Dix-septième Dimanche

Un trésor ! Encore aujourd’hui, cela fait toujours rêver. Un trésor dans un champ : on se rappelle peut-être La Fontaine et la leçon du Laboureur à ses enfants. Ici, il s’agit de quelque chose de plus extraordinaire qu’un trésor, de plus extraordinaire qu’un tas d’or !
En effet, en première lecture, le livre des Rois d’Israël nous indique ce à quoi nous pensons spontanément. C’est justement ce que Salomon ne demande pas. Et Dieu lui sait gré de ne demander
ni de longs jours, disons : la santé !;
ni la richesse : c’est-à-dire l’argent, la fortune tout autant convoitée aujourd’hui qu’hier ;
ni la mort de ses ennemis : disons le pouvoir sans scrupule.
Cette richesse et ce pouvoir-là sont de toute évidence des trésors disons ambigus. Ils risquent d’écraser bien du monde sur leur passage, sans même s’en apercevoir.
Dieu sait gré à Salomon de lui demander tout autre chose. Un cœur attentif. Cad un cœur qui écoute. Un cœur à l’écoute de celui qui est en face de moi, à l’écoute de qui est à côté de moi.
Ce que Salomon demande au Seigneur, c’est un changement non en dehors de lui, mais dans sa propre personne. Au lieu d’un cœur sourd, aveugle, fermé et dur pour tous, il demande que son cœur soit sensible à autrui, capable d’entendre le cœur de l’autre. C’est encore aujourd’hui une belle prière.
Quand Jésus annonce le Royaume comme un trésor caché dans un champ, il fait faire, lui aussi, à ses auditeurs un grand saut dans la qualité de leur demande.
Le cultivateur va buter de façon tout à fait inattendue sur ce trésor. Il ne s’attendait à rien de particulier dans ce recoin du champ, comme dans le champ tout entier d’ailleurs. Ce trésor dépasse tout à fait l’horizon de son quotidien, la culture de son champ.
De même, nous dit Jésus, le Royaume de Dieu vous sera une belle surprise, une immense surprise, au-delà de tout ce qui vous habite. La meilleure image serait sans doute celle de l’amour partagé. La rencontre, rencontre première ou, plus tard, rencontre toujours nouvelle à travers et par-delà les épreuves : cette rencontre de la personne aimée balaie tout le reste, tellement elle dépasse toutes nos attentes. Les miennes et celles de l’autre. Cette rencontre ouvre sur une joie plus grande que tout.
Dans ses paraboles, Jésus annonce ainsi comment Dieu sème ce trésor en notre terre. Nous qui sommes trésor pour lui, il nous fait avec lui trésor pour nos frères, si nous savons avec lui semer la joie de la fraternité. Si nous avons confiance que cette joie offerte peut germer et grandir en un épi plein de blé, en un arbre plein de branches et d’oiseaux.
Si nous avons confiance comme le Seigneur lui-même a follement confiance et espérance en chacun de nous.

Père Abbé

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