Troisième Dimanche de Carême

Le Buisson ardent.

Lorsque Moïse se trouve dans le désert à garder le troupeau de son beau-père Jethro, il ne se doute pas que Dieu l’attend…  Nous avons entendu, en première lecture, la Révélation que Dieu fait à Moïse.  Il s’agit d’un des grands textes primitifs de l’expérience de la relation entre Dieu et l’homme.  L’histoire d’Israël débuta avec la vocation d’Abraham, elle continue, ici, avec l’appel de Moïse. 
Rappelons les faits qui concernent la vie de Moïse.  Sauvé du fleuve puis éduqué par la fille du pharaon, lorsqu’il a 40 ans, Moïse prend la défense d’un de ses coreligionnaires et tue un soldat égyptien.  Cet acte étant rapporté au pharaon, Moïse s’enfuit et passe 40 ans loin de l’Égypte.  C’est au bout de ces 40 ans que Dieu vient le chercher pour une vocation tout à fait particulière. 
Le Livre de la Genèse, lorsqu’il décrit la rencontre entre Dieu et Abraham, parle d’un homme et de trois hommes, qui viennent à sa rencontre.  Lorsque l’Exode décrit la rencontre entre Dieu et Moïse, il n’y a plus de représentation humaine.  Dans le texte de ce matin, Dieu est présent au milieu du buisson ardent, Il est présent dans le feu.  Dans les autres rencontres de Dieu avec Moïse, sur le Mont Sinaï, il n’est jamais précisé que Dieu se présente sous la forme humaine, même s’il est dit que Dieu parle à Moïse comme un homme parle à un homme. 
Arrêtons-nous quelques instants sur la réponse que Dieu donne à Moïse lorsqu’il demande son nom.  Le premier élément est « Je suis qui je suis », que l’on peut également traduire par « je suis qui je serai ».  C’est le Nom de Dieu que l’Apocalypse rapporte de la manière suivante : « Il était, Il est et Il vient ».  Dieu est, et Il n’a ni commencement ni fin. 
Le second élément, que Jésus utilisera pour répondre aux Sadducéens dit ceci : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob ».  Ici encore, Dieu se situe au-delà du temps.  Et Dieu précise en même temps que nos pères dans la foi sont toujours auprès du Dieu qu’ils ont servi.  Jésus dira : « Il est le Dieu des vivants ». 
Mais l’enseignement de Jésus va plus loin.  Il est venu nous annoncer cette Bonne Nouvelle que Dieu est notre Père et qu’Il nous aime.  Jésus est son Fils et Il est venu parmi nous pour nous révéler le Père.  Si, comme Moïse, nous ne voyons pas le Père face à Face, nous connaissons son Fils qui s’est fait l’un de nous et nous invite à devenir fils adoptifs.  Comment faisons-nous pour vivre cette grande nouvelle, comment faisons-nous pour « devenir » progressivement fils adoptifs ? 
Dieu, aujourd’hui encore, vient à nous.  Il nous appelle, Il veut nous rencontrer.  Mais sommes-nous ouverts, attentifs ?  Entendons-nous sa voix, voyons-nous le prodige du buisson ardent ?  Le monde court de plus en plus vite, et nous vivons de plus en plus dans le bruit.  Comment écouter Dieu, comment entendre quand Il veut nous parler ?  Dans l’évangile de la messe du mercredi des Cendres, Jésus nous enseignait :
Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée,
ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret te le rendra. (Mt 6,16)
Ton Père « te le rendra » dit Jésus.  Il répondra à ta prière et t’éclairera pour que tu saches comment vivre chrétiennement, comment vivre saintement, comment vivre selon Sa volonté. 
Le temps du Carême est le moment privilégié pour nous tourner à nouveau – ou pour ne tourner plus fermement – vers Dieu, afin de vivre selon l’enseignement de Jésus.  Dans l’évangile de ce matin, Jésus nous met en garde contre une trop grande confiance en nous-mêmes.  Les Galiléens et les victimes de la chute de la tour de Siloé, sont l’occasion pour Jésus d’affirmer :
Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.
Jésus ne met pas en garde contre la mort, mais contre une mort inopinée.  La mort n’est pas une fatalité, elle est le passage à une autre vie, à la vie avec Dieu et avec tous les saints.  En avons-nous suffisamment conscience ?  Et, comment nous y préparons-nous dans notre vie de tous les jours ?  C’est pourquoi Saint Paul rappelle aux Corinthiens que le Peuple dans le désert était déjà nourri par le pain des cieux et l’eau du rocher – le Christ – mais qu’ils moururent quand même dans le désert. 
Profitons de ce temps de Carême pour nous interroger sur notre vie spirituelle.  Demandons-nous comment nous nous préparons, d’une part, à vivre la fête de Pâques toute proche, d’autre part à vivre notre propre Pâque – notre mort en notre entrée dans la vie éternelle.  La Carême est le temps de la conversion, du retour à une vie sainte.  Demandons à Jésus, que la participation à cette Eucharistie, nous aide à découvrir comment Dieu vient à nous de manière toute spéciale.  Demandons-nous tout simplement quel est le Buisson Ardent à travers lequel Dieu nous appelle…

Frère Bernard-Marie

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