Solennité de Saint Benoît

Saint Benoît, père des moines

Le 24 octobre 1964 le pape Paul VI se rendit à l’abbaye du Mont Cassin, berceau de l’ordre des Bénédictins.  L’abbaye, qui avait été détruite par l’aviation américaine en 1944, fut entièrement reconstruite grâce au financement de ces mêmes américains, entre 1948 et 1956 telle qu’elle était avant la guerre.  Élu pape en juin 1963, le voyage de Paul VI au Mont Cassin est l’un des premiers voyages d’un pape du XXème siècle,  et l’un des premiers du nouveau pape.  Cela montre l’importance qu’il accordait à la vie monastique en général et à la vie bénédictine en particulier.
C’est à cette occasion et en ce lieu que Paul VI proclama Benoît patron principal de l’Europe.  Jean-Paul instaura comme patrons secondaires Saints Cyrille et Méthode en 1999 et les saintes Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et Thérèse-Bénédicte de la Croix en 2008.  Mais revenons à Paul VI et à Saint Benoît en cette année de la canonisation du pape qui aura lieu le 14 octobre prochain à Rome.
Dans son homélie au Mont Cassin Paul VI affirmait que Saint Benoît et son ordre – les moines – ont prêché la foi chrétienne dans la famille des peuples, spécialement dans la famille Europe.  Ils ont également œuvré à la fraternité de tous les peuples de l’Europe à tel point que l’Europe fut la chrétienté.
Et ensuite le pape rappelait les mérites du saint Abbé, “messager de paix, artisan d’union, maître de civilisation, héraut de la religion du Christ et fondateur de la vie monastique en Occident”.  Il réaffirmait que lui et ses fils, “avec la croix, le livre et la charrue”, apportèrent “le progrès chrétien aux populations s’étendant de la Méditerranée à la Scandinavie, de l’Irlande aux plaines de Pologne”.
Lorsqu’en septembre 1980 le pape Jean-Paul II se rendit à Subiaco il commenta la décision de Paul VI en présentant Saint Benoît en ces termes :
Homme de Dieu, Benoît le fut en relisant continuellement l’Évangile, non pas seulement dans le but de le connaître, mais aussi de le traduire entièrement dans toute sa vie. On pourrait dire qu’il l’a relu en profondeur – avec toute la profondeur de son âme – et qu’il l’a relu dans son amplitude, à la dimension de l’horizon qu’il avait sous les yeux. Cet horizon fut celui du monde antique qui était sur le point de mourir et celui du monde nouveau qui était en train de naître. Aussi bien dans la rondeur de son âme que dans l’horizon de ce monde, il a affermi tout l’Évangile: l’ensemble de ce qui constitue l’Évangile, et en même temps chacune de ses parties, chacun des passages que l’Église relit dans sa liturgie, et même chaque phrase.
Sans comparer de manière simpliste notre monde avec celui de Saint Benoît, ou même avec celui du pape Paul VI, les moines ont encore un rôle à jouer dans l’Église et le monde, en corrélation avec le message des deux papes cités à l’instant.  La lecture de l’évangile au jour le jour, la lectio divina et la prière sont source de vie pour l’Église dans la monde.  C’est ce que nous rappelait Paul VI dans sa « Profession de Foi » qu’il proclama le 30 juin 1968, il y a donc juste 50 ans :
Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en l’Église du Christ n’est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu’elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l’amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes.
Lorsque Paul VI affirme la place des chrétiens et des religieux dans le monde d’aujourd’hui, il ne parle plus de la transmission de la culture, comme il l’avait rappelé pour Saint Benoît et ses disciples à travers les siècles.  Les progrès techniques et scientifiques ne sont plus l’apanage des moines et des moniales.  Mais nous sommes chaque jour davantage invités à mettre nos pas dans ceux de Jésus et à étudier comment Jésus a fait pour vérifier comment nous devons faire.  La prière et la lectio divina, qui sont en quelque sorte la spécificité de la vie contemplative, doivent être notre but premier, doivent donner tout son sens à notre vie monastique.
Demandons au Seigneur dans cette Eucharistie en la fête de Saint Benoît, et par l’intercession du bientôt Saint pape Paul VI, la grâce de la fidélité à notre vocation et la persévérance dans notre œuvre monastique de prière et de louange.  Le Seigneur nous viendra en aide et ne nous décevra pas !

Frère Bernard-Marie

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