Vingt-troisième Dimanche

Jésus se rend en territoire païen.

La semaine dernière, nous avons repris la lecture de l’évangile selon Saint Marc, après avoir entendu tout le mois d’août le discours sur le Pain de Vie dans l’Évangile de Jean.  Après avoir décrit le pur et l’impur face aux remarques des scribes et des pharisiens, Jésus se rend dans le pays de Tyr et de Sidon.  C’est lorsqu’il séjourne incognito dans ce pays païen que la Syro-Phénicienne vient le supplier de guérir sa fille possédée par un esprit impur.  Jésus adresse cette parole dure à la femme : Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens…   Jésus à ce moment estime en effet qu’Il est envoyé aux seules brebis perdues d’Israël.  Mais, devant la foi à déplacer les montagnes de cette femme païenne, Jésus exauce sa prière.
De là, Jésus reste en territoire païen et se rend dans les territoires au-delà du Jourdain, dans la Décapole.  C’est l’évangile de ce matin.  Ici Jésus fait une autre guérison, encore d’une personne malade.  Puis, au début du chapitre huit, Marc rapporte la seconde multiplication des pains, qui se fait en faveur des foules païennes.  Cette séquence non plus ne sera pas proposée dans la lecture dite continue de l’évangile selon Saint Marc.
Mais pourquoi donc Jésus quitte-t-il le pays d’Israël ?  Dans la tradition juive, quitter le pays signifie ne plus être sous la dépendance du Dieu d’Israël.  Jésus passait par une crise grave, comprenant que les foules ne reconnaissaient pas en lui le nouveau Moïse, mais l’homme qui guérit et donne à manger gratuitement.  Ils envisagent de nommer Jésus roi, roi terrestre, mais ne reconnaissent pas son pouvoir et sa parole prophétiques.
Une telle « fuite » hors du périmètre sacré d’Israël fut également le fait du prophète Élie.  Après avoir montré sa puissance face aux 400 prophètes de Baal sur le Mont Carmel, Élie s’enfuit de peur des représailles de la reine Jézabel (1R 19).  Dieu vint en aide à Élie et le rassura sur sa mission.  Il fit de même avec Jésus.  Dans les deux cas, Élie et Jésus, il s’agit d’un accès de découragement, en voyant que les actions entreprises ne donnent pas les effets attendus.  Jésus s’est présenté comme le nouveau Moïse attendu par le peuple, et celui-ci n’a vu en Jésus qu’un guérisseur et un faiseur de miracles.  Mais le peuple ne s’interrogea pas sur le fond.
Comme Dieu confirma Élie dans sa mission de prophète sur le Mont Sinaï, Il confirma certainement Jésus dans son ministère de l’annonce de la survenue du Règne de Dieu.  De retour des pays limitrophes, Jésus agit de manière nouvelle, d’une part en enseignant les foules par des paraboles plutôt que les miracles, d’autre part en enseignant directement aux disciples les mystères de ce Royaume.
Ce fut une étape dans la vie de Jésus… une étape dont nous n’avons que quelques bribes, mais suffisamment pour nous rendre compte que sa mission ne fut pas simple, et que le doute était de la partie.  Viendront ensuite les critiques de plus en plus vives, voire féroces, des chefs du peuple, ce qui conduira à la mise à mort de Jésus.
Jésus, comme Élie, a vécu ce que tant de gens vivent durant leur vie.  Après avoir fait tout ce qu’on pensait bien faire, après s’être fatigué et dépensé pour la bonne cause, devant l’ingratitude des uns, la critique des autres, l’incompréhension, ou encore notre propre vieillissement, chacun se demande un jour s’il n’a pas fait fausse route.
Comme Jésus, comme Élie, nous sommes alors invités à nous « poser », à nous arrêter pour réfléchir à ce qui a été et ce qui ne va plus.  Dieu alors viendra à notre secours et nous éclairera pour reprendre notre route.  Comme Il a fait pour Élie – qui nomma Élisée prophète pour lui succéder – et pour Jésus – qui modifia sa façon d’annoncer la venue du Règne.
Pour nous aussi, parfois, la situation est difficile.  Sans entrer dans les détails de la crise que traverse actuellement l’Église… avec les loups qui hurlent de tous côtés, tant dans la bergerie qu’en-dehors, on ne sait plus à quel saint se vouer.  Certains vont jusqu’à demander la démission du Pape.  Personne ne possède toute la vérité.  Souvenons-nous de l’expression qu’aurait dite Sainte Catherine de Sienne : Mieux vous être dans l’erreur avec le pape que dans la vérité contre le pape.  Et, pour reprendre l’appel du pape François, seuls la prière et le jeûne viendront à bout de la crise…
Dans cette Eucharistie, demandons à Jésus de nous éclairer sur notre route et de nous confirmer si nécessaire dans les choix faits ou à faire.  L’Eucharistie, repas de communion, est le prélude de la communion avec tous les saints dans le ciel.  Jésus, Seigneur, Christ et Sauveur, nous aidera dans les épreuves.

Frère Bernard-Marie

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