Solennité de la Dédicace de notre Eglise

(1R 8,22-23.27-30 ; 1P 2,4-9 ; Jn 10,22-30)

Nous célébrons aujourd’hui la fête de la dédicace de cette église.  Construite en 1898 et dédicacée en juin de cette année-là, c’est-à-dire il y a juste 120 ans.  Du fait des ravages de la première guerre mondiale, il fallut reconstruire l’église (sauf les murs) et elle fut à nouveau consacrée le 30 août 1950.
Avec Saint Bernard, rappelons-nous ce qui fait la gloire d’une église, ce qui fait la joie de ceux qui la fréquentent…
Qui pourrait redouter de déclarer saints ces murs que les mains sacrées des évêques ont sanctifiés par de si grands mystères ?  Depuis lors, en outre, on le sait bien, ils ont retenti continuellement de saintes lectures, ils ont fait écho aux murmures de saintes prières, ils ont été honorés par la présence de saintes reliques, et les saints esprits  y ont tenu une veille incessante.
Et plus loin, en justifiant cette affirmation solennelle, Bernard précise sa pensée :
Ces murs, il est vrai, peuvent eux-mêmes être qualifiés de saints…  II n’en demeure pas moins que leur sainteté n’a pas à être honorée pour elle-même, car il est bien certain qu’ils n’ont pas été sanctifiés pour eux-mêmes.  Au contraire, c’est en raison des corps que la maison est sainte, en raison des âmes que les corps sont saints, et en raison de l’Esprit qui les habite (Rm 8,11) que les âmes sont saintes.  (Saint Bernard, Sermon IV pour la Dédicace, 1 et 4)
C’est donc parce que cette demeure est un lieu de prière, un lieu de rencontre avec le Dieu Saint qu’elle est sainte.  La sainteté de la demeure n’est pas pour elle-même, mais pour nous qui nous réunissons ici chaque jour, plusieurs fois par jour, pour prier le Seigneur, l’adorer, le supplier… Le Seigneur est présent dans ce lieu saint et nous demandons avec insistance, tout au long de notre vie, qu’Il fasse sa demeure aussi dans notre cœur.  Afin que nous ne soyons qu’un cœur et qu’une âme, entre nous en communauté, avec ceux qui viennent prier avec nous, mais également avec tous les moines qui nous ont précédés, avec tous les saints, avec les anges et avec Jésus lui-même, qui nous invite ici à nous approcher de Dieu son Père.
Lorsque Saint Pierre nous parle de la construction de la demeure spirituelle, dont la pierre angulaire est, évidemment, le Christ en personne… On peut aussi rapprocher cela de la spiritualité bernardine en affirmant, sans crainte d’exagérer, que nous sommes tous, chacun pour sa part, au sein de la communauté de prière, la pierre angulaire, précieuse, qui fera tenir la Maison de Dieu.  Nul n’est de trop, tous sont indispensables à la bonne marche et à la prière commune.
Dans la péricope de son épître que nous avons entendue, Pierre rappelle un verset du Psaume 117 :  La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle…
Ce Psaume a probablement été composé à l’époque de Néhémie pour la Dédicace du Temple reconstruit après l’exil.  Il s’agit d’une liturgie processionnelle qui fait avancer le peuple depuis les parvis jusque devant le Temple.  Les portes en sont ouvertes solennellement et les prêtres avancent jusqu’à l’autel.  C’est à ce moment précis que l’on chante ce verset : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle…
On peut aisément imaginer que Jésus, sous la colonnade de Salomon sur le parvis du Temple, a participé à la liturgie de la Dédicace, comme nous le rappelle Saint Jean dans l’évangile de ce jour.  Savoir que Jésus a chanté ce Psaume au Temple pour les fêtes, lui donne une coloration particulière.  Ce n’est pas un Psaume de jadis, c’est un Psaume que Jésus a chanté !  Ce Psaume, nous le chantons tous les dimanches à Laudes, pour célébrer non plus la fête de la Dédicace du Temple, mais l’entrée triomphale de Jésus ressuscité dans le Temple du ciel.
En cette fin de journée de fête de la Dédicace de notre église, rendons grâce à Dieu d’avoir été choisis comme pierres vivantes de notre communauté monastique, de la communauté de prière qui se réunit ici.  Demandons à Dieu de ne pas nous laisser tomber.  La prière n’a pas vraiment cessé en ce lieu depuis bien avant la première dédicace de cette église.  Que le Seigneur nous donne la persévérance et les vocations pour perpétuer la louange de son Nom en ce lieu.
Que la participation à cette Eucharistie, prémices du festin éternel dans le Temple, nous donne la joie spirituelle : nous faisons déjà partie de la grande communauté des croyants qui chantent pour l’éternité les louanges de Dieu dans le Temple non fait de main d’homme.

Frère Bernard-Marie

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