Vingt-cinquième Dimanche du Temps Ordinaire

Le gérant malhonnête

Lorsqu’on entend les paraboles que Jésus nous propose, on imagine souvent qu’Il les crée de toutes pièces pour les besoins de son enseignement.  On peut toutefois inverser la question et se demander si Jésus ne part pas d’un événement local et matériel, un fait divers concret, pour donner un enseignement spirituel et général.
La vie des agriculteurs de Galilée était particulièrement rude à l’époque de Jésus.  Hérode le Grand quelques décennies plus tôt avait montré l’exemple à ses successeurs, quant à la manière de taxer les travailleurs pour payer ses dépenses somptueuses et la construction de ses palais et forteresses.  Hérode Antipas, ayant décidé de construire la capitale de la Galilée à Tibériade, exigea des collecteurs d’impôts de serrer la vis et d’exiger toujours plus de taxes.  La crise était telle que les petits agriculteurs des bords du lac avaient dû hypothéquer leurs terres et n’étaient plus que des journaliers travaillant sur leur propre sol.  Le propriétaire, lui, vivait dans l’une ou l’autre grande ville romaine, après avoir nommé un gérant pour la gestion courante.
Le gérant, sachant son maître loin et incapable de contrôler sa gestion, en profite pour s’enrichir lui-même sur les revenus du domaine.  Mais lorsque le propriétaire l’apprend, nous ignorons comment, il met le gérant en demeure de régler ses comptes rapidement.  Ne pouvant plus dissimuler les détournements antérieurs, le gérant entreprend une nouvelle trahison, encore une fois en sa faveur, et demande aux créanciers de modifier les déclarations de dettes.  Les quantités sont colossales, puisque deux oliviers donnent à peine de quoi produire un baril d’huile…
Tel est le fait divers, peut-être le « scandale » dont tout le monde parlait et que Jésus utilise comme point de départ d’un enseignement.  Jésus ne juge pas les faits.  Il ne dit pas ce que devint ce gérant malhonnête… Jésus ne moralise pas sur le comportement du gérant, mais il donne son avis :
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté.
Le maître en question, c’est Jésus lui-même qui donne maintenant l’interprétation :
En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
Lorsque son maître lui a demandé les comptes de sa gestion, le gérant a agi rapidement pour sauver sa peau, pour pouvoir vivre.  Mais les fils de la lumière, que font-ils ?  Lorsque Dieu nous demandera les comptes de notre vie, lorsque Dieu jugera nos actes avant de nous donner la vie éternelle, que nous restera-t-il ?  Sommes-nous aussi habiles que le gérant pour gagner la vie éternelle ?  Telle est l’interpellation que Jésus a illustrée avec ce gérant malhonnête.
Comment les disciples du Royaume de Dieu doivent-ils le comprendre ?  C’est ce que Jésus précise dans la sentence qui suit :
Aucun domestique ne peut servir deux maîtres…
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.
L’appel est précis… Le gérant n’avait en vue que sa survie sur cette terre, et mit tout en œuvre dans ce but.  Les croyants sont invités à avoir foi en la vie éternelle, et à tout mettre en œuvre dans ce but.  Sommes-nous prêts à répondre à tout moment aux appels du Seigneur à nous convertir et à obéir à sa Loi d’amour ?  Il est vrai que si nous sommes divisés, si nous donnons trop de place à l’argent et à notre devenir terrestre, nous n’avons plus ni l’énergie ni la volonté de nous investir en vue de Dieu.
Rappelons-nous encore la réponse que Jésus met dans la bouche de Dieu, dans la parabole du propriétaire qui agrandit sa grange pour stocker sa récolte et profiter de la vie :
Insensé, cette nuit même, ton âme te sera redemandée ;
et ce que tu as amassé, qui l’aura ?
Il en est ainsi de celui qui amasse des biens pour lui-même,
et qui n’est point riche en Dieu.  (Luc 12,20-21)
Jésus utilise l’exemple concret du gérant pour nous inviter à nous mettre en marche vers son Royaume et à prendre tous les moyens pour réussir.  C’est ce qu’Il exprime aussi dans ce verset de l’Évangile selon Saint Matthieu :
le royaume des Cieux subit la violence,
et des violents cherchent à s’en emparer (Mt 11,12b).
Suivre Jésus, faire partie du Royaume, n’est pas une sinécure.  Jésus nous demande de mettre toute notre force, toute notre volonté à entrer nous-même et à inviter les autres à participer à la sainteté.  Il n’y a pas de demi-mesures, nous devons nous investir totalement, pour le Bien.  Ne cherchons pas, comme le gérant, à sauver notre peau, cherchons à sauver notre âme…
Que la participation à cette eucharistie nous donne le courage de mettre toutes nos énergies au service de Dieu et de son Règne, pour sa plus grande gloire et pour le salut du monde.

Frère Bernard-Marie

 

 

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