Treizième Dimanche du Temps Ordinaire

Le Royaume de Dieu

Dans chacun des Évangiles qui nous ont été transmis, l’appel des premiers disciples se fait presque toujours de la même manière : Jésus appelle personnellement, et les disciples, immédiatement, quittent tout et se mettent à la suite de Jésus.  Ce comportement n’était pourtant pas courant à l’époque.  À titre d’exemple, rappelons que c’est le jeune Paul qui, de lui-même, alla se mettre à l’école de Gamaliel à Jérusalem.  Le maître, le rabbi, n’appelle pas de sa propre initiative, il devient maître lorsque des élèves se mettent à son école.
Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, la situation est encore différente.  Jésus monte courageusement vers Jérusalem où, pressentant au plus intime de lui-même, qu’il sera arrêté et exécuté à l’instigation des responsables religieux.  Des candidats se présentent à Jésus mais lui disent : « je te suivrai, mais pas tout de suite ».  Cette réponse à demi ne convient pas à Jésus, qui attend des appelés une réponse nette et franche.  Ils avaient été emballés par l’enseignement de Jésus, son regard d’amour les avait transpercés et convaincus.  Mais, avant de faire le pas, ils tergiversent, ils veulent faire leurs adieux ou doivent enterrer leur père.  Jésus, qui lit au fond du cœur, comprend bien que le « oui » n’est que de façade et qu’il ne reverra pas ces candidats.  C’est pourquoi il répond de manière tellement abrupte :
« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ;…
« Laisse les morts enterrer leurs morts.
« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière,… et Jésus continue :
« … n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Deux fois dans sa réponse Jésus mentionne ce « Royaume de Dieu ».  Qu’est-il justement ?
Plus loin, dans le même Évangile selon Saint Luc, Jésus répond à l’affirmation d’un convive :
« Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! » (Luc 14,15)

Et il propose la parabole du roi qui donne un festin pour son fils.  Le repas est prêt, mais les invités s’excusent les uns après les autres, alors même que l’invitation leur avait été signifiée suffisamment longtemps à l’avance pour pouvoir s’y préparer.
« J’ai acheté une terre, et il me faut nécessairement partir et la voir ;…
« J’ai acheté cinq couples de bœufs, et je m’en vais les éprouver ;…
« J’ai épousé une femme,…   (Luc 14,16-24)

Trop souvent on imagine que, lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, il s’agit d’un royaume à venir.  Beaucoup l’imaginent dans le ciel, après la mort en présence de tous les Saints.  Souvent, Saint Matthieu traduit l’expression par « Royaume des cieux ».  Mais, dans les deux propos mis ici en parallèle, Jésus invite ses interlocuteurs, ceux qu’Il a en face de Lui, à vivre ici et maintenant dans le Royaume de Dieu.  Jésus invite ses interlocuteurs à s’engager immédiatement pour que le Règne de Dieu s’instaure en eux et autour d’eux.
Ce qui était vrai du temps de Jésus l’est encore de nos jours.  Jésus, aujourd’hui encore, nous invite à Le suivre.  Il nous propose une vie d’intimité avec Lui et avec Dieu son Père.  Sommes-nous prêts à tout laisser pour Le suivre ?  Avons-nous des excuses comme les interlocuteurs de la parabole ?  Aurons-nous droit à des répliques cinglantes comme les personnes qui accouraient vers Jésus mais n’étaient pas prêtes à le suivre ?
Lorsque, juste avant la communion, le prêtre dit :
« Heureux les invités au repas du Seigneur…
Il s’agit du même repas que celui de la parabole.  L’eucharistie est ce repas de communion où Jésus nous donne son corps à manger et son sang à boire.  C’est un repas de communion entre nous et avec Dieu.  La relation d’intimité que nous sommes invités à vivre avec Jésus-Christ se nourrit de cette communion spirituelle.
Dans cette relation forte à laquelle nous sommes invités à entrer, Dieu peut nous inviter à ce que nous nous engagions avec Lui pour que son Règne advienne sur terre.  Ce Règne est toujours en croissance et nous pouvons y participer.  Pour cela, répondons positivement aux appels divins.  Prenons exemple sur les premiers disciples qui acquiescèrent au premier regard de Jésus sur eux.  Ne faisons pas comme les invités du repas de la parabole, ni comme les contemporains de Jésus dans l’évangile de ce matin…
« Je te suivrai mais … pas tout de suite et pas complètement…
Que la participation à l’eucharistie de ce jour ouvre notre cœur à la grâce que Dieu nous donne.  Que nous soyons attentifs à l’appel que Jésus nous adresse, lui qui nous donnera la force d’y répondre positivement, avec l’aide de sa grâce.

Frère Bernard-Marie

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