Octobre 2006

Dimanche 1er octobre : Père Abbé ayant à faire avec son éditrice canadienne Anne Sigier de passage en France, l’a invitée à nous donner une causerie sur Maurice Zundel dont elle a déjà édité plusieurs volumes et dont elle nous a entretenus avec ferveur : Son credo ? Je crois en l’homme – Ne cherchez pas Dieu en dehors de l’homme, l’homme est le sanctuaire de Dieu – Eternisez l’instant… Dès le lendemain notre supérieur repartait déjà pour une brève rencontre avec Dom Gonzalo de Frattocchie, au repos en Espagne.

Mardi 3 : Un bénédictin polonais de l’abbaye de Tyniec (Cracovie) fait étape chez nous en finale d’un long voyage de prospection en vue d’amasser des matériaux pour la rédaction d’un troisième et dernier tome d’Histoire Monastique. L’abbaye de Tyniec remonte au XIe siècle et n’a été fermée que de 1816 à 1939, année où elle fut repeuplée par l’abbaye de Saint-André-les-Bruges deux mois avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale ! Depuis lors, 3 fondations lui doivent l’existence : en R.D.A., puis en Pologne et enfin en Slovaquie.

Jeudi 5 : En fin de matinée le Centre de soins palliatifs de Frelinghien nous fait savoir que Père Yvon, qui avait demandé à y être transféré la semaine dernière, en est à ses derniers moments. Père Prieur interrompt sa fabrication du fromage pour s’y rendre de suite, assisté de F.Sébastien puis de F.Henri, et restera à le veiller toute la soirée et toute la nuit, jusqu’à ce que P.Abbé le relève de sa garde juste à temps pour recueillir son dernier souffle à 4 h.30. P.Yvon était un oblat prêtre, ancien chanoine régulier du Latran et vendéen de naissance ; entré en communauté à l’âge de 47 ans, il en avait passé 34 au milieu de nous, durant lesquels sa culture autant que ses connaissances théologiques rendirent d’inappréciables services aussi bien à la communauté qu’à l’Ordre tout entier et même au-delà, puisqu’il fut le rédacteur des Collectanea de 1984 à 2000 et participa à la publication des Œuvres de Saint Bernard dans Sources Chrétiennes.

Samedi 7 : Pour la première fois peut-être en dehors de la Noël nous avons bénéficié de deux messes chantées dans la même journée. La première eut lieu en fin de matinée, pour l’engagement définitif de notre frère Francis comme oblat ; ancien prêtre-ouvrier religieux Fils de la Charité, F.Francis est entré en communauté à l’âge où les autres bénéficient de la retraite ; et comme il est issu d’une de ces familles nombreuses qui sont la fierté du Nord de la France, l’assistance fut à la mesure de l’évènement. La seconde eucharistie fut célébrée en milieu d’après-midi pour les funérailles de notre frère Yvon, autre oblat ; et alors qu’hier encore il pleuvait des cordes, c’est une journée de plein soleil qui épancha sa bénédiction sur l’arrivée du premier et le départ du second.

Lundi 9 : Alain, stagiaire de 30 ans, vient passer une semaine au noviciat et Daniel Zegrean, diacre roumain étudiant à Strasbourg, un temps un peu plus conséquent en communauté. Durant ce temps F. Jacques s’éclipse deux jours pour traiter du STIM à l’abbaye de Limon et représenter son abbé à la CMF. Il en est rentré avec une demande expresse du Cardinal Bertone, nouveau Secrétaire d’État de Benoît XVI, sollicitant la prière des Ordres contemplatifs pour le Pape Vicaire du Christ et catéchiste du monde, ainsi que pour son propre ministère.

Jeudi 12 : P. Abbé s’envole jusqu’à la fin du mois au Canada ; nous pensions que l’y attendait la splendeur de l’automne québécois, mais ce fut la pluie. Son séjour commencera par une session sur Cassien donnée depuis N.D. du Lac ; de là il se rendra à 600 kms au Nord jusqu’à Mistassini, afin d’y honorer l’indéfectible amitié de Dom Jacques et de Dom Aurèle, avant de redescendre sur Québec pour la sortie de son second livre confié aux éditions Anne Sigier : Sur un chemin de liberté, Commentaires de la Règle de St Benoît jour après jour.

Lundi 16 : F. Bernard Marie se rend pour la semaine à la Fille-Dieu, où il participera à la réunion des quelques pères-maîtres et mères-maîtresses qui se réunissent deux fois par an autour de Mr Alvaro Escobar Molina. Ce même soir Mgr Defois, qui fêtait ce 11 octobre ses 50 ans de sacerdoce, est venu présider notre messe avant d’aller présenter et dédicacer au magasin son dernier livre : Chrétiens, que faisons-nous de Dieu ? qu’il aurait volontiers sous-titré Bloc-notes de mes colères (Éd. Cana 2006).

Mardi 17 : Après avoir passé une très mauvaise nuit, F. Jean-Marc a pris une voiture pour se rendre chez son médecin traitant à Hazebrouck, qui l’a fait immédiatement hospitaliser en nous laissant le soin d’aller reprendre le véhicule. Et lorsque la semaine finira, au lieu de nous revenir comme annoncé, il ne quittera l’hôpital d’Hazebrouck que pour se voir transféré à la clinique de haute technologie de la Louvière, à Lille, pour une seconde longue semaine ; il en reviendra discrètement, à sa manière coutumière, et se glissera à sa place au réfectoire comme si de rien n’était…

Mercredi 25 : Nous retrouvons pour quelques jours la bonne figure de frère Arnold.

Vendredi 27 : Jour faste, marqué par le retour de clinique de F.Jean-Marc et celui de Père Abbé, rentré au jour et à l’heure prévus du lointain Canada. Après le repas du soir, toute la communauté s’est retrouvée en salle St Bernard pour l’ouverture du jubilé de profession religieuse de notre frère Pierre (11 novembre 1956). Depuis plusieurs semaines, à partir de documents de première main, F.Daniel travaillait à une reconstitution visuelle et sonore des 78 premières années de notre jubilaire, dans le civil d’abord, puis au monastère, dont le mur de clôture s’est élargi progressivement pour lui jusqu’à Belval, puis Altbronn, Ubexy, enfin la Fille-Dieu, toutes aumôneries où notre ancien scout joua, plusieurs décades durant, le rôle inestimable de chevalier-servant.

Samedi 28 : Après la grand-messe du matin, suivie d’un repas pour le moins quatre étoiles présidé par le nouveau jubilaire, la traditionnelle séance de cinéma de l’après-midi alterna humour (avec Raymond Devos) et émotion (avec Joyeux Noël, un long métrage illustrant le rapprochement inédit des troupes ennemies lors du premier Noël de la Grande Guerre).

 

Après avoir lu au réfectoire, de Sr Jeanne Marie, o.p. : La clarté des pierres. Entretiens avec Guillaume Goubert (Cerf 2006), nous commençons de Christel Martin : La haine n’aura pas le dernier mot. Maggy, la femme aux 10.000 enfants (Albin Michel 2005). Cet excellent livre consacré à une héroïne du Burundi est à recommander à quiconque veut suivre une cure d’amaigrissement tant les horreurs dont il est plein ont tout pour vous faire perdre l’appétit.

 

 

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