgarde Menétrey sont deux femmes exceptionnelles du pays de Glâne dans le canton de Fribourg et qui ont vécu entre le XIXe et début XXe siècle. Toutes les deux proviennent de la paroisse de Siviriez. À la naissance de Lutgarde (du nom de baptême Alphonsine), Marguerite en amie de la famille Menétrey est choisie comme marraine. C’est ainsi qu’il va naitre entre la marraine et la filleule une belle amitié habitée de l’amour-charité et remplie du Souffle de l’Esprit. Celle-ci est axée sur trois pôles essentiels : Dieu, le prochain, et soi-même qui firent d’elles de véritables femmes à la fois enracinées dans le réel et dans le spirituel. Ainsi, l’amitié de la marraine et de la filleule a été forgée par deux cœurs qui battaient à l’unisson dans le profond respect de l’une envers l’autre, pour partager ensemble la joie d’être pleinement dans cet extraordinaire sillage de lumière de Dieu. »

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Saints Pierre et Paul, Solennité

Pierre et Paul

Lorsque Paul se rendit la première fois à Jérusalem après sa conversion, il était assez inquiet de la réaction des « piliers » de la communauté des croyants qu’il devait rencontrer.  Il voulait rencontrer Céphas pour vérifier son « orthodoxie ». C’est ce que Paul rapporte au début de son épître aux Galates (1,18-19).

Initialement, tous deux ont d’abord annoncé la Bonne Nouvelle dans les Synagogues.  Mais face au refus de ses coreligionnaires, Paul s’est rapidement tourné vers les païens, tandis que Pierre est resté dans le monde juif.  C’est pourquoi, lors de leur seconde rencontre, ils se mirent d’accord sur leur rayon d’action. 

C’est ce que Paul raconte concernant son séjour à Jérusalem quatorze ans plus tard.  Il y rencontra les chefs de l’Église, plus précisément Pierre et Jacques.  La rencontre se conclut par la décision que :
l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis,
comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis. (Ga 2,7)

C’est un résumé de ce que Luc, dans les Actes des Apôtres, appelle le « Concile de Jérusalem ». (Act 15)  Ces deux petits extraits de l’épître aux Galates montrent à la fois la proximité et la déférence entre Pierre et Paul.  Paul a bien conscience que Pierre est le chef de l’Église. 

Cela n’empêcha pas que, peu de temps après, lors de la visite de Pierre à Antioche, la tension entre les deux hommes fut extrême.  C’est ce que Paul rapporte, toujours dans son Épître aux Galates :
quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement,
parce qu’il était dans son tort. (Ga 2,11)

Alors que Paul se tourne résolument vers les païens, Pierre reste embourbé dans la pratique de la Loi par les judéo-chrétiens.  Pierre cherche le compromis, Paul défend la liberté de la foi sur la pratique de la Loi que ni lui ni ses pères ne furent capables de pratiquer.  Pour lui,il en va de la vérité de l’Évangile.  C’est pourquoi il peut écrire aux chrétiens de Corinthe :
Avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs.
Avec ceux qui sont sujets de la Loi, j’ai été comme un sujet de la Loi,

Avec les sans-loi, j’ai été comme un sans-loi, moi qui ne suis pas sans loi de Dieu, …
Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles.
Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. (1Co 9,20…22)

Pierre et Paul ne se sont, semble-t-il, plus rencontrés par la suite, et nous savons qu’ils se retrouvent tous deux à Rome au début des années 60.  Nous savons que Pierre fut crucifié à Rome dans le Circus Vaticanus, probablement au début de l’an 68.  Paul aurait été décapité au lieu-dit Tre Fontane peut-être un peu avant le martyre de Pierre. 

Nos deux Apôtres, dont l’origine, le tempérament, la culture, la conversion, séparaient, se retrouvent ainsi ensemble à confesser leur foi en Jésus-Christ, dans la ville de Rome.  Le baiser de la réconciliation qui est représenté sur les icônes pourrait bien être celui qu’ils se donnèrent dans leur mort… 

C’est ce que nous rappellerons tout-à-l’heure dans la Préface de ce jour :
Pierre qui fut le premier à confesser la foi, Paul qui l’a mise en lumière,
Pierre qui constitua l’Église en s’adressant d’abord aux fils d’Israël,
Paul qui fit connaître aux nations l’évangile du salut,
Maintenant qu’ils sont réunis dans une même gloire,
ils reçoivent une même vénération.

Demandons à ces deux piliers de l’Église la persévérance, la foi, afin que nous puissions témoigner avec la même ardeur de notre attachement au Christ.  Que Pierre, le premier des Apôtres, le roc sur lequel Jésus a bâti son Église, nous inspire la révérence à son successeur le Pape.  Que Paul, le Docteur des nations, nous éclaire toujours davantage pour comprendre les enseignements qu’il nous a laissés dans ses épîtres.  Que la participation à l’eucharistie en ce jour de fête, soit pour chacun de nous source de joie et réveille notre foi et notre charité.

Frère Bernard-Marie

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Solennité du Sacré-Coeur

Dans la tradition cistercienne…

Alors que, pour certains, Saint Bernard est le « fondateur » de l’ordre cistercien, reconnaissons-lui au moins sa participation active dans la spiritualité cistercienne.  Même s’il n’a pas fait du neuf, Saint Bernard a très fortement mis en avant la relation entre l’âme du croyant et Dieu.  Pour ce faire, il a « actualisé » les enseignements de Saint Augustin et la tradition juive, lorsqu’il a commenté le Cantique des Cantiques à ses moines.  Ces sermons ont eu un impact très important dans le monde monastique de son époque.  Pour en rester chez les cisterciens, on doit citer Baudouin de Forde et Gilbert de Hoylande.  Gilbert tout particulièrement s’est inspiré de Bernard mais ne se jugea pourtant jamais digne de commenter à nouveau un texte du Cantique que Bernard avait expliqué.  Il reprit donc, à partir du verset que Bernard aurait commenté s’il n’était pas décédé. 

Sans faire ici un cours d’histoire de la spiritualité cistercienne, disons tout de même que Saint Bernard a marqué durablement la quête de Dieu dans le monde monastique.  Rendons-nous, maintenant, un siècle après Saint Bernard et regardons deux personnes qui marquèrent à leur tour la spiritualité et l’Église. 

Dans la principauté de Liège, Sainte Julienne du Mont Cornillon connaissait par cœur presque tous les Sermons sur le Cantique de Saint Bernard.  Ayant été privilégiée de grâces particulières, Dieu lui demanda d’œuvrer pour l’établissement de la fête du Saint Sacrement.  La fête fut célébrée dans le diocèse de Liège dès 1247, et fut instituée pour l’Église universelle en 1264 par le pape Urbain IV.  Julienne n’était pas cistercienne, mais fut inhumée à l’abbaye de Villers en Brabant aux côtés des bienheureux de cette communauté. 

Au début du siècle suivant, l’abbaye de Helfta a la grâce d’avoir trois religieuses mystiques en son sein.  Par ses écrits, Gertrude la Grande œuvra à l’instauration de la fête du Sacré-Cœur de Jésus.  C’est dans son livre Le Héraut de l’Amour Divin qu’elle décrit le mieux ce que symbolise le Cœur de Jésus.  Le Cœur de Jésus, nous l’atteignons uniquement par la plaie du côté reçue sur la croix.  Il est débordement d’amour rédempteur, il est le cœur blessé dans le sens le plus fort de l’expression. 

En 1675, Jésus demanda à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, visitandine de Paray-le-Monial, qu’elle œuvre à l’institution d’une fête en l’honneur de son Cœur.  Mais la fête ne fut officiellement instituée pour l’Église Universelle qu’un siècle plus tard.  Ce qui n’empêche qu’aujourd’hui encore, on se réfère souvent aux écrits de Sainte Gertrude pour illustrer cette fête. 

Ainsi, les deux dernières fêtes du grand cycle du Temps Pascal ont, d’une certaine manière, leur origine dans la tradition cistercienne.  Chacune à sa manière veut insister sur l’amour sans bornes de Jésus-Christ, l’amour divin de Dieu son Père pour chacun de nous.  Réalisons-nous aujourd’hui que l’intuition originelle de ces deux fêtes est cistercienne ? 

Un autre indice pour le comprendre, c’est la manière avec laquelle nous célébrons ces deux solennités.  Dans les deux cas, après la grand-messe, le Saint Sacrement est exposé et nous sommes invités à l’adorer tout au long de l’après-midi.  Pour la Fête-Dieu cette pratique est aisément compréhensible.  Pour le Sacré-Cœur un peu moins.  Disons que le « Cœur » de Jésus est représenté par l’Hostie dans l’ostensoir.  C’est le cœur – qui nous aime jusqu’à mourir par amour pour nous – qui rayonne dans l’Hostie.

Durant les temps d’adoration qui nous sont proposés ce jour, plaçons-nous devant Jésus-Hostie et laissons son rayonnement d’amour nous irradier et adoucir notre cœur de pierre, afin qu’il devienne cœur de chair.

Méditons cette parole de Saint Jean entendue en deuxième lecture :

Voici en quoi consiste l’amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés,
et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

Et Saint Bernard, en se référant à ce texte, nous répond dans son Traité de l’Amour de Dieu (Dil VI,16) :

Comment il faut aimer Dieu ?
D’abord reconnais ceci : Dieu mérite notre amour sans mesure.
C’est lui qui nous a aimés le premier
Lui qui est si grand, il nous a aimés d’un amour très grand, tout à fait gratuit,

nous qui sommes si petits ! 
Et il nous a aimés tels que nous sommes.
C’est pourquoi : la mesure pour aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure.
Or, l’amour qui tend vers Dieu tend vers celui qui est immense et sans limite.

… parce que, Dieu est immense, et il nous aime.

En ce jour de fête, ouvrons notre cœur à cet amour infini et, dans cette Eucharistie, demandons à Jésus la grâce de répondre à son amour infini par notre amour tellement limité et imparfait. 

Frère Bernard-Marie

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