Quinzième Dimanche du Temps ordinaire

Voici que le semeur est sorti pour semer sa semence.

Telle est la traduction littérale de la première phrase de la parabole que nous propose l’Évangile de ce matin.  Pourquoi donc Jésus, une fois installé confortablement dans le bateau en face de la foule massée sur le rivage, décrit-il de manière aussi précise ce qui se passe avec la semence du semeur ?  Nous trouvons un début de réponse dans la première lecture tirée du prophète Isaïe :  la Parole de Dieu ne produit son fruit, comme la pluie fait germer et grandir la semence, que pour donner son fruit au semeur et son pain à l’homme.
Si Dieu s’intéresse ainsi à la nature, c’est pour expliquer en images la réalité autrement plus importante de la personne humaine et de son devenir sur cette terre.  Mais plus encore, pour essayer de faire comprendre aux hommes que leur destin est intimement lié à ce Dieu qui
fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
(Mt 5,45)
Si donc Jésus commence sa parabole en insistant aussi lourdement avec les mots :
Voici que le semeur est sorti pour semer sa semence…
c’est bien qu’il veut inviter ses auditeurs à chercher plus loin que l’histoire de l’agriculteur qui s’en semer dans son champ.  Il s’agit bien pour Jésus de parler de Dieu qui sort de son Temple céleste, Dieu qui se fait Homme en Lui, Jésus.  Et cet Homme, Jésus, est venu semer la Parole, telle une semence qui doit être reçue par ses auditeurs dans la terre qu’est notre âme.  Comment réagissons-nous lorsque la Parole de Dieu atterrit dans notre cœur ?
La semence tombée sur le bord du chemin.  L’homme a entendu la Parole de Dieu mais ne comprend pas, il a un cœur dur.  La Parole n’a pas de prise sur lui, elle retourne vers Celui qui l’a prononcée sans porter de fruits.
La semence tombée dans le sol pierreux, manquant de terre.  L’homme a entendu la Parole et l’a reçue avec joie.  Mais le confort de sa vie l’empêche de prendre des risques, d’accepter d’être remis en question par la Parole, et il lâche prise.  Il refuse que la Parole prenne racine profondément dans son cœur et le transforme.
La semence tombée dans les ronces.  L’homme a entendu la Parole.  Mais Dieu, lorsqu’Il parle, le fait dans le son ténu d’une brise légère, selon l’expression utilisée lors de la rencontre de Dieu avec Élie sur le Mont Horeb.  Ainsi donc, le bruit du monde, de la société contemporaine, font que nous n’entendons pas et nous partons à la suite de sirènes que l’actualité met chaque jour devant nos yeux.
Lorsque Dieu nous parle, arrêtons-nous et écoutons ce qu’Il veut nous dire.  Entrons en nous-mêmes et faisons silence autour de nous.  Ouvrons notre cœur et notre âme pour recevoir la Parole, la graine que Dieu fait tomber.  Si nous sommes vraiment réceptifs, la semence germera dans une terre fertile, et elle produira du fruit,
à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Chacun de nous, au long de notre vie, nous sommes ces différents lieux où tombent les graines divines.  Prenons conscience que Jésus ne juge pas, mais nous invite, aujourd’hui comme jadis au bord du lac de Galilée, à être attentifs à ses enseignements.
Trop de fois nous ne comprenons pas ce qu’Il veut nous dire.  La parole est confuse, les ronces embrouillent la croissance.
D’autres fois nous avons bien entendu, mais négligeons de répondre.  Les oiseaux passent et picorent ce qu’ils trouvent.
La Parole nous interpelle mais nous n’osons pas répondre de peur de la réactions du qu’en dira-t-on.  Les passants piétinent la semence avant qu’elle ne germe.
Trop peu de fois, consciemment, paisiblement et avec toute la foi qui est la nôtre, nous disons « oui » à la Parole.  Alors, et alors seulement, la grâce de Dieu fait des merveilles dans notre cœur et cela rayonne sur ceux qui nous entourent.
Que le Seigneur Jésus, dans cette Eucharistie, transforme notre cœur de pierre en un cœur de terre fertile, où la semence de sa Parole pourra germer et donner du fruit, pour la plus grande gloire de Dieu et pour le salut du monde.

Frère Bernard-Marie

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