Deuxième Dimanche de Carême

Abraham et Jésus

La liturgie de ce second dimanche du Carême propose à notre méditation un parallèle surprenant entre Abraham et Jésus.
Dans une vision, Dieu demande à Abraham de se rendre sur le Mont Moriah pour y sacrifier son fils, son unique.  Abraham met trois jours pour arriver à destination et s’apprête à immoler Isaac lorsque l’ange du Seigneur lui retient la main et sauve le fils.
Lors de la Transfiguration en présence de Pierre, Jacques et Jean, Moïse et Élie parlent avec Jésus, nous précise l’évangile selon Saint Luc (Lc 9,31) « de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem ».  Les disciples ne comprennent rien de ce qu’ils voient et lors de la montée à Jérusalem, ils ne comprennent pas non plus les diverses annonces de sa mort prochaine que Jésus leur annonce.
Abraham et Jésus sont donc chacun à sa manière, seul à vivre l’épreuve.  Impossible d’en parler pour Abraham, incompréhension des auditeurs pour Jésus.  Pour renforcer encore le parallèle, rappelons que, selon la tradition, le Mont Moriah et le Mont Sion, sur lequel fut construit le Temple de Jérusalem, sont un seul et même lieu.  On peut voir dans la geste d’Abraham comme une préfiguration de ce qu’allait vivre Jésus.  Ou, pour le dire selon les canons de l’époque, Jésus a accompli les Écritures aussi sur ce point précis.
L’épître aux Hébreux fait le parallèle en affirmant qu’Abraham, par sa foi, offrit à Dieu son fils.  Il le retrouva, « par une sorte de résurrection » (Hb 11,19).  Jésus lui, s’offrit à Dieu dans la foi, une foi tout aussi obscure que celle d’Abraham.  C’est pourquoi Dieu le ressuscita le troisième jour…  Dans les deux cas, Dieu demanda une foi aveugle, et par l’obéissance de l’un et de l’autre, ils virent combien leur acte héroïque porta du fruit pour eux, mais aussi pour l’humanité et pour nous aujourd’hui.
Tous deux, en préparation à cette épreuve tellement radicale, reçurent la grâce d’une vision particulière.  Dieu s’adressa directement à Abraham dans une vision… Jésus fut transfiguré devant ses disciples.  Par la parole de Dieu, Jésus est confirmé dans son être de « Fils bien-aimé » et reçoit la force pour l’épreuve qu’il ne prévoyait que trop bien : sa mort prochaine à Jérusalem.
Nous avons rarement à vivre une telle épreuve dans nos vies de chrétiens.  Mais pour nous aussi la vie est rarement un long fleuve tranquille.  Nous trouvons dans la Bible et dans les Psaumes des textes, des prières, qui nous permettent de trouver la paix dans l’épreuve, la force dans la persévérance.  Tel est le Psaume que nous avons chanté à l’instant :
Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert.
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?
Et l’extrait de l’épître de Saint Paul aux Romains que nous avons entendu ensuite affirme sans ambages :
Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?  Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ?
Durant ce Carême, prenons le chemin du Mont Moriah, le chemin de Jérusalem, avec Abraham et avec Jésus.  Nous savons, aujourd’hui, que par son obéissance Abraham retrouva son fils.  Nous savons que Jésus par son obéissance fut vainqueur et ressuscita.  Mais eux ne le savaient pas et vivaient cette lourde épreuve dans l’angoisse mortelle.  À notre tour, dans notre vie quotidienne, faisons confiance que Dieu est pour nous et nous donnera la force dans l’épreuve si nous sommes dans l’obéissance.
Que la participation à cette eucharistie augmente notre foi en Dieu qui nous rend juste.  Le Christ, vainqueur de la mort, intercède désormais pour nous auprès du Père.  Il nous donne son corps en nourriture et nous fait ainsi communier à sa victoire.  Même si le chemin semble rude, sachons que Christ est vainqueur et qu’il nous prendra avec lui dans sa gloire.

Frère Bernard-Marie

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