Homélie pour les funérailles de Père Marc Vanveuren

Nous voici réunis nombreux  –  et soyez-en remerciés  –  autour de notre frère défunt, pour le pleurer, certes, mais tellement plus encore afin de faire monter vers le ciel, au nom de notre frère lui-même, une grande et solennelle action de grâce eucharistique (Eucharistein, témoigner sa reconnaissance) ; oui, témoigner toute sa reconnaissance pour la belle œuvre de Dieu que furent sa vie et sa mort. Soixante années durant, n’a-t-il pas permis à Dieu de lui prouver la force et la fidélité de Sa Parole telle que la lui livrait la Sainte Écriture ? lui prouver aussi  la vérité de son appui, qui jamais ne lui fit défaut, et l’inlassable patience de son amour et de son pardon ? Pour honorer en retour notre frère en acceptant l’hommage de sa fidélité à ses engagements monastiques déposés tel un bel holocauste sur l’autel de notre église le jour de sa profession religieuse ?
Flamand de Flandre trahi par la blondeur de ses cheveux tout autant que par son accent prononcé, Marc Vanveuren naquit au pied même de l’abbaye, où il entra à l’âge de 26 ans pour n’en plus sortir, si l’on excepte un séjour de trois années au monastère du Désert, près de Toulouse et, voici déjà six ans, son entrée dans une EHPAD de Lille. Ordonné prêtre vingt ans après ses premiers vœux, il se montra sa vie durant assidu aux trois grandes occupations qui équilibrent si bien notre vie, à savoir l’office divin, qu’il ne voulait jamais manquer ; puis le travail manuel, où la cave à fromages se chargea longtemps d’absorber le trop plein de sa vitalité ; et enfin la lecture, qu’il abordait avec un appétit féroce, armé jusqu’aux dents du crayon dont il en hachait les pages. Marc était un grand vivant débordant d’énergie et de joie de vivre. Il se trouvait heureux partout, aimant sa communauté, comme il aima pareillement son séjour au Désert et pareillement les deux maisons de retraite où il finira ses jours, répétant à l’envi « qu’il y était aux anges ». Il appréciait les échanges et courait même après, savait goûter et s’enthousiasmer pour ses auteurs préférés, tel son cher Saint Exupéry dont il récitait par cœur des pages entières. Car il avait un cœur sensible au possible, avide d’amitié et honorant d’un véritable culte la mémoire de sa maman.
Ce grand vivant était aussi un bon vivant, aimant le rire et collectionnant les histoires drôles, dont à la fin il ne renouvelait plus guère la table des matières, nous  racontant toujours les mêmes en riant de bon cœur le premier.
Oui, vraiment, comme aux jours de la Genèse Dieu ne put que prendre plaisir à l’œuvre de ses mains et à la trouver très belle ; N.S. dira : « la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit ». Aussi Dieu eut-il à cœur de trouver sa gloire de Créateur et sa fierté de Père en épaulant, en soutenant, en encourageant l’humble fidélité de notre frère, tout comme jadis il avait déclaré à St Paul que la faiblesse de son apôtre lui permettait de déployer pour lui toute sa force. Ainsi Marc deviendra-t-il lui aussi capable de rendre gloire à Dieu en croyant à sa parole et en la pratiquant telle que la lui enseignaient les psaumes qu’il ne cessait d’entendre durant l’office divin : Invoque-moi au jour de détresse, je te délivrerai et tu me rendras gloire…  Quel privilège pour lui et surtout quel bonheur !
Frères et sœurs, joignons nos prières et notre reconnaissance à celles de notre frère en le présentant aujourd’hui au Seigneur comme le veilleur attend l’aurore : Mon âme, attends le Seigneur,  je suis sûr de Sa Parole.

Père Nivard, condisciple de noviciat

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2016. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.