Vingt-quatrième Dimanche du Temps

Le serviteur impitoyable.

Lorsque Jésus propose des paraboles, il a l’art de grossir les choses pour faire émerger la vérité essentielle qu’il veut nous faire comprendre. Rappelons quelques excès de langages…
L’homme qui réussit à multiplier par dix le talent qu’il avait reçu, devient gouverneur de dix villes (Lc 17,17).
Jésus reproche aux scribes et pharisiens de filtrer l’eau pour en enlever le moucheron, tandis qu’ils vont avaler le chameau (Mt 23,24).
Le bon berger, qui laisse dans le désert ses 99 brebis pour rechercher l’unique qui s’est perdue (Lc 15,4).
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au royaume de Dieu (Lc 18,25).

Ne soyons donc pas autrement surpris de voir le montant de la dette du premier serviteur du roi dans la parabole que nous venons d’entendre : 10 mille talents, cela fait 60 millions de pièces d’argent. Sachant que le salaire d’un journalier était d’une pièce d’argent (Mt 20,2), ce serviteur devra travailler pendant des centaines de siècles pour rembourser sa dette… De plus, après cet excès de la première dette, le montant ridicule de la dette de son collègue, à savoir 100 pièces d’argent. Et le comportement de cet homme qui exige : soit le remboursement immédiat soit la prison pour son collègue et sa famille.
Le roi ayant été mis au courant de l’affaire, fit appeler le serviteur impitoyable pour le sermonner :
Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’
Et ensuite, dans sa colère, nous dit Jésus, le roi livra l’homme et sa famille aux bourreaux, donc à la torture. À l’époque, ses auditeurs savaient ce que cela voulait dire… Si certains avaient quelque affection pour ce malheureux, il leur restait à collecter au plus vite le montant de sa dette, avant que les bourreaux n’aient trop abîmé la victime. S’agissant des dix mille sicles, la course contre la montre est perdue d’avance. Ce sont des bourreaux de même acabit qui s’acharneront bientôt sur Jésus lui-même, une fois que Pilate leur aura laissé libre cours pour se défouler.
Ensuite, Jésus donne son propre commentaire qui nous place directement dans l’autre monde :
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.
Le bourreau auquel le Père confiera ceux qu’il condamne, n’est autre que le démon lui-même dans les cachots et les peines de l’enfer. Nombreuses sont les pages des évangiles où Jésus explique ce qui attend ceux qui refusent de se convertir et de bien agir.
Dans la géhenne, dans la fournaise, dans le feu qui ne s’éteint pas (Mc 9,44.46), les condamnés sont au supplice permanent et ne peuvent en sortir. Rappelons-nous la parabole du riche et du pauvre Lazare.
Au séjour des morts, il (le riche) était en proie à la torture ; dit Jésus et, interpellant Abraham qu’il voit de loin le riche dit : je souffre terriblement dans cette fournaise (Lc 16,23.24). Cette géhenne, cette peine éternelle est bien pire que tout ce que les bourreaux sur terre peuvent imaginer pour faire souffrir leurs victimes.
Nous avons vu que les victimes pouvaient être rachetées par un bienfaiteur prêt à payer la rançon ou à rembourser la dette. C’est tout le message, tout le sens de la vie de Jésus lui-même. Comme l’affirme fortement Saint Paul lorsqu’il écrit aux Romains :
Au temps fixé par Dieu, Christ est mort pour les impies que nous étions.
Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile…
Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous,
alors que nous étions encore pécheurs. (Rm 5,6-8)
C’est cela que Jésus est venu nous dire. L’amour fou de Dieu fait qu’Il pardonne tous nos péchés et nous demande de faire de même envers ceux qui nous ont fait du mal. Dieu est ce roi qui a pardonné notre dette de 10 mille talents… À nous de pardonner à nos frères les 100 pièces d’argent.
La gloire, la béatitude qui nous attendent dans le ciel pour l’éternité vaut bien un petit pardon à taille humaine, alors que Dieu nous aime d’un amour divin.

Frère Bernard-Marie

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