Trente-troisième Dimanche du Temps Ordinaire

Des serviteurs reçoivent des talents. C’est un peu notre situation. Chacun de nous a reçu quelques talents. Mais avons-nous encore conscience de les avoir reçus ? Gardons-nous contact avec celui de qui nous les avons reçus ? Parce qu’il ne s’agit pas seulement ici d’ingéniosité économique ou financière. La qualité de la relation prime tout. Elle décide d’un avenir de joie ou de ténèbres.
C’est surtout dans des circonstances un peu particulières que l’on découvre les talents d’autrui. Les reconnaître, les honorer, remercier : voilà tout ce qui peut les encourager, les déployer, les faire fleurir. Et cela, au fil des jours. Pourquoi attendre que l’autre soit dans la tombe pour lui apporter des fleurs ?
C’est aussi grandir soi-même en humanité que d’ouvrir les yeux sur les talents du voisin. C’est devenir plus proche de la vérité de nous-mêmes, c’est éclaircir un peu plus qui nous sommes, dans la juste et belle appréciation de l’autre.
L’Evangile propose un maître qui remet ses talents à ses serviteurs. Il ne donne pas une même richesse à chacun. Il tient compte de leurs capacités, de leurs qualités. Mais à tous, il « confie » – c’est le mot de l’Evangile – un certain nombre de talents.
On peut perdre de vue cette « confiance » : ce qu’illustre, entre autres choses, la parabole. Les deux premiers serviteurs se souviennent toujours du geste de confiance de leur maître. Ils disent : « Seigneur, tu m’as confié ces talents ». Tu m’as fait confiance en me remettant cette part de tes biens. Le dernier serviteur, lui, n’évoque plus cette « confiance » première, fondamentale. Il ne voit que la propriété du maître : « j’ai enfoui ton talent (…) Voici, tu as ce qui est à toi ». Hors de la confiance reconnue, accueillie, rien n’a prospéré.
Deux attitudes nous guettent dans notre vie chrétienne. Face au Seigneur qui veut nous faire confiance, qui croit en nous, nous pouvons ou répondre également par la confiance, ou être empêché de répondre par la peur. C’est ce qui est arrivé à ce troisième serviteur. Il a eu peur : peur de perdre ce talent, mais surtout peur de son maître. Il est passé à côté – pour quelle raison, on l’ignore – de la confiance offerte par son maître.
La peur, on le voit ici, ne regarde pas vraiment l’autre. Elle bâtit une image à l’aide de quelques traits épars, plus ou moins justes. Du coup, l’autre n’est plus perçu. E l’on tourne sur soi-même, sans beaucoup de lumière.
La confiance en l’autre, la foi, s’ouvre à la personne qui vient, qui donne, qui « confie ». On entre ainsi dans une relation toujours plus vivante avec lui.
Cette foi en l’autre pourrait bien être l’essentiel de ce que Jésus est venu sauver. Par sa propre foi, il atteste que la foi, la confiance, est possible, est solide. Il montre la réalité d’un monde fait de confiance, la réalité d’une humanité où l’amour peut s’épanouir.

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